Intervention de Thierry Marchal-Beck lors du congrès du Parti Socialiste

Intervention de Thierry Marchal-Beck lors du congrès du Parti Socialiste à Toulouse, le 26 octobre 2012

 

Mes chers amis,

Mes chers camarades,

 

 

Je tiens tout d’abord à saluer les courageux délégués du congrès du Parti socialiste qui sont encore présents, tous les Jeunes Socialistes et l’ensemble des auditeurs venus assister à vos travaux.

 

Permettez moi de remercier et de saluer ceux qui font un travail de l’ombre et indispensable, les permanents du Parti socialiste les militants du service d’ordre qui assurent la bonne tenue de nos travaux.

 

***

 

Alors oui, il faut l’admettre, on entend la mauvaise presse, ceux qui pensent que ça ne va pas assez vite, ceux qui pensent qu’on ne va pas assez loin.

 

Moi en tant que Président du Mouvement des Jeunes Socialistes, je peux vous le dire avec conviction et certitude. Aujourd’hui le cap est tenu, le cap c’est celui qu’a fixé le Président de la République, faire qu’il ne soit jugé que sur un seul engagement, faire que les jeunes vivent mieux en 2017 qu’en 2012. Et c’est un ensemble de mesures qui ont été prises à cet effet depuis 6 mois, et cet après-midi même, le remboursement à 100% de l’IVG, voté ; le remboursement à 100% de la contraception pour les mineurs, voté ; la signature des premières conventions pour les emplois d’avenir dans moins d’une semaine ; l’engagement annoncé par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche d’ouvrir une consultation sur l’allocation d’autonomie.

 

Et là, je peux vous le dire, que les Jeunes Socialistes et la jeunesse toute entière seront particulièrement attentifs pour que bien sur les étudiants aient accès à cette allocation indispensable pour qu’enfin, nos conditions familiales ne déterminent plus notre poursuite d’études. Mais aussi, je le dis à Valérie Fourneyron, je le dis à Vincent Peillon, pour que les jeunes majeurs en BEP, Bac Pro, CAP, Bac Techno, puissent eux aussi bénéficier de cette allocation d’autonomie alors même qu’ils ne sont pas étudiants.

 

La force de ce gouvernement, c’est d’avoir compris qu’on ne satisfaisait pas la jeunesse avec des mesures estampillées jeunes, mais que c’est l’ensemble de la politique qui répondait à leurs aspirations.

L’encadrement des loyers, c’est bénéfique à tous les locataires, mais c’est particulièrement bénéfique aux jeunes.

L’accès pour tous à une mutuelle, c’est bénéfique à tous mais c’est aussi particulièrement bénéfique aux jeunes.

Taxer les contrats précaires, c’est bénéfique à tous les salariés, principalement aux femmes, et encore plus aux jeunes femmes. Et demain, avoir une loi coercitive, ça sera bénéfique à toutes les salariées et principalement aux jeunes femmes.

 

Alors mes chers camarades, oui il faut être ambitieux et dégager des marges de manœuvre.

 

Enfants de la crise, ma génération ma génération a grandi à ses côtés depuis 30 ans et nous la subissons encore plus fortement depuis 2008.

50% de taux de chômage pour les jeunes garçons dans nos quartiers, le cap du passage de 100 000 à plus d’un million de stagiaires en 10 ans.

Et puis, la pauvreté, toujours et qui progresse. Cette situation est la même partout en Europe. Je pense à nos camarades espagnols qui connaissent toute l’âpreté du mot « austérité », une situation qui nous fait prendre conscience à quel point, dans ce contexte européen, le budget du gouvernement de Jean-Marc Ayrault peut apparaître comme un budget de résistance.

 

Nous, on a supprimé la TVA Sarkozy ; en Espagne ils ont eu 7 points d’augmentation de TVA en 3 ans.

Nous, avec le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, on augmente les bourses étudiantes  même si ce n’est que du seul niveau de l’inflation ; nos camarades anglais, irlandais, portugais et italiens subissent une explosion des frais d’inscription à l’université.

Nous, on a eu une augmentation modeste du SMIC et on espère qu’elle sera répétée au 1er janvier. Mais en Espagne, le SMIC est passé de 640 à 600 euros.

 

Voilà pourquoi, avec nos camarades belges, avec David, nos camarades portugais, allemands, autrichiens, irlandais, italiens, espagnols, nous mobilisons la jeunesse européenne autour d’un mot d’ordre simple : Génération de la crise soulève-toi, Generation of the crisis, Rise UP.

