Rachat de dette par la BCE, et après ?

Si Mario Draghi a annoncé hier la possibilité de rachat par la BCE de titres de dettes privés dette des Etats de la zone euro sans limite quantitative, voilà une bonne nouvelle à relativiser. Si cette nouvelle donne l’apparence de rompre avec l’orthodoxie des technocrates bruxellois et qui va permettre à l’Espagne et à l’Italie de retrouver un peu d’air, elle est cependant conditionnée à des saignées budgétaires comme contreparties. Un don contre l’austérité, telle semblerait être la devise de la BCE.

Des conditions trop contraignantes

Néanmoins cette intervention tardive, si elle fait l’effet d’un coup de tonnerre, en Allemagne notamment, et d’une vague d’air frais sur les marchés boursiers, s’accompagne de contreparties qui ne vont pas dans le bon sens et montre que la rupture est loin d’être totale. De fait, selon le principe de conditionnalité de l’OMT (Outright Monetary Transactions) un pays ne pourra bénéficier du mécanisme d’achat de dette que s’il a sollicité le fonds de secours européen (FESF et par la suite MES) mais aussi accepté des conditions contraignantes en terme d’assainissement de ses finances publiques, conditions dont on voit le résultats aujourd’hui en Grèce et en Espagne.

Enfin, rappelons que ce rachat de la BCE ne s’effectuera pas sur les marchés primaires, mais secondaires, rachetant ainsi non pas directement les obligations émises par les Etats, mais celles rachetées par les particuliers.

Il faut aller plus loin

Il convient aujourd’hui, au contraire de ce qui a été porté depuis le début de la crise, d’aller plus loin dans la rupture avec l’orthodoxie qui a fait preuve de son incapacité à enrayer la crise mais aussi de sa capacité à l’aggraver. Permettre l’achat d’obligations étatiques ne suffit pas, il faut également modifier les objectifs de l’inflation et permettre de les adapter et de les élargir en fonction de la situation économique ; la mise en place d’eurobonds qui permettrait aux pays les plus fragiles de la zone euro de bénéficier des taux d’intérêt très faibles dont jouissent les Etats les plus solides, les euro-obligations étant garanties solidairement par tous les pays de l’Union monétaire, est également une urgence aujourd’hui. Enfin et plus globalement, la BCE doit intégrer le plein emploi et une croissance qualitative dans ses objectifs au lieu de n’avoir pour seul objectif la lutte contre l’inflation. Jusque là, la cible d’inflation beaucoup trop restrictive actuelle n’a pas été remise en cause par la BCE, malgré la demande de certains Etats.

Le changement sera politique

Changer les objectifs de la BCE c’est aussi changer la manière d’envisager l’Europe et reprendre la construction européenne sur de nouvelles bases. Mais pour cela le politique doit reprendre le dessus sur l’économie et il est triste de voir aujourd’hui la plus grande avancée depuis de longs mois décidée par la BCE et non par les Etats membres et encore moins par le Parlement Européen. Pour sortir de la crise nous avons avant tout besoin que les citoyens et leurs représentants aient une parole et des décisions fortes sur l’Europe, cela ne doit plus tarder. Jeunes d’Europe, Rise up !

Préparez le changement: restez informés!

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