Quand l’UMP présente son projet économique

Mardi dernier, l’UMP, parti présidentiel, nous a fait l’honneur de présenter son programme économique pour les présidentielles de 2012. Détricotage total des acquis sociaux et de notre système de protection sociale étaