Changer d’ère: Faisons réussir la gauche au pouvoir

Retrouvez la contribution des Jeunes Socialistes adoptée en bureau national pour le Congrès de Toulouse du Parti Socialiste

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Les jeunes de France se sont exprimés avec force quatre dimanches lors de ce printemps du changement. Ils ont affirmé clairement leur volonté de tourner le dos à une politique de l’austérité et de la stigmatisation. Austérité, par des atteintes au pouvoir d’achat. Stigmatisation quand des Français sont montrés du doigt, lors de débats infâmes sur l’identité nationale, quand des jeunes sont désignés comme criminels, fouillés, contrôlés. Plus que d’autres, les jeunes ont subi pendant dix ans les affres de cette politique, qui mettait à mal notre droit à l’avenir.

La victoire de la gauche prend un sens tout particulier pour les jeunes de France. Le Président de la République a su exprimer avec force une réalité trop souvent ignorée par la gauche : nous sommes la première génération à vivre moins bien que nos parents.

Nés dans les années 1980-90, nous avons toujours connu la crise et le chômage de masse. Nous sommes une génération qui a grandi au rythme des privatisations, du démantèlement de la santé publique et de l’éducation, du procès fait à l’Etat providence, des baisses d’impôts pour les plus aisés. Avant même la crise de 2008, nous subissions déjà la précarité dans le travail, la non-reconnaissance de nos qualifications dans l’entreprise, la cherté des loyers et la contrainte de vivre de plus en plus longtemps chez nos parents. Ces quinze dernières années, l’écart de salaire entre les moins de trente ans et les plus de cinquante ans s’est creusé. Pourtant, notre niveau de qualification s’élevait et nous maîtrisions de nouvelles technologies. Et aujourd’hui, alors même que nous sommes la génération la mieux formée et la plus diplômée de l’histoire de notre Nation, nos compétences restent suspectées. Nous subissons l’éternel discours sur la baisse du niveau scolaire, les stages abusifs, les contrats précaires. Puis, en 2008, la crise s’est ajoutée à la crise.

Depuis quatre longues années, en France et en Europe, les maux qui frappent les jeunes n’ont fait que s’accentuer. Nouveaux entrants sur le marché du travail, nous sommes entrés les premiers dans la crise. Le chômage déjà élevé a littéralement explosé, les salaires à l’entrée du marché du travail se sont effondrés, l’ensemble des conditions de vie des jeunes se sont dégradées. Avec les jeunes espagnols, portugais, grecs, italiens, belges, irlandais, nous vivons les mêmes maux, avec les mêmes conséquences. L’augmentation abyssale de l’immigration interne à l’Union Européenne notamment des jeunes espagnols, portugais ou irlandais qui fuient leur pays, est un symbole fort de la dureté de nos vies et de la communauté de destin que nous formons. Alors que les politiques, de droite comme de gauche, ont les yeux braqués sur le seul retour à l’équilibre budgétaire, les jeunes subissent la crise, les politiques d’austérité et la récession de plein fouet. Dans le même temps, notre génération connait une amplification des inégalités qui traversent notre société, qu’elles soient territoriales, sociales et de genre.

Cette situation pour notre génération n’est pas qu’un simple mauvais moment à passer. Quand des jeunes entrent sur le marché du travail en temps de crise économique, le reste de leur carrière professionnelle sera ensuite marqué par ces difficultés initiales d’insertion. Des rémunérations moindres que les autres, voilà ce que notre génération vit et risque de vivre, et qui est nommé par économistes comme sociologues « l’effet cicatrice ».

