Interview : Julien Hostache, co-fondateur du collectif Superwatt

Superwatt : Association loi 1901 fondée par les salariés de Photowatt (fabricant français de panneaux photovoltaïques basé à Bourgoin-Jallieu en Isère) suite à l’annonce de sa mise en redressement judiciaire en novembre 2011. Ce mouvement est ouvert à tous ceux qui veulent œuvrer pour défendre et promouvoir la filière de l’énergie photovoltaïque en France.

Depuis la création du collectif et votre mobilisation, que devient l’entreprise Photowatt ?

La société est repartie sur de bons rails. Elle à été reprise par EDF via sa filiale EDF ENR sur décision du tribunal de commerce de Vienne qui avait été mandaté pour statuer. Aujourd’hui, l’entreprise repart progressivement vers un rythme de production conforme à ses capacités, et on entend parlé de plusieurs projets dans un avenir proche ce qui augure de bonne choses pour ce fleuron de l’industrie photovoltaïque française.

Quel constat faites-vous de l’évolution de la filière photovoltaïque en France ?

Après un démarrage très rapide suite au décret du 10 Juillet 2006, cette filière à connu une croissance extrêmement importante, allant jusqu’à l’excès et aux dérives qui ne manquent jamais d’arriver en pareils cas. Pour autant, la création de près de 25 000 emplois direct comptabilisés fin 2010 démontre que cette filière présente également des côtés très positifs, et un potentiel conséquent pour réorienter notre système économique et notre conception du système énergétique. Ce qui est consternant, et même si des chiffres indiscutables sont difficiles à obtenir, c’est que plusieurs experts et analystes estiment à plus de 10 000 le nombre de ces emplois qui ont été détruits depuis, suite au coup d’arrêt trop brutal qui à été porté. Bien sur, il était plus que nécessaire d’agir pour mettre fin à une bulle spéculative et à un effet d’aubaine indécent. Ce que je regrette, c’est que cela ce soit fait dans l’urgence, sans aucune anticipation et en dépit du bon sens. Je me souviens très bien des colloques du Syndicat des Energies Renouvelables où nous étions nombreux à demander des 2008-Début 2009 la mise en place d’une feuille de route établissant la diminution progressive du tarif d’achat pour que le développement de cette énergie (qui était à ce moment là sur une dynamique très puissante) puisse se faire de manière soutenable et cohérente. Mais nous n’avons pas été entendu et c’est seulement dos au mur qu’ont été mises en place des actions, aux conséquences catastrophiques tant pour les employés directs et indirects de cette filière que pour notre pays. A l’heure d’une transition énergétique qu’il nous faut impérativement entreprendre au plus vite, c’est un temps précieux que nous avons gaspillé.

Aujourd’hui, la filière photovoltaïque repart progressivement, bien qu’amputés de nombreux acteurs qui ont été contraints de mettre la clé sous la porte. Elle traine une mauvaise réputation, conséquence de la campagne fallacieuse qu’elle a subit ces 2 dernières années. Cette image écornée influence fortement les comportements de 2 acteurs centraux dans le développement de projets de production d’énergie : les organisme bancaires et les assureurs, ce qui rend la donne plus complexe. Aujourd’hui, la filière photovoltaïque française parvient malgré tout à limiter la casse car elle bénéficie de la dynamique du marché mondial au niveau de l’abaissement des coûts. A la fin du mois de Juin 2012, le parc de production photovoltaïque national comptait 3 209 MWc, soit une hausse de 11% par rapport à 2011.

Quel est pour vous le rôle de l’action publique dans cette évolution ?

Comme pour toutes nouvelles filières, ce rôle est capital. On l’a très bien vu, les coups portés par le précédent gouvernement ont été très durs, que ce soit au travers de l’appareil législatif ou via une campagne de dénigrement injuste. L’énergie photovoltaïque possède un potentiel énorme et nul doute qu’elle portera un rôle très important dans notre futur mix énergétique. Pour autant, elle n’a pas encore atteint son stade de maturité et nécessite encore une action publique qui n’est pas synonyme d’assistanat. Lorsque le programme électronucléaire à été lancé en France, le montant des investissements a été reporté sur les consommateurs d’électricité et les contribuables. Il était alors question “d’investissement pour l’avenir”. Il en est de même aujourd’hui. La France à besoin des énergies renouvelables dont l’énergie photovoltaïque et ces dernières ont besoin d’une politique de développement volontariste, ambitieuse, visionnaire et soutenable.

Les collectivités publiques sont-elles promptes à engager leur transition énergétique et revendre leurs surplus d’énergie produite ? Qu’en est-il du privé ?

Oui, les collectivités ont pour la plupart pris très tôt le virage des énergies renouvelables et notamment du photovoltaïque. Au travers des Schémas Régionaux Climat Air Energie (SRCAE) mis en place par le Grenelle de l’environnement, nombreuses sont les conseil Régionaux qui ont fait montre d’une véritable volonté de développement, et plusieurs projets on ainsi vue le jour. Cette politique locale de développement de l’énergie Solaire est allée dans certaines Régions jusqu’à la mise an oeuvre de projets ambitieux et cohérents qui mettent à mal l’objectif national : Le SRCAE établi par la Région Rhône alpes par exemple table sur un objectif de 1 080 MWc installé à l’horizon 2020, soit prés de 20% de l’objectif français pour la même période, fixé par le grenelle à 5 400 MWc.
Le secteur privé connait un développement plus terne après des années 2007 à 2011 très fortes. Mais il s’agit d’une transition car, s’agissant du secteur résidentiel, la parité réseau approchant, il est inévitable que de plus en plus de personne se tourneront vers cette ressource. Dans le secteur industriel, la dynamique tend aussi vers une reprise importante dans les années à venir, mais seul l’action publique permettra de la rendre plus efficace et plus pérenne.

Votre collectif souhaitant en premier lieu « sensibiliser l’opinion publique, les politiques et les décideurs sur la situation de la filière photovoltaïque en France », comment vous-y prenez-vous ?

Suite à notre création durant la campagne présidentielle, dans le cadre de notre action pour la filière photovoltaïque et pour le devenir de l’entreprise Photowatt, nous nous sommes aperçu que nous disposions de moyens de communications très puissants pour peu que l’on sache s’en servir. Les réseaux sociaux ont été des éléments centraux dans notre capacité à nous faire entendre et à attirer la lumière sur nous. Dans le même temps, ce qui nous à permis de nous différencier, et donc d’être écoutés, tient dans l’esprit de notre action et de notre association : quelque soient les difficultés que nous rencontrons, quelque soient les enjeux, nous considérons d’une part qu’il n’y a pas de place à la résignation, et que la seule contestation ne se suffit pas à elle même. Notre mode de fonctionnement est de se poser en une force de proposition qui fait entendre une partie des voix d’une filière et qui souhaite apportées leur pierre à l’édifice. Sans présomption aucune, c’est un peu un nouveau mode de manifestation citoyenne, tourné vers la construction et la progression.

Vous vous décrivez également comme une force de propositions pour l’avenir de la filière, à partir de là, d’après vous face à la concurrence mondiale comment peut-on développer la filière photovoltaïque en France aujourd’hui ?

En premier lieu, la première chose à faire est de sortir des incantations et des miroirs aux alouettes que l’on utilise à tout va. Lorsque j’entends parler d’une reprise de leadership par le “développement de solution innovantes”, je suis consterné. Pense t’on encore aujourd’hui que nos laboratoires de recherche sont plus efficace que ceux de nos voisins asiatiques ou nord-américain?
Croit-on que nos cerveaux soient plus efficaces pour s’accrocher à de tels espoirs? C’est vrai que la question est extrêmement complexe eu égards aux différentes lois et règlements qui régissent le commerce international. Pour autant il nous faut la regarder de front et y apporter une solution qui de toute évidence devra se réfléchir à l’échelle européenne et devra être porté avec un courage et une inventivité politique indispensables. C’est à ce prix que nous y arriverons.

Les USA taxent fortement leurs importations de anneaux photovoltaïques chinois, pourquoi la France reste le seul pays à ne pas le faire ?

