Election générale québécoise : la nuit électorale comme si vous y étiez

A l’issue d’une campagne marquée par des conflits sociaux et la précarisation des jeunes comme oeuvres du mandat des libéraux au pouvoir, 5,9 millions d’électeurs québécois ont renouvelé lundi 3 septembre les 125 députés de leur Assemblée nationale. Avec une majorité relative de 54 députés, le Parti Québecois (centre-gauche indépendantiste) devrait former un gouvernement minoritaire mené par Pauline Marois, la première femme Premier Ministre de l’histoire de la Belle-Province.

Deuxième partenaire diplomatique de la France juste derrière l’Allemagne, le Québec est aussi une province clef de l’Etat fédéral du Canada. La plus grande par son territoire (presque trois fois la France), elle abrite 8 des 35 millions de Canadiens, et entretient des relations privilégiées avec les pays francophones notamment africains.

Organisation internationale et transpartisane, le Comité d’action politique France-Québec présidé par Nicolas Anoto (ancien membre du bureau national des Jeunes Socialistes) était présent cette nuit à Paris parmi les ressortissants Québecois pour suivre les résultats. Revivez ci-dessous une nuit riche en rebondissements.

1h30 heure française (19h30 au Québec) – Ouverture de la soirée électorale

Ressortissants québécois et acteurs des relations franco-québecoise se massent autour de l’écran : la télévision publique RadioCanada doit annoncer d’ici une demi-heure les premières estimations. Ce n’est qu’au terme de la soirée que le sort sera fixé : le système électoral hérité du Royaume-Uni est celui du scrutin uninominal à un tour. Les circonscriptions électorales – appelées comtés – ne basculent souvent qu’à quelques centaines de voix. Tout est donc possible.

2h00 – Premières estimations

Le Parti Québécois (PQ, centre-gauche) prend rapidement la tête, mais le score est serré. 12 candidats en tête pour le PQ, 10 pour le Parti libéral du Québec (PLQ, droite libérale et majorité sortante), 6 pour la Coalition avenir Québec (CAQ, droite nationaliste). Pauline Marois, leader du PQ, l’emporterait nettement dans son fief de Charlevoix-Côte-de-Beaupré. Pourtant les estimations restent à 33% pour le PQ, 31% PLQ, 29% CAQ. La soirée s’annonce serrée…

2h25 – Des résultats hésitants

On a désormais les estimations d’un bon tiers des comtés. 19 candidats seraient en tête pour le PQ,18 pour le PLQ ,13 pour la CAQ.

2h30

Jean Charest, Premier Ministre libéral sortant du PLQ est annoncé battu d’un cheveu par le PQ à Sherbrooke, des applaudissements fusent dans la salle. Québec Solidaire (gauche alternative) n’a pour l’instant aucun député, mais les sondages sortis des urnes l’annonce à 4%. La CAQ, créée il y a tout juste neuf mois, semble ravir le centre du Québec et la région nord de Montréal : la percée est nette.

2h40

Premier député élu pour Option Nationale (centre-gauche nationaliste). Le PLQ prend l’avantage, 42 députés annoncés contre 37 pour le PQ, Jean Charest passé devant à Sherbrooke. Dans la salle parisienne, on fixe des gommettes de couleur sur de grandes cartes du Québec, recensant les quelques résultats définitifs.

2h50

Jean Charest repasse derrière le PQ à 3 voix près ! La tendance générale s’inverse à nouveau 56 / 44 pour le PQ. Nouvelles estimations : 33% PQ / 31% PLQ / 27% CAQ / QS 5%. 2 premiers élus sont acquis pour QS.

3h00

Les ministres de la justice et de la culture de Charest sont réélus. Au quartier general du PQ c’est la liesse : le parti a près de 20 élus d’avance et peut espérer une majorité absolue (63 sièges). Des applaudissements résonnent aussi dans la salle. Pauline Marois demande aux électeurs une majorité forte pour abolir la politique anti-sociale contestée de Charest (taxe sur la santé par exemple) et mener une politique souverainiste en direction de l’indépendance québécoise.

3h20 – L’avance du Parti Québécois confirmée

Les résultats se stabilisent. Le PQ confirme son avance : 58 PQ / 47 PLQ / 18 CAQ / 2 QS. Les PQistes mettent l’ambiance à Québec comme à Paris. Le leader d’Option nationale est battu. Jacques Duchesnau, important leader de la CAQ est élu à Saint-Jérôme. Les ministres des transports et de la santé de Charest sont réélus.

3h40

Point sur la progression de la CAQ : elle est indéniable. Cœur du Québec, sud de Québec, nord de Montréal. C’est désormais une force avec laquelle il faudra compter dans la politique québécoise. D’autres ministres sortants sont réélus (développement économique et personnes âgées).

