Mouvement étudiant au Québec : situation au point mort

Depuis 3 mois maintenant, des centaines de milliers d’étudiants québécois mènent une grève sans précédents pour défendre l’accessibilité l’enseignement supérieur. Campant sur ses positions, le gouvernement libéral crée une situation politique inédite.

Au Québec, les étudiants universitaires sont assujettis à des frais de scolarité uniformes dont le montant est décrété par le gouvernement. Pour l’année 2012, une session régulière de 15 crédits, coûte à un étudiant 2168$ en droits de scolarité, auxquels s’ajoutent inévitablement des frais afférents qui, eux, sont à la discrétion des universités.

Une augmentation des frais qui porte atteinte à l’accessibilité des études supérieures

En mars 2011, le gouvernement libéral annonça sa décision d’augmenter ces frais de 325$ supplémentaires par année entre 2012 et 2017, pour une hausse totale de 1625$ en 5 ans. A terme, la facture universitaire moyenne atteindra donc environ 4700$ par année (en incluant les frais afférents).

Dès cette annonce, de nombreux étudiants, inquiets du résultat de cette hausse sur l’accessibilité aux études supérieures, se sont fortement mobilisés pour faire revenir le gouvernement sur sa décision. Il faut savoir que selon une étude réalisée par la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), cette hausse aura pour effet de réduire le nombre d’inscriptions d’environ 7000 par année.

Des frais en moyenne déjà élevés pour l’OCDE

Le gouvernement argue quant à lui du fait que la facture universitaire restera la plus basse des pays d’Amérique du Nord. Par contre, en se comparant plutôt avec les pays de l’OCDE, nous pouvons constater que les étudiants québécois paient déjà des frais de scolarité plus élevé que la moyenne. Par ailleurs, le niveau d’imposition est largement plus élevé au Québec qu’aux Etats-Unis et qu’ailleurs au Canada. Mentionnons également que les gouvernements anglais et ontarien sont récemment revenus sur les hausses de ces dernières années puisque cela a effectivement un impact dramatique sur l’accessibilité aux études.

Les étudiants québecois devraient payer pour les manquements de l’Etat

Selon le gouvernement, les universités sont largement sous financées et les étudiants devraient également participer à l’amélioration de cette situation. Toutefois, comme les frais ont déjà augmenté depuis 2007, les étudiants actuels sont ceux qui paient le plus depuis 1968 (date de la création des universités publiques), ce qui constitue une atteinte à l’équité intergénérationnelle. Par ailleurs, dans les dernières décennies, chaque hausse a été suivie d’une réduction du financement public des universités et n’a donc pas eu de réels impacts positifs sur la situation du sous-financement des universités.

Après une escalade des moyens de pression pendant toute l’année 2011, des mandats de grève furent votés par de nombreuses associations étudiantes dès le début de la session d’hiver 2012. Chaque association étant libre de définir les modalités du mandat qu’elle se donne, certaines se sont imposées de devoir reconduire la grève à chaque semaine. D’autres ont choisi de ne se poser la question du retour en classe que lorsque le gouvernement aurait fait une offre considérée comme raisonnable par une majorité d’étudiants.

Des négociations sans lendemains pour une situation politique au point mort

Ce conflit crée une situation politique particulièrement difficile. Le gouvernement campe sur sa décision et les étudiants continuent d’être fortement mobilisés, malgré la forte probabilité d’annulation de session universitaire. Début mai, le gouvernement a finalement accepté de rencontrer les représentants étudiants et ces négociations avaient donné lieu à une proposition d’entente, mais elle fût depuis rejetée par une grande majorité des associations étudiantes. La ministre de l’Education démissionnait quelques jours plus tard. Le gouvernement discute actuellement de l’adoption d’une loi spéciale forçant le retour en classe des étudiants.

A l’apogée du mouvement, plus de 300 000 des 400 000 étudiants post-secondaires étaient officiellement en grève. En date d’aujourd’hui, 156 000 d’entre eux le sont toujours, la plupart depuis plus de 3 mois. Il s’agit de la grève étudiante la plus importante de l’histoire du Québec.

Par Arianne Bouchard, militante du Parti Québecois

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