Nous avons pleinement conscience que la crise actuelle n’est pas une simple crise économique mais bien celle d’un système. Ce sont des crises économique, sociale, environnementale, monétaire. Elles sont interdépendantes et se renforcent les unes avec les autres. Au déclenchement de la crise des subprimes, il y a aussi l’augmentation du coût de l’énergie qui grevait de plus en plus le budget des ménages des classes populaires américaines, les empêchant de rembourser leurs crédits. Aujourd’hui ce qui est interrogé, c’est la capacité du politique à dominer les marchés, à imposer une politique de relance, à planifier la conversion écologique de nos économies pour faire face au dérèglement climatique, à assurer la gestion des biens communs au niveau mondial alors qu’il n’y a pas d’espace politique constitué pour le faire. Nous sommes donc bien face à une crise du politique lui-même. Ce qui est questionné, c’est la capacité de la démocratie de décider de notre avenir individuel et collectif. Ce qui est questionné, c’est la capacité du politique à faire prévaloir la volonté de la souveraineté populaire qu’elle soit nationale, européenne ou mondiale sur la volonté des marchés financiers et des grands groupes internationaux.

Les jeunes en France et à travers le monde ont conscience de ces enjeux. Nous avons regardé avec espoir, admiration, les révolutions arabes. Nous voyons, sous des formes diverses, la jeunesse se soulever aux quatre coins du monde. Du Québec, aux Etats-Unis, du mouvement des indignés espagnol à la génération « 700 euros » grecque, de la jeunesse mexicaine qui aspire à plus de démocratie, à la société civile mondiale qui gronde lors de Rio+20, les aspirations de cette génération se ressemblent et se cristallisent. En France, cette mobilisation a eu lieu autour d’une volonté de changement exprimée par un candidat lors de l’élection présidentielle. Si le chemin du progrès peut être choisi, n’oublions pas que nombreux sont ceux tentés par le repli sur soi, le nationalisme et l’autoritarisme.

Voilà le contexte dans lequel s’inscrit la victoire de la gauche en France. À la veille d’élections décisives pour notre continent en Allemagne et en Italie, la responsabilité des socialistes est immense tant nous avons conscience des conséquences qu’aurait un échec de notre part sur les conditions de vie des jeunes, des ouvriers, des salariés. Nous connaissons les conséquences qu’elle aurait sur une alternance qui ne se circonscrirait pas à la droite dite « républicaine », mais bien à une montée du péril brun.

Nous sommes pleinement engagés dans la réussite de l’expérience de la gauche au pouvoir. Être utiles, voilà notre souhait et notre devoir. Utiles en soutenant et en mobilisant la société face aux conservateurs et libéraux qui voudront faire dérailler le train du changement. Être utiles en aidant à définir les modalités d’un changement porteur d’un projet de transformation sociale et écologiste. Nous voulons continuer à nourrir notre famille politique des aspirations, des rêves et des impatiences de notre génération.

Malgré ce constat social et économique dur, malgré une méfiance à leur égard, de nombreux jeunes de France militent, créent et innovent. La maitrise des nouveaux outils technologiques, cette habitude du réseau, du partage et de la collaboration sont autant d’atouts décisifs pour notre pays. Nous avançons donc nos propositions afin que les connaissances, l’énergie, la détermination des jeunes de France soient utilisées comme des  opportunités.

Pour notre génération, la gauche au pouvoir a trois grands défis à relever, ils conditionneront son succès. Répondre à l’urgence de la situation sociale des jeunes pour sortir de la pauvreté ceux qui la subissent âprement. Permettre l’accès de tous à l’autonomie et à chacun d’atteindre le plus haut niveau de qualification pour faire l’avenir (1). Lutter ensuite, inexorablement contre le chômage, en ayant une politique de création d’emplois qui passe par la définition d’un nouveau modèle de développement à faible teneur en carbone et à forte teneur en emploi (2). Enfin, la question de la revivification de notre démocratie et de l’affirmation du pouvoir de la souveraineté populaire et des outils qui lui sont nécessaires pour maîtriser notre avenir individuel et collectif (3).