Parce que nous les socialistes, nous devons être présents pour faire que le premier mot d’ordre des négociations en Europe, ce soit la mise en place d’un SMIC européen.

 

Nous sommes là pour soutenir les Premiers ministres, bien sur Jean-Marc Ayrault, Elio Di Rupo, le Premier ministre autrichien, pour qu’enfin il y ait un impôt sur les bénéfices européens.

 

Nous sommes là enfin pour rappeler au Président de la République que rien ne se passera sans que l’on ne s’attaque à cet adversaire qu’il a lui-même désigné au Bourget. « Cet adversaire qui n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, qui ne se présente pas aux élections » et pourtant qui six mois après gouverne encore : c’est le monde de la finance.

 

La taxe sur les transactions financières, c’est le premier grain de sable que l’on a versé dans les rouages de la finance.

La séparation des banques de dépôt et d’investissement, c’est un autre grain de sable.

La lutte contre les paradis fiscaux, c’est un autre grain de sable.

Et faire que la BCE prête directement aux Etats, c’est un autre grain sable, un gros grain de sable. Car une fois que celui-ci est mis, le débat sur 3% ou plus de 3% se pose d’une manière totalement différente.

 

Alors oui, les jeunes socialistes de toute l’Europe le disent avec force, si la finance a mis à genoux les peuples européens, la responsabilité des socialistes, c’est de casser les genoux à la finance. Cette tâche est devant nous. Nous ne devons pas avoir peur des pigeons quand il faut s’attaquer aux vautours.

 

*

Notre tâche est ardue tant les conservateurs, les rétrogrades, les puissances de l’argent sont déchainés. Il n’y a pas un groupe à l’Assemblée Nationale qui défend plus la lutte des classes que les députés de l’UMP,  qui n’ont de cesse que de défendre leurs cadeaux fiscaux aux plus riches.

 

Et quand l’UMP parle des salariés, c’est pour s’attaquer à eux.

Ils n’ont que deux mots à la bouche : hausse de la TVA et suppression des 35H.

 

Avez-vous entendu Copé et Fillon avoir cette belle proposition pour tous les salariés, -12% de salaire. 39h payées 35, avec Copé et Fillon, c’est « travailler plus pour gagner moins ».

 

*

 

Les français savent tout cela et c’est pour cela qu’ils voulaient que nous luttions contre le chômage. Que nous fassions face à cette crise, à une crise globale, systémique, financière, crise de la répartition des richesses, crise démocratique, crise écologique.

 

Le capitalisme exploite la terre et l’homme dans un même élan. C’est en cela que la question écologique et la question sociale ne sont que les deux faces d’une même pièce.

 

C’est par l’écosocialisme que nous reviendrons avec force à l’internationalisme, voyant les dégâts pour les ouvriers chinois, les paysans africains et d’Amérique latine, ou encore les salariés européens. Tous ils constatent dans leur vie que le libre-échange est une impasse qui pousse à la compétition de tous contre tous et au détriment des salariés à travers le monde.

 

Un congrès doit aussi être le moment où nous nous interrogeons sur le sens même du socialisme.

Peut-on continuer à mettre la croissance au centre de toute chose quand on connaît les ravages du productivisme ? Peut-on continuer à mettre la croissance au centre de toute chose quand on sait que dans les pays occidentaux, il n’y a plus de corrélations entre croissance et bien-être, ni même entre croissance et création d’emplois ?

 

Tirons les conséquences de l’impossibilité d’une croissance infinie dans un monde fini.

 

Et je dis tout cela en pensant avant tout à ceux de notre camp.

 

Aux caissières de mon village natal en Lorraine qui sont obligées de faire 40km de voiture par jour, consommant du diesel si nocif, pour gagner 1000 euros par mois, car elles n’ont simplement pas d’autre choix. Il n’y a pas d’écologie qui commence en culpabilisant les ouvriers.

 

Je pense aux décès par monoxyde de carbone qui endeuillent chaque année ma région du Nord-Pas-de-Calais. On sait depuis la silicose et l’amiante que le capitalisme peut produire une industrie qui tue et qui pollue mais à laquelle on est tout de même attaché car elle crée de l’emploi.

 

C’est pour eux qu’il faut agir. Quand, aujourd’hui, 88% du déficit commercial de la France est dû à notre facture énergétique (près de 61 milliards d’euros), c’est cela plus que n’importe quel autre élément qui mine notre compétitivité.

