Internet et révolution numérique

Internet est le produit et l’accélérateur de ce qu’on appelle la révolution numérique. Cette révolution dans le champ de la connaissance est caractérisée par le fait que l’on peut dissocier l’information de son support, et s’affranchir ainsi des limitations de la matière. Lorsqu’on numérise un texte, un son, une image, une vidéo, on traduit l’information du monde réel (encre sur le papier, vibrations de l’air, lumière) sous la forme de nombres, facilement manipulables par un ordinateur.

Une fois numérisées, les œuvres et les informations sont soumises à un régime économique radicalement différent du monde physique. Alors que les biens physiques sont rivaux (si je donne un objet, je ne l’ai plus), les biens immatériels, tels que les idées ou les histoires drôles, sont non rivaux : si l’on donne une idée à quelqu’un, il la possède, et on ne l’a pas perdue. Si l’on copie un fichier à quelqu’un, on l’a toujours.

Les biens immatériels peuvent être copiés à coût nul. On n’est donc plus dans une économie de la rareté, mais de l’abondance. La seule limite à ce que l’on peut lire, écouter ou voir dépend de son temps libre. Le coût d’acquisition d’un bien immatériel étant nul, les théories économiques du monde matériel sont inapplicables. Les modes de rémunération de la production de valeur doivent être repensés. Parce qu’Internet facilite la mise en relation directe entre producteurs et consommateurs, nombre d’intermédiaires existant dans le monde matériel ne seront plus nécessaires dans le monde numérique ou devront se transformer. C’est pourquoi Hadopi était une mauvaise solution : elle cherchait à recréer artificiellement un monde de rareté au profit des distributeurs, alors qu’il faut au contraire gérer l’abondance au profit des artistes et de leur public.

Internet, c’est quoi ?

Pour bien comprendre les enjeux, il faut comprendre ce qu’est Internet. Internet n’est pas un simple réseau. C’est le réseau des réseaux. Il est unique, car son rôle est d’interconnecter tous ceux qui le souhaitent. C’est un bien commun. C’est parce qu’Internet doit rester unique qu’il est essentiel de le protéger contre la fragmentation : le fait que certaines puissances (politiques et / ou économiques) souhaiteraient mettre des barrières à l’entrée et à la sortie de leur « territoire » (leur réseau), que ce soit pour contrôler ce qui y transite ou faire payer plus cher pour le passage de tel ou tel type de communication. On reviendrait à un modèle féodal, avec péages et octrois, qui pénaliserait la libre circulation des idées.

Internet est analogue au réseau routier. Pour utiliser Internet, vous devez juste créer une route allant de votre maison à la route la plus proche. C’est ce que vous proposent les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) commerciaux, qui créent cette route pour vous. Cependant, il n’est pas obligatoire de passer par eux. On peut créer sa route soi-même, en créant sa propre structure de FAI associatif. Les FAI associatifs sont en fait les plus anciens, créés à l’époque où l’accès à Internet pour les particuliers n’était pas vu comme une activité rentable par les entreprises.

Il ne faut pas confondre Internet et les usages que l’on en fait, comme le Web ou la visiophonie. On distingue habituellement trois couches. La première est celle des infrastructures. Ce sont les « routes », les équipements physiques qui permettent à l’information de circuler (fibres optiques, antennes hertziennes, etc.). La deuxième est celle des opérateurs de télécommunication. Ce sont eux qui font circuler sur ces routes les véhicules qui transportent l’information d’un point à un autre. Le troisième est celui des services : le fait qu’au bout d’une certaine route vous trouverez un magasin de meubles (un site web), ou que chacun peut réserver une partie d’une pièce de chez lui pour stocker des caisses appartenant à d’autres (échange de fichiers en pair-à-pair), etc.

L’innovation sans permis

Ce qui a permis à Internet d’être ce qu’il est aujourd’hui, c’est qu’il est un réseau « stupide ». Pour reprendre l’analogie ci-dessus : les routes sont simplement ouvertes à tous, et ce sont les services qui s’appuient sur elles qui leur donnent une valeur ajoutée. Dans le réseau téléphonique ancien, les combinés étaient stupides, et tous les services dépendaient du central téléphonique, sous le contrôle des opérateurs. Seuls ces derniers pouvaient innover, et les usagers étaient captifs.

Avec Internet, ce sont les ordinateurs de tous ceux qui sont interconnectés qui peuvent héberger les services. Tout le monde peut donc librement créer de nouveaux logiciels (Skype, etc.), ou installer de nouveaux serveurs web (YouTube, FaceBook, etc.) pour offrir ces nouveaux services. Internet permet l’innovation sans permis. Tout le monde peut innover sans devoir demander l’accord à son FAI. Il suffit de créer et d’installer le logiciel de la nouvelle application sur son ordinateur, et/ ou de convaincre les autres de l’installer aussi. C’est pour cela que les mécanismes créant une barrière artificielle à l’innovation en monopolisant des idées, tels que les « brevets logiciels », sont à bannir, car macro-économiquement contre-productifs.

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