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L’autonomie des jeunes : un impératif de sortie de crise

Dans toute l’Europe, la précarité explose, en particulier chez les jeunes, le chômage atteint 23% chez les jeunes actifs français, 22% dans l’Union Européenne, jusqu’à 51% en Grèce et en Espagne. L’absence de logement décent ou autonome, le renoncement aux soins pour raisons financières, le salariat étudiant, sont autant de symptômes graves de pays qui n’investissent plus dans l’égalisation des conditions de vie et de formation de ses jeunes, et qui ne pensent pas à leur avenir.

Pauvreté et précarité des jeunes : répondre à l’urgence

Les jeunes font face au chômage, à la précarité et sont les premières victimes de la pauvreté, en France et en Europe. Considérés comme des citoyens de seconde classe, ils ne sont pas reconnus comme des travailleurs comme les autres, du seul fait d’être jeunes. En les faisant entrer dans le droit commun, ils auront accès à la CMU et au RSA-socle quel que soit leur âge alors qu’aujourd’hui, victimes du chômage de longue durée, ils sont en fin de droit.

Dans le passé, la gauche a su créer de l’emploi, dans une situation difficile, où l’entrée dans la zone euro se jouait. Elle a su donner la première expérience dans l’emploi qui manque tant aux jeunes sans qualification en mettant en place 300 000 emplois jeunes. Nous ne pouvons aujourd’hui être moins ambitieux. Ce sont donc 300 000 emplois d’avenirs qu’il faudra créer rapidement, dans les quartiers populaires, qui connaissent des taux de chômage encore plus importants, atteignant jusqu’à 50% dans les Outremers.

La sécurisation des parcours professionnels doit être le combat de la gauche au pouvoir, opposée au dogme de la « flexibilité » des salariés. Pour en finir avec les stages, les CDD, les contrats précaires et l’interim qui retardent l’accès des jeunes au CDI, celui-ci doit devenir la norme. Cela ne sera rendu possible qu’en taxant fortement et progressivement les entreprises en fonction de leur recours à des emplois précaires.

Les zones franches permettent aux entreprises implantées dans des quartiers populaires, de bénéficier d’exonérations. Mais ce n’est pas parce qu’elles s’implantent dans ces zones qu’elles embauchent leurs habitants. Il faut donc changer le système et créer des emplois francs. Les exonérations de cotisations sociales ne doivent pas être calculées en fonction de la localisation des entreprises, mais du lieu d’habitation de leurs salariés, en quartier populaire comme en milieu rural.

Quant aux jeunes femmes, si elles ont de meilleurs résultats scolaires dès l’école primaire, si elles sont plus nombreuses sur les bancs de l’université, elles gagnent jusqu’à 27% de salaire en moins. Pour imposer l’égalité salariale femme-homme aux entreprises, il faudra pénaliser celles qui ne mettent pas en place des plans pluriannuels de réduction des écarts de salaires.

L’autonomie des jeunes, un investissement nécessaire dans l’avenir

Pour donner à chaque jeune de France les moyens de ses choix et de sa réussite, nous voulons mettre en place le parcours d’autonomie, pour qu’aucun jeune de 16 à 25 ans ne se retrouve sans solution. Les jeunes dès 18 ans sont des citoyens à part entière, pourtant des droits sociaux leurs sont attribués en fonction de leurs parents et non de leur situation propre.

Cette ambition peut être réalisée par étape, en tenant compte des difficultés financières imposées à l’Etat, en se donnant les marges de manœuvre permettant d’atteindre les engagements du Président. Les filières BEP, CAP, les Bacs professionnels et technologiques ne peuvent plus être considérés comme des filières de relégation. Ainsi, tous les jeunes majeurs en formation devront pouvoir bénéficier, au même titre que les étudiants de l’université, du système de bourses. Celles-ci doivent ensuite être revalorisées, en faisant en sorte que le dernier niveau de bourse atteigne le seuil de pauvreté.

