Entretien avec Catherine Quignon le Tyrant, Maire de Montdidier et Vice-Présidente du Conseil Général de la Somme

Pourquoi s’intéresser aux questions énergétiques dans une ville comme Montdidier, touchée par le chômage et la précarité ; en quoi vos concitoyens sont ils particulièrement concernés ?

Montdidier, 6500 habitants. L’intérêt pour des villes de taille intermédiaire, était de se dire que ce qui est possible à Montdidier pourrait être possible partout en France. Alors nous avons commencé à avoir une politique qui visait surtout à diagnostiquer nos bilans énergétiques sur tout le patrimoine, puis ensuite à mettre en œuvre de nouvelles pratiques afin d’économiser de l’énergie et diversifier les sources de production. L’intérêt pour les concitoyens est clair, c’est un intérêt économique puisque la facture est diminuée et c’est aussi contribuer à la préservation de l’environnement grâce à la diminution des émissions de gaz à effets de serre.

Le contexte économique et social de Montdidier était en 2004 peu favorable à un vaste investissement même dans le but d’économiser de l’énergie, cet investissement a-t-il joué le rôle de plan de relance en dynamisant la demande et donc l’activité locale. Y a t’il un bilan ?

Effectivement, cela a contribué à un plan de relance, avec différents aspects.

- A partir du moment où nous avons réalisé des travaux cela a permis à des entreprises du bâtiment d’assurer la reconversion de son activité et l’expérimentation de techniques innovantes. Des entreprises du bâtiment n’étaient habituées qu’à poser du parpaing et ont eu l’opportunité de travailler sur nos bâtiments, d’apprendre à isoler et à proposer ces techniques acquises sur d’autres chantiers, pour d’autres bâtiments. Cette entreprise avait 20 salariés, avec à sa tête un chef d’entreprise qui allait partir à la retraite, a pu être reprise sans difficulté ce qui n’est pas forcément le cas d’autres entreprises sur le même secteur.

- Idem pour les couvreurs : un chef couvreur devait partir en retraite, pas forcément prêt à apprendre un nouveau métier tourné vers le photovoltaïque, s’est associé avec un électricien. Ils ont couvert nos bâtiments et là encore, la transmission de l’entreprise s’est faite sans problème pour les salariés en poste.

- Cela nous a permis d’accueillir de nouvelles entreprises, l’une pour la géothermie, une pour le recyclage des matériaux de bâtiments. Là encore de l’emploi est créé. De même, une « recyclerie » de trois salariés, s’est déployée et embauche aujourd’hui 17 agents.

Les commerçants locaux s’inscrivent dans nos projets et envisagent peu à peu leur reconversion écologique, épaulés par des aides communales à hauteur de 40%. Tout cela contribue soit à une dynamique de maintien de l’emploi, soit de développement des activités, et pour les projets de demain il y a encore de belles perspectives.
Les résultats sont là et nous avons pour objectif en 2015 l’autonomie énergétique.

Vous avez lancé une politique énergétique ambitieuse à Montdidier, qui a commencé par la création d’un COE (Conseil en Orientation Energétique) sur votre patrimoine. Il s’agissait là d’une volonté de coordination des initiatives à l’échelle de la ville afin d’apporter une cohérence à la démarche ?

Grâce à cela nous avons pu avoir une cartographie du patrimoine communal, mais aussi du patrimoine des particuliers parce que, grâce à notre régie d’électricité, nous avons la capacité d’effectuer gratuitement des diagnostics thermiques, d’apporter des conseils pour travailler après sur le recours éventuel à d’autres méthodes de chauffage ou à la mise en œuvre de matériaux d’isolation pour pouvoir contribuer à cet effort. Ce premier diagnostic, nous l’avons étendu ensuite à l’échelle de la communauté de communes. Je crois que l’intérêt d’une telle opération et qu’il fallait qu’à un moment il y ait des animaux de laboratoire, nous avons fait partie de ceux-ci.

Quelle a été la réaction de la population face à cette démarche ? Comment les habitants sont-ils associés aux décisions dans cette politique énergétique ? Cette stratégie énergétique s’accompagne d’une sensibilisation afin de faire évoluer des comportements au quotidien. Comment se passe cette sensibilisation ? Est-elle présente dès l’école ?

La population a fort bien réagi. Nous avons d’abord un bulletin municipal qui permet de communiquer sur les bonnes pratiques, le recours à de bons matériaux. Nous organisons des réunions de quartier auxquelles tous les services sont associés, dont celui de la régie d’électricité. Cela nous permet d’avoir un contact direct avec nos particuliers. Dans les écoles, nous intervenons, que ce soit les primaires, collèges, lycée. Au-delà de la simple conduite, l’enseignement permet de transmettre ces bons gestes. Il faut intégrer pleinement la communication et la sensibilisation au projet de transition.

Nous avons lancé un projet de parc public éolien il y a quelques années et, lors de l’enquête, nous n’avions eu aucun avis défavorable et encore aujourd’hui, je n’ai jamais eu de retour défavorable ou lorsque j’en ai un, c’est plutôt parce que les éoliennes ne tournent pas et que cela inquiète les gens !

La stratégie de sobriété énergétique comme celle initiée à Montdidier est un excellent moyen d’augmenter le pouvoir d’achat notamment des plus modestes pour qui la facture énergétique prend, en proportion, une place plus importante que pour un foyer plus aisé. Des améliorations concernant la sobriété des équipements municipaux ont été également mis en place (éclairage public, chauffage des locaux municipaux,…). Donc cela permet aussi de répartir les richesses ?

Complétement. Le centre hospitalier qui avant ne se chauffait qu’au gaz et est maintenant raccordé au réseau de chaleur, voit la facture de son énergie se réduire de 68 000 euros en une année. Nos habitants ont pu constater une diminution de la facture énergétique. Nous avons eu aussi la volonté de baisser la taxe municipale, le prix de l’énergie étant normalisé il est impossible pour nous d’aller vendre moins cher le prix du mégawatt ou du kilowatt qui est distribué, mais par contre nous avons baissé la côte part municipale, et si demain nous arrivons à installer les quatre ou cinq éoliennes supplémentaires qui sont en projet, je pense que nous pourrons descendre à une taxe municipale équivalente à zéro, réduisant encore de –8 à – 10% la facture énergétique des ménages.

La commission d’enquête sénatoriale annonce d’ici 2020 une hausse de 50% de la facture énergétique en France. Je considère pour ma part, en tant qu’élue socialiste, que nous devons nous efforcer d’assurer une coordination, d’anticiper ce phénomène. Pour arriver à cela, il faut avoir un peu de courage politique, se dire que le tout nucléaire n’est pas forcément la solution et déconcentrer auprès des départements ou des régions la gestion de la maîtrise de l’énergie ! Au lieu d’affecter des milliards à la construction d’EPR, essayons d’en injecter dans d’autres moyens de production, nous avons les potentiels et les gisements.

Cette politique énergétique est-elle applicable à une autre échelle ? Avez-vous envisagé de coordonner la politique de Montdidier avec des villes voisines afin de mutualiser des investissements ou des ressources ?

Ce que nous avons fait à Montdidier est duplicable. Sur les plus petites communes, cela est délicat. Nous montons un projet avec des communes attenantes, une de 800 habitants, l’autre de 400, avec la volonté de partage d’investissement et de service à la population identique. Des communautés de communes s’orientent sur le même principe. Cela est possible, à condition de déconcentrer les moyens et de laisser un peu de latitude. Nous étions un projet pilote, nous avons pu tester les chaufferies bois, les réseaux bois, nous avons pu de ce fait arriver à la conclusion suivante, une petite chaufferie bois n’est pas forcément utile, il vaut mieux se concentrer sur l’isolation d’un bâtiment plutôt que d’investir sur la petite chaufferie. Par contre un réseau de chaleur bois qui alimente plusieurs équipements devient intéressant, car avec les économies réalisées l’on peut investir dans les opérations de MDE.

Donc cette vision là, qui a été portée par plusieurs élu(e)s à différents niveaux a, à mon sens, le mérite d’exister et devrait être démultipliée. C’est un enjeu majeur qui créera de l’emploi, assurera la pérennité d’entreprises. Et puis surtout, cela améliorera le quotidien des gens.

Préparez le changement: restez informés!

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