Comment réduire la fracture numérique et la persistance d’inégalités numériques ?

La « fracture numérique » dont beaucoup parlent aujourd’hui est centrale pour appréhender les questions démocratiques liées au numérique. Si en 10 ans, nous sommes passés d’un accès à internet à la maison pour 12% à 64% des ménages français, il s’agit de dissocier l’accès physique de l’accès intellectuel à internet. Cette fracture est autant constituée par l’écart d’accès matériel au numérique sur le territoire, dans les équipements technologiques, que leur utilisation et compréhension profondément inégale selon des déterminismes sociaux et culturels. Pour atteindre la démocratie numérique, la question de la lutte contre les inégalités se pose en premier lieu.

Comment agir pour résorber la fracture numérique ?

Internet est aujourd’hui un outil indispensable au développement des territoires. L’allongement de la fibre optique, du très haut débit sont nécessaires à l’implantation des entreprises sur des territoires ruraux ou périurbains aujourd’hui isolés tant géographiquement, qu’économiquement et socialement. Le financement de ces politiques, leur articulation et l’attention portée à leur péréquation à l’échelle nationale doivent donc être posées.

Mais il est nécessaire d’aller aussi plus loin, et de remettre en question des politiques publiques contemporaines de réduction des inégalités d’accès d’ordre matériel à internet. Trop souvent, ces politiques omettent de comprendre le système internet comme le reflet d’inégalités sociales et culturelles profondes. Répandre le très haut débit sur tout le territoire fait partie des politiques publiques les plus en vogue. Mais loin de répondre aux impératifs d’égalité, elles ne font qu’offrir les possibilités matérielles d’un accès de tous les citoyens à internet.

Il ne s’agit cependant pas que d’un accès de droit, et non un accès effectif au numérique. Derrière l’usage du numérique, se cache une pratique, une lecture, une appréhension de ce média propre à chacun, des ressources différentes. Cette pratique reflète aujourd’hui des inégalités dont les indicateurs peuvent être le niveau de diplôme, la situation sociale, ou l’âge de l’individu. Aujourd’hui plus que jamais, les classes sociales les plus défavorisées n’accèdent pas de manière égale aux contenus et outils numériques. Pourtant, internet doit devenir une ressources valorisables par tous.

> Quelles politiques publiques de réduction des inégalités territoriales dans l’accès au numérique ?

> Comment résorber la fracture numérique d’ordre sociale ? Faut-il développer une éducation au web ?

> Comment faire du numérique, non plus le révélateurs d’inégalités, mais un outil d’émancipation individuelle comme collective ?

Le numérique, l’outil d’un capitalisme transformé

Par le biais du numérique, devenu partie intégrante de la sphère marchande, assistons-nous au développement d’un nouveau capitalisme ? Tous les ingrédients sont réunis : appropriation par quelques uns des profits engendrés, inégale répartition des richesses produites, intégration des travailleurs à un système de production aliénant, posant des question au droit du travail, à leur santé au travail, à leur émancipation. Ajoutons à cela l’inégal accès au numérique qui semble laisser de côté ceux qui sont déjà isolés socialement. Nous assistons donc à une extension de la sphère marchande par le biais du numérique, jusque dans la sphère privée, celle du travail, mais également de l’information.

Si des millions d’emplois sont créés grâce au numérique en France, nous observons la persistance d’un ordre social dominé par une nouvelle classe capitaliste connectée. Selon certain auteurs, nous assistons donc à la formation d’ une classe sociale exploitée et isolée de l’accès plein et émancipé à l’outil numérique, c’est ce que Joël de Rosnay nomme le « pronétariat », nouvel forme d’un prolétariat déjà ancien.

Sur l’internet, avec le web 2.0, la montée en puissance de l’économie du don, du gratuit et de la contribution, une nouvelle forme de lutte des classes opposerait aujourd’hui ceux qui pollinisent, en partageant leurs connaissances, et ceux qui en tirent un profit financier. Ceux-là mêmes qui cherchent à contrôler qui a le droit de partager, quoi, où, quand, comment, pourquoi. Pour Yann Moulier Boutang, ce qui importe, ce n’est pas la production des abeilles, le pollen qu’elle partage, mais le processus de la pollinisation, le fonctionnement du vivant. Ainsi, la valeur d’une base de données, d’un moteur de recherche, n’est pas tant dans ce qu’ils répondent à une requête à l’instant T que leur capacité à nous mettre en relation, et à se mettre à jour : “les bases de données sont les neurones de l’intelligence collective en réseau, et sont les traces de la pollinisation, et ce qui est important, ce n’est pas la trace, mais l’opération” de pollinisation, et donc la mise en relation.

Des richesses produites en réseau seraient donc appropriées par quelques uns. Cette appropriation capitalistique qui pose aujourd’hui la question de la propriété privée, de la transversalité des brevets, de la généralisation d’initiatives comme linux, de wikipedia, des logiciels libres, etc.

> Quel modèle économique pour le numérique ?

> Quelle protection des travailleurs contemporains ? Comment garantir leurs droits ? comment mieux appréhender les questions de santé au travail posées par le numérique ?

> Comment faire de ce système aliénant un modèle à plus juste répartition des richesses produites ?

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