Nous défendons l’idée que chaque jeune puisse choisir librement son avenir, en dehors de toute contrainte financière ou culturelle. Une grande concertation permettra de passer du système de bourses à la mise en place d’une allocation d’autonomie universelle et individualisée, assurant à chaque jeune en formation de pouvoir étudier, se loger, se soigner, se nourrir, sans avoir à se salarier. Accessible à tous avec une part fixe, une part modulable, l’allocation sera calculée en fonction des ressources propres au jeune et de son origine géographique. Notre ambition est claire : faire que 50% des jeunes en formation en bénéficient en 2017. Les marges de manœuvre existent, en imposant plus fortement les droits de succession, en imposant le patrimoine autant que le travail, en supprimant la demi-part fiscale accordée aux parents, en défamiliarisant les aides.

D’autre part, ce ne sont pas moins de 150 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans qualification. L’instauration d’un dispositif « Rebond » permettra un meilleur accompagnement de ces jeunes, leur donnant accès à une nouvelle formation tout en bénéficiant de l’allocation d’autonomie.

Egaliser les conditions de formation des jeunes

Lutter contre la précarité, c’est permettre un égal accès aux services publics à la santé pour tous, et à un logement décent sur tout le territoire, en réduisant l’inégalité induite par les solidarités familiales.

Pour en finir avec les renoncements aux soins pour raisons financières, l’Etat doit généraliser le chèque-santé, donnant accès à tous à une complémentaire santé. La gratuité et l’anonymat de la contraception et de l’IVG doivent également être assurés.

Le lieu de vie, l’origine sociale, n’ont jamais autant déterminé l’accession au diplôme et la réussite scolaire. La question de la lutte contre les inégalités dans l’accès au diplôme ou à une formation se pose donc dès l’enfance. La création d’un service public de la petite enfance sera donc nécessaire, et il faudra engager la révolution pédagogique pour remettre l’élève au cœur. Ces mêmes inégalités doivent être combattues tout au long de la scolarité. Nous devons répondre à l’injustice de voir certains accepter des stages sous-payés, quand d’autres sont contraints de travailler à temps-partiel pour financer leurs études. Pour que les stages restent des temps forts de la formation des jeunes, les stages hors-cursus, emplois sous-payés, devront être interdits, et les stages dans le cadre d’un parcours de formation encadrés, rémunérés, comptabilisés dans le calcul de la retraite.

Un nouveau modèle de développement faiblement émetteur en carbone, fortement émetteur en emploi

Le progrès social n’est pas possible sans une plus juste répartition des richesses, qui devra être faite sans attendre le retour de la croissance. La croissance du PIB ne doit plus être le seul critère pour juger de l’efficacité des politiques économiques quand elle se fait au détriment de la planète, augmentant les émissions de gaz à effet de serre, exploitant les terres et les eaux. Une croissance qualitative, créatrice de centaines de milliers d’emplois et à faible teneur en carbone doit être notre ambition. Elle passera par une politique ambitieuse de transition écologique. Et si celle-ci doit augmenter la dette de l’Etat, tel sera le choix d’une génération consciente de la dette écologique que nous subissons déjà et lèguerons à nos enfants. Notre génération doit donc relever le défi d’une diminution de 30% des gaz à effet de serre d’ici 2020 en Europe, et cela implique une réduction de 20% dans les 5 ans. Nous n’avons pas d’autre choix.

Créer de l’emploi pour répondre aux besoins des jeunes

Répondre à l’urgence écologique, c’est bien répondre à l’urgence sociale, quand les plus pauvres sont condamnés au hard discount, au diesel, au coût de l’énergie et des transports, aux biens importés de l’autre bout du monde et à leurs conséquences sanitaires et environnementales.