3h50 – Discours de Françoise David (Québec Solidaire)

Françoise David félicite le député PQiste sortant pour son travail et se félicite en tant que féministe de la victoire de Pauline Marois. Elle s’engage à voter avec le PQ toutes les fois qu’il y aura progrès sur l’écologie, la souveraineté, la justice sociale, ou encore égalité femmes-hommes. Ses propos reçoivent des applaudissements nourris parmi les Québécois parisiens, mais des huées depuis le quartier général du PQ, vexé d’avoir perdu un député à son profit.

4h00 (22h au Québec) – Vers un gouvernement minoritaire du PQ

Le taux de participation est estimé à 70%. Radio Canada annonce que Pauline Marois s’apprête à devenir Premier Ministre à la tête d’un gouvernement minoritaire. Les résultats ne bougent presque plus. 56 sièges (33%) pour le PQ / 47 sièges (31%) pour le PLQ / 20 sièges (27%) pour la CAQ/ 2 sièges (6%) pour QS. 55 000 voix seulement séparent le Parti Québécois des Libéraux. Des analyses commencent à fuser, attribuant les difficultés du PQ aux voix dispersées par Option Nationale ou Québec Solidaire, faisant parfois le jeu du PLQ voire de la CAQ.

4h05

Jean Charest avec 1600 voix de retard est en voie de perdre sa première élection en 28 ans. Dans la salle on murmure le nom de Jacques Ménard pour prendre la suite de Charest à la tête du PLQ.

4h20

Des dirigeants du PQ accusent les divisions de la gauche pour expliquer leur échec relatif. Les calculs de Radio Canada paraissent confirmer qu’un front progressiste souverainiste aurait permis un gouvernement majoritaire. L’exemple de François Mitterrand et du programme commun en 1981 est cité. Françoise David réfute l’idée selon laquelle sans QS, les électeurs se seraient reportés sur le PQ.

4h40 – Jean Charest battu dans son bastion

28 ans jour pour jour après sa première élection à Sherbrooke, Jean Charest est définitivement battu par plus de 2000 voix. S’il concède la victoire à Pauline Marois, l’intéressé ne tire pas pour autant de conséquences quant à la direction du PLQ. Il prendra quelques temps de réflexion pour déterminer son avenir politique. La dernière réunion du Conseil des Ministres sortant est prévue pour demain.

4h50 – Déclaration du gouvernement canadien et discours de François Legault (CAQ)

Le gouvernement canadien félicite Pauline Marois, ainsi que l’ensemble des candidats, et rend hommage au travail de Jean Charest au service de la province. Il précise qu’il interprète les résultats non comme la réouverture des anciennes querelles sur la souveraineté du Québec mais comme l’occasion de travailler à la croissance économique en bonne intelligence avec la nouvelle majorité.

Dans le même temps, la CAQ se félicite d’avoir imposé un nouveau parti dans le paysage québécois avec une entrée en fanfare à l’Assemblée nationale. Dans la salle les réactions sont plutôt narquoises : avec seulement 19 députés la CAQ est loin d’être en situation de former un gouvernement comme elle l’avait ambitionné. Elle estime ce faisant que les québécois ont choisis de placer le nouveau gouvernement du PQ « sous haute surveillance ».

5h15 – Discours de Jean Charest (PLQ)

Discours de Jean Charest qui félicite Pauline Marois pour sa victoire. Il rappelle néanmoins sa conviction que l’avenir du Québec se trouve au sein du Canada. Et souligne le faible écart (1% des voix exprimées) entre le PLQ et le PQ qui termine à 32%. Le taux de participant est particulièrement élevé (73,39%).

5h40 – Discours de Pauline Marois (PQ)

Après les remerciements et félicitations d’usage, Pauline Marois entame la déclinaison de son projet par la Francophonie, non sans égards pour les anglophones et les populations amérindiennes. Elle répond aux autorités canadiennes qu’elle entend laisser les Québecois décider des questions qui les concernent, sous les cris de la salle « On veut un pays ». Les relations seront cordiales mais les intérêts du Québec seront défendues fermement : « l’avenir du Québec est de devenir un pays souverain ».

6h00 – Balle assourdissante tirée sur Pauline Marois, discours interrompu

Plaquée au sol par la sécurité, Pauline Marois met fin à son discours, la salle commence d’être évacuée après qu’on a annoncé le tir d’une balle assourdissante. Une personne est arrêtée en possession d’une arme. Finalement l’ensemble des candidats PQuistes monte sur scène pour saluer le public.

Fin de la soirée électorale, avec un attentat incompréhensible, et une courte majorité pour le centre gauche. C’est ainsi que démarre le mandat du retour de la gauche au Québec.

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