Justement parce qu’à mon sens cela doit se voir sur une échelle plus large pour que les leviers de négociation et d’action soient plus efficaces. Pour autant, cela n’exclue pas que nous puissions jouer le rôle de fer de lance, et remettre en chantier une solution intelligente telle que la taxe carbone constitue une possibilité très intéressante.

Le photovoltaïque est-il une filière créatrice d’emplois ?

Clairement oui. Nos voisins allemands ont largement démontré ce que nous avons tout juste eu le temps d’apercevoir en France. Aujourd’hui, la seule filière photovoltaïque allemande emplois plus de 370 000 personnes, dont plus de 200 000 emplois on été créé entre 2005 et aujourd’hui (source BMU, ministère fédéral de l’environnement allemand). C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous permettre de passer à côté du gisement d’emplois que représentent les énergies renouvelables.

Quel rôle peut-avoir la filière photovoltaïque dans la rénovation du bâti, nécessaire pour réduire la consommation énergétique des ménages ?

L’avantage est qu’elle s’accommode très bien à l’échelle d’un foyer de part sa facilité de pose et d’entretien, et de part sa capacité de production. Dans ce schéma, elle offre la situation idéale où l’énergie est produite au plus près du consommateurs, sans pertes inhérentes ou transport. Un autre facteur est l’impact qu’une installation photovoltaïque a sur le comportement d’une famille: l’ADEME a publié une étude qui montre qu’en moyenne, les personnes qui installent un générateur photovoltaïque sur leur toit voient leur consommation baissée de 10 à 15% alors que toutes leurs production est injectée sur le réseau! C’est l’une des vertus des énergie renouvelables et de la décentralisation des moyens de production d’électricité : tout un chacun prend conscience de ce que représente un kilowattheure, et que l’électricité ne se résume pas à l’interrupteur que l’on à chez soit.

Quel rôle peut jouer la banque publique d’investissement voulue comme un engagement du président de la République au cours de la campagne présidentielle, dans le développement futur de la filière photovoltaïque ?

Elle peut justement relancer le marché en permettant un accès plus facile et moins contraignant aux emprunts d’investissements. C’est un lieu commun de le dire, mais le financement des projets et l’accès au prêts demeure les poumons de ce secteur comme tant d’autres.

La volonté générale de réindustrialisation de notre pays et le scénario Negawatt sont-ils compatibles ?

La réponse à mes yeux et claire: oui ces deux dynamiques sont compatibles notamment au regard du chapitre sur les circuits courts et l’impact énergétique du transports de matières premières et de biens manufacturés. Cependant, il est certain que cela implique une prise en compte adéquate dans la mise en œuvre du scénario pour à la fois répondre aux besoins énergétiques liés à la relance de ce secteur et poursuivre les dynamiques générale de baisse de la consommation et d’augmentation de la proportion d’énergies renouvelables. Le risque serait de devoir faire appel trop souvent à des ressources fossiles d’appoint pour alimenter cette réindustrialisation. D’aucun disent que c’est un chemin de crête qu’il faut trouver. Pour ma part, je considère plutôt qu’il nous faut repenser les modes de productions et de logistiques pour les adapter à ce nouveau modèle.

La transition énergétique est-elle pour vous une solution à la sortie de crise et au redressement du pays ?

Sans hésitation : oui, 3 fois oui. L’exemple allemand sur le seul secteur photovoltaïque est édifiant. Il est évident que cette transition énergétique ne se fera pas sans heurts et qu’elle se confronte à des freins très puissants, installée dans le fonctionnement de notre pays depuis trop longtemps. Pour autant, “nécessité fait loi” et nous ne pouvons plus reculer aujourd’hui. Tous les acteurs du développement durable attendent beaucoup de cette mandature qui débute et qui sera décisive. Dans les débats qui vont s’ouvrir dans les prochain mois, Superwatt à l’intention d’apporter, à son modeste niveau, sa pierre à l’édifice de la transition énergétique. Et il est plus que jamais grand temps de s’y atteler.

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