Notre premier objectif est de créer de l’emploi. Le pilier de notre politique énergétique sera la réduction des dépenses d’énergie. Le logement en est le premier outil, permettant également de réduire la facture énergétique des plus précaires, par la rénovation et l’isolation du bâti, la construction de centaines de milliers de logements neufs à basse consommation énergétique. Cet investissement permettant de répondre à l’urgence sociale et environnementale créera des milliers d’emplois non délocalisables. Les transports doux en sont un second outil, en favorisant transports en commun, ferroutage et canotage.

Notre politique énergétique passe aussi par une sortie progressive et planifiée du nucléaire. L’investissement dans les énergies propres (solaire, éolien, biomasse, géothermie) sera indispensable pour sortir de la dépendance au pétrole et au nucléaire en décentralisant les sources de production d’énergie. Au delà de l’investissement, des filières d’excellence seront créées dans le démantèlement des centrales nucléaires, filières créatrices d’emplois.

Enfin, nous répondrons au défi sanitaire que constitue la précarité environnementale en offrant le droit à tous d’accéder à une alimentation et un environnement sain. Une agriculture paysanne sera systématisée pour rapprocher les consommateurs des lieux de production et garantir la qualité des produits.

Après 30 ans de gains inouïs de productivité, il est temps pour la gauche de poser sereinement la question de la réduction du temps de travail au delà du seul retour aux 35h. Les socialistes doivent engager le débat sur la 6ème semaine de congés payés, le retour aux 40 annuités, à la retraite à 60 ans, la semaine de 4 jours ou encore les temps de travails choisis.

Vers un juste-échange répondant à nos ambitions écologiques et sociales

Le retour au plein-emploi n’est pas envisageable sans une politique de relocalisation de nos industries en Europe. Le juste-échange peut répondre à cet objectif. Nos modes de production sont à redéfinir, à réorienter vers le local. La réactivation d’un Tarif Extérieur Commun selon le respect de normes environnementales et sociales, la recapitalisation des banques publiques d’investissement nationales et européennes permettront le soutien à cette politique industrielle européenne.

Prendre conscience du coût de l’inaction écologique

Ces investissements sont considérables, mais pour autant essentiels. Pour changer de modèle de développement, la réduction de la dette monétaire ne doit pas être le seul prisme des politiques économiques, car la dette environnementale sera bien plus onéreuse pour notre génération. L’équilibre budgétaire ne doit donc pas être posé comme dogme à court terme. Les marges de manœuvres existent, elles consistent en la redéfinition du rôle de la BCE qui doit prêter directement aux Etats et à l’UE pour des politiques d’investissements massifs dans la transition écologique. Une révolution fiscale ambitieuse doit être mise en place. Elle passera par l’invention d’une fiscalité écologique européenne, la création d’une éco-taxe poids lourds, la contribution climat-énergie en fonction de l’empreinte écologique de chaque produit en vente. C’est ainsi que nous atteindrons une Europe de l’harmonisation tant écologique et fiscale que sociale.

La démocratie approfondie et exemplaire, une finalité

Les taux d’abstention des dernières élections sont révélateurs d’une méfiance des jeunes envers le politique. Quand les représentants du peuples se permettent de tenir, dans le cadre de la représentation nationale, des propos haineux, xénophobes, sexistes, homophobes, ils ne font que contribuer à la diffusion d’un message stigmatisant, légitimant les thèses de l’extrême droite. Les plus hauts représentants de l’Etat ont le devoir de tenir des propos républicains, d’être exemplaire, dans l’exercice du pouvoir.

Une gauche exemplaire dans ses pratiques institutionnelles

Appliquer l’exemplarité que défend la gauche passera par une République qui redonne confiance en ses institutions, en réformant notamment les pratiques policières pour lutter contre les contrôles au faciès. L’attestation de contrôle d’identité et le retour d’une police de proximité sont indispensables à la restauration des liens entre citoyens et policiers, mesure nécessaire à l’égalité de traitement entre les jeunes de France et entre les générations. La République doit réaffirmer son attachement à la laïcité, et prendre en compte les nouveaux défis qui s’ouvrent à elle. La laïcité, c’est ce qui permet d’être libre de son choix, d’avoir l’assurance qu’aucune loi ou morale religieuse ne puissent être imposée à quiconque.

La 6e République primo-ministérielle exigeante que nous défendons sera celle qui applique les règles de non-cumul des mandats dans le temps et dans le nombre – et les socialistes devront montrer l’exemple dès septembre 2012 – et de parité intégrale, comme exigence de représentativité des citoyens. Elle garantira dans le même temps l’accès de tous à une fonction élective pour tordre enfin le cou à ces inégalités sociales et culturelles qui entravent le partage des pouvoirs entre tous les citoyens. La justification des dépenses des ministres et élus devra être rendue publique. De plus, au nom de la transparence du financement des partis politiques, ils devront publier la liste des noms de leurs donateurs.

Garantir la démocratie du numérique

Enfin, la démocratie devra répondre aux révolutions numériques qui, par leur volonté de mise en réseau décentralisée et collaborative de l’intelligence, amènent donc à définir là-encore de nouveaux instruments de mesure des richesses et de la productivité, en dehors de la sphère marchande. Ce nouveau réseau, dénué de frontières matérielles est un facilitateur de la démocratie, comme nous l’ont montré les jeunes en Iran, en Egypte ou en Tunisie.

L’Etat doit assurer les droits fondamentaux et constitutionnaliser les droits numériques. Cela ne pourra que passer par la couverture de l’ensemble du territoire en très haut débit et l’accès public de tous les citoyens et sur tout le territoire à un ordinateur équipé d’internet, en milieu rural comme urbain. Le droit à l’anonymat et au pseudonimat, le droit à la protection des données privées, le droit à l’oubli seront rendus inaliénables. C’est à la puissance publique de protéger l’accès à l’ensemble des contenus disponibles sur la toile, luttant contre la tentation d’offres forfaitaires ne donnant accès qu’à certains sites. Il s’agit de défendre la démocratie contre la marchandisation actuelle des biens culturels et numériques. Enfin, la France renforcera en Europe son engagement dans la promotion de l’open-data et des logiciels libres.

Redonner le pouvoir au peuple souverain

Le socialisme, c’est autant le partage des richesses que le partage des pouvoirs dans tous les lieux de décisions. Dans chaque conseil d’administration des services publics, dans chaque syndicat de propriété, une représentation des usagers devra être assurée. L’économie sociale deviendra le modèle d’un fonctionnement où les citoyens exercent un contrôle démocratique de leur activité.

La finalité de tous ces outils est bien celle de la démocratie. Elle ne saura se passer d’un nouveau partage des pouvoirs, d’un retour de la souveraineté dans les mains du peuple européen. Le Pacte Budgétaire et l’austérité imposés comme norme intangible engagent plus que jamais notre génération sur la voie d’un constitutionnalisme économique rendant impossible d’adapter les politiques économiques en fonction du contexte et des décisions politiques des peuples. La démocratie portée dans tous les lieux de pouvoir, à toutes les échelles sera donc, là encore, le défi de notre génération.

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La gauche au pouvoir a des moyens historiques pour agir, renouer avec les valeurs de la République, s’engager dans un nouveau modèle de développement, pour une société de l’égalité, féministe, écologiste et démocratique. Et pourtant, rarement la gauche au pouvoir a eu si peu de relais dans la société. Le rôle des socialistes est grand. Il est de notre responsabilité de mobiliser la société en mouvement pour soutenir les réformes du gouvernement, en poussant nos idées, pour qu’il ose et transforme la société. En face, les forces de l’argent exerceront tous les conservatismes pour garder l’héritage d’un modèle néolibéral porté par les droites populaires européennes. Si la réponse à la crise ne peut être qu’européenne, des synergies doivent être créées entre les socialistes européens pour que l’ensemble de la société européenne se mette en mouvement pour réussir l’expérience de la gauche au pouvoir.

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