 

Pensons la France de l’après-pétrole avec une économie à forte teneur en emplois mais à faible teneur en carbone. Créons des centaines de milliers d’emplois dans l’assainissement du bâti, dans les économies d’énergie ou encore dans les énergies renouvelables.

 

*

 

Enfin, et je souhaite insister sur cela, même si je comprends que cela peut aller à contre-courant de la pensée dominante et des desiderata de M. Attali, hier, et de M. Gallois, aujourd’hui.

 

Depuis 30 ans, nous n’avons jamais eu autant de gain de productivité dans notre pays. Ces gains ont une conséquence, la réduction du temps de travail subie, qui s’appelle temps partiel, contrats précaires et chômage.

 

Et bien nous devons dire qu’il faut travailler moins, pour travailler tous et mieux, car aucune réforme n’a créé plus d’emplois que les 35h sur les trente dernières années.

 

Alors j’entends que la situation économique ne s’y prête pas.

Mais la situation économique s’y prêtait-elle en 1936 quand le Front populaire a adopté les deux semaines de congés payés et la semaine de 40h ?

La situation économique s’y prêtait-elle en 1981 quand le gouvernement Mauroy a adopté une cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans et le passage aux 39h ?

 

C’est pourquoi nous devons acter que l’une des meilleures façons d’établir une répartition plus juste des richesses et de lutter férocement contre le chômage, c’est la semaine de 4 jours et le retour au droit au départ à la retraite à 60 ans pour tous.

 

***

 

Si nous échouons, nous savons bien qui est là, en embuscade.

 

Je n’ai pas tant peur de Copé et de Fillon que de Marine Le Pen qui n’a de hâte que de s’adresser aux ouvriers en opposant les Français depuis toujours aux Français qui le sont depuis moins longtemps.

 

Oui, je suis inquiet de voir la progression, du fait de l’UMP, du fait du Front National d’une véritable haine à l’encontre des Français de confession musulmane. Cela est particulièrement inquiétant et donc aujourd’hui, la responsabilité des socialistes, de notre Premier secrétaire, de nos députés, du Président de la République, c’est de retisser le tissu républicain.

 

« Socialisme ou Barbarie ? » disait Rosa Luxemburg, avec la difficulté que la barbarie est déjà là alors que le socialisme reste à faire.

 

Et pour y aller, je vous le dis, les questions sociales et les questions sociétales ne s’opposent pas, elles sont complémentaires parce qu’à chaque fois que le camp progressiste engrange une victoire, il fait avancer l’ensemble des forces de progrès.

 

Quand aujourd’hui on vote le remboursement à 100% de l’IVG, c’est un premier pas pour que demain nous puissions voter le mariage pour tous, l’adoption et la PMA.

 

Ce sont ces mêmes combats qu’il faudra mener pour l’égalité des services publics entre l’outremer et la métropole, pour l’égalité avec la lutte contre les discriminations. Je le dis ici, c’était dans le projet du Parti socialiste, la meilleure façon de lutter contre les contrôles au faciès, c’est l’attestation de contrôle d’identité, unanimité lors du vote du projet pour une expérimentation. Le maire de Paris est candidat, la maire de Lille est candidate, le maire de Dijon est candidat, il s’agit de respecter le vote des militants.

 

Quand on veut lutter contre l’extrême droite, il faut s’assurer d’une démocratie exemplaire qui met fin aux micros-partis, qui réglemente le financement de la vie politique. Et une démocratie exemplaire, c’est avant tout celle qui respecte la parole donnée par les élus, aux Français, aux militants. Je le dis, ne pas respecter sa parole sur le non-cumul des mandats, c’est non seulement honteux, mais c’est déflagrateur parce que c’est ça aussi qui sape la démocratie et la croyance dans la parole donnée des politiques.

 

*

 

Alors rassemblés autour le gouvernement, rassemblés parce que nous avons besoin d‘une gauche offensive, la gauche qui rassemble tous les combats, le combat écologiste, le combat féministe, le combat geek, la gauche du mouvement syndical, la gauche qui permet la régularisation des travailleurs sans-papiers tout comme les parents d’enfants scolarisés parce que c’est ce qu’ont voté les militants.

 

Rien ne nous arrêtera si nous le voulons, rien ne nous arrêtera si nous nous engageons.

 

Et si nous acceptons de gravir les difficultés qui s’annoncent devant nous,

Si nous refusons de nous soumettre et que nous faisons front,

Alors nous pourrons dire : le socialisme, c’est maintenant !

Préparez le changement: restez informés!

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