Faire face aux dérèglements climatiques : le combat de notre génération

20 ans après le Sommet de la Terre de Rio, la Conférence de l’ONU pour le Développement Durable se propose de tracer de nouvelles perspectives. Alors qu’en 2012 la majorité des pays du monde changeront de gouvernement, le Sommet Rio+20 de juin apparaît comme une étape démocratique majeure pour l’écologie.

Entre autres enjeux la justice climatique s’impose à nous non seulement avec force mais avec urgence. En 20 ans la température mondiale s’est élevée de 0,4 degrés en moyenne. La fonte des glaciers s’est acclérée, et dans les océans le niveau de l’eau, son acidité, sa température, montent. Si un consensus se dégage pour en attribuer la responsabilité à l’activité humaine, tous paieront le prix des décisions de quelques-uns.

Car entre Etats du Nord et Etats du Sud, entre grandes et petites entreprises, entre experts et citoyens, une différence majeure existe aujourd’hui : le pouvoir. Un pouvoir sans partage – ou trop peu – qui menace désormais l’avenir de l’humanité. Pire, pour chaque euro dépensé les plus aisés génèrent une pollution exponentielle au regard de celle dégagée par les plus démunis.

Si notre objectif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre, la clef réside dans la démocratie. Démocratie entre les Etats, démocratie au sein des Etats. Bâtir une véritable stratégie politique de transformation écologique – en France, en Europe, dans le monde – est indispensable.

20 ans d’inaction : un bien triste bilan

Ces 20 dernières années furent celles de tous les records. Hausse mondiale de la demande en eau, en nourriture, en énergie, hausse de la consommation de viande, hausse de la consommation de plastique. Dans le même temps, l’évolution de certains écosystèmes a raréfié les métaux découverts, et leur extraction se fait plus difficile. Tout se résume au fond à une hausse de la consommation des énergies fossiles.

Pourtant de moins en moins de ressources sont nécessaires pour produire une quantité d’énergie donnée, et de moins en moins de CO2 s’en dégage. Le problème résulte donc d’une production capitaliste fondée sur l’exploitation des Hommes comme des ressources naturelles. Celui d’une société de consommation qui presse le citoyen par l’invasion de la publicité, le crédit, et l’obsolescence programmée des produits.

Du sommet de Rio à Rio+20, entre catastrophes climatiques et négociations manquées

De Rio à Rio+20, notre génération aura surtout été spectatrice des choix de la précédente. C’est pourtant bien nous et nos descendants qui auront à en subir les conséquences.

Rio 1992, Kyoto 1995, Conpenhague 2009, Nagoya 2010. Les rencontres internationales se succèdent sans toujours se ressembler. Leurs thèmes sont divers, leurs succès inégaux. L’espoir soulevé au début des années 90 est aujourd’hui déçu. Crise financière et plans d’austérité relèguent plus que jamais l’écologie au second plan. Le marché des droits à émettre qui transforme la pollution en marchandise, quant à lui, ne résout rien.

Pourtant les catastrophes n’ont pas manqué pour bousculer le monde politique. Le pétrole souvent, l’industrie chimique parfois, le nucléaire encore récemment. Plus que les institutionnels, c’est un mouvement social écologiste fort et diversifié qui s’est véritablement constitué. Ce bilan est celui d’une autre génération. Désormais, c’est le nôtre qui commence.

Une stratégie de transformation globale vers la social-écologie

Notre alimentation, notre santé, notre activité quotidienne sont aujourd’hui conditionnées par les décisions prises par d’autres. Pour reprendre le pouvoir sur nous-mêmes, il nous faut pouvoir faire nos propres choix en matière économique.

Changer de civilisation n’est pas seulement la solution la plus audacieuse à la crise écologique : c’est aussi la plus sérieuse. La radicalité des changements qu’elle implique appelle à la participation de tous. Dans chaque lieu de pouvoir, à chaque étape, nous devons prendre la parole.

Le thème est apparu dans le débat public, nous sommes attendus. A nous donc de consolider la puissance publique seule à même de faire prévaloir l’intérêt général écologique à tous les niveaux.

La France après 2012, une victoire nécessaire

La nécessité d’une victoire de la gauche aux présidentielles de 2012 n’est plus à démontrer. Il n’importe pas seulement de les réduire de 40% d’ici 2020, mais de montrer comment nous y parvenons.

Seules des solutions concrètes et exportables donneront de la chair à notre ambitieux discours de transformation sur la scène internationale. Nous ne pourrons nous fonder sur les chiffres fantaisistes du gouvernement quant à nos émissions de gaz à effet de serre, lesquels oublient de compter le poids écologique des importations.

Marquons le coup d’arrêt de la société du tout consommation

Mieux encadrer la publicité, interdire les crédits abusifs, favoriser l’allongement de la durée de vie des produits : lutter pied à pied contre le système qui organise la surconsommation permet de faire évoluer durablement nos modes de consommation.

L’industrie agro-alimentaire porte une responsabilité indéniable. Généraliser l’agriculture raisonnée et promouvoir l’agriculture biologique est possible. Aujourd’hui, ce sont les pouvoirs publics et les lobbies agroalimentaires qui freinent la transformation de notre modèle agricole. La fiscalité, la commande publique, la répartition du foncier, l’encouragement des AMAPs constituent des leviers efficaces.

Qui dit consommation dit déchets. Contre l’économie du jetable, nous devons réduire à la source la production d’ordures, généraliser le recyclage, et réduire les incinérations.

Pénalisation fiscale et règlementation des emballages, étiquetage et labellisation de chaque produit quant au moyen de le recycler, retour de la consigne nationale du verre : les moyens existent. Surtout, ‘économie de la fonctionnalité – dans laquelle le producteur reste responsable du produit qui n’est que loué – doit être encouragée.

Un plan national de conversion écologique : volonté politique et démocratie nécessaire

Sobriété, efficacité, production : la conversion énergétique est au coeur de la transformation écologique. Le transport routier des marchandises, les déplacements aériens courts, la surconsommation d’eau doivent être fiscalisés. Les choix énergétiques passés, dictés par les lobbies pétroliers et nucléaires, ont freiné dans le débat politique la question de la conversion énergétique. Pour autant la sobriété n’a de sens que si les
citoyens ont les moyens matériels d’adopter des comportements vertueux : l’échec de la taxe carbone l’a récemment démontré.

C’est pourquoi nous devons transformer notre économie de façon à obtenir les mêmes résultats en consommant moins. Des investissements massifs – mais rentables – sont à réaliser dans la réhabilitation énergétique des logements, la reconversion industrielle des entreprises, les transports en commun et le fret. La production d’énergie, enfin, est au coeur du débat. La sortie du nucléaire, les 25% d’énergies renouvelables, des investissements publics dans la recherche et le développement d’autres sources d’énergie, l’entrée de l’Etat dans les Conseils d’administration des grands groupes sont encore devant nous.

Le social-écologisme, un internationalisme

Réduire de 50% les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050 : voilà, in fine, le seul objectif valable. La réduction intermédiaire de 2020 joue pourtant un rôle : passé les 2 degrés de réchauffement, ce seront les océans et les étendues polaires qui relâcheront le CO2 qu’elles emprisonnent, 6 degrés d’augmentation seront alors à prévoir.

Mais si cette responsabilité est collective, le fardeau ne doit pas être le même pour tous.

Les différences entre pays (2,3 tonne équivalent gaz carbonique pour un Chinois, 6,6 pour un Français, 20 pour un Américain) justifient l’adoption du facteur 4 de diminution dans les pays développés, soit 3 à 5 fois moins d’émissions entre 1990 et 2050.

L’injustice climatique est une véritable dette. L’arrogante puissance économique des pays occidentaux et de l’Europe, comme leur avance technologique sur le reste du monde, s’est en effet bâtie sur plusieurs siècles de pollution industrielle. 77% du CO2 produit par l’Humanité l’a été par l’Occident, et ce depuis le XVIIIème siècle.

C’est pourtant dans les Etats moins développés que la montée des eaux se fait la plus menaçante pour les habitations humaines. C’est également au niveau de l’équateur que la température des océans grimpe le plus : quand la planète perd 12% de sa biodiversité, les pays tropicaux en perdent 30%. Aide financière au développement et à la transition écologique, transfert de technologie : les pays occidentaux doivent prendre leurs responsabilités.

L’Union européenne au coeur de notre grande transformation écologiste

L’Europe est un échelon démocratique pertinent. Seul un espace en mesure d’atteindre l’indépendance économique pourra faire le choix radical d’un changement écologique.

Ce qu’une France de gauche doit amorcer, une Europe régénérée doit le perfectionner et l’étendre.

Aussi l’Union Européenne doit-elle réorienter les aides au développement économique vers la reconversion industrielle et la relocalisation des industries – y compris les prêts de la Banque européenne d’investissement. Réorienter la PAC, Politique Agricole Commune, vers des aspects environnementaux et sociaux en prémunissant les marchés agricoles de la spéculation. Employer, enfin, la puissance juridique européenne à l’incitation de législations nationales plus écologiques.

Seul le tarif extérieur commun, en protégeant le marché européen, rendra toute sa place au politique dans les choix économiques – donc écologiques – devenus nécessaires. La tarification des produits selon leur impact environnemental et la constitution de réseaux européens en matière d’énergie nous paraissent indispensables.

Vers une prise en compte internationale de la démocratie écologique

Le passé récent démontre que les initiatives internationales peuvent produire des effets spectaculaires. Depuis le protocole de Montréal, les substances chimiques appauvrissant la couche d’ozone ont chuté de 93%.

Démocratie et transparence : la première carence que doit traiter le sommet de Rio+20 sera celle de l’information. L’investissement dans la recherche, comme l’obtention d’informations techniques et scientifiques précises quant à l’état de notre environnement, est vital pour prendre les décisions en connaissance de cause. Pour les mêmes raisons, la transparence doit être imposée aux grandes entreprises. L’intégration des ONGs dans les conférences internationales doit être institutionnalisée.

0,7% du budget des Etats parties, au moins, doivent être alloués à l’aide au développement. La souveraineté alimentaire doit faire son entrée dans la charte de l’ONU. Parce que les peuples indigènes sont trop souvent exclus des décisions dont ils sont les premiers à payer le prix, un principe de subsidiarité doit leur permettre de s’opposer aux décisions de leurs propres Etats pour motif environnemental.

Enfin Rio+20 doit se donner les moyens de ses ambitions. Une Organisation mondiale de l’environnement doit prendre la suite du Programme des Nations unies pour l’environnement et élargir ses missions. Les objectifs de réduction de gaz à effet de serre pour 2050 doivent être maintenus, et de nouveaux objectifs tenant compte du retard pris doivent être fixés pour 2030. L’OME doit être capable d’édicter des normes obligatoires, détenir un budget permettant d’accompagner les pays moins développés, faire respecter un calendrier global et organiser des négociations plus fréquentes.

Rio+20 est une chance. A nous de saisir l’occasion et de porter la transformation écologique dès le 7 mai 2012.

Préparez le changement: restez informés!

1 commentaire

  1. Martin Beer

    10 décembre 2011 à 14:25

    C’est terrible de voir ce nouvel échec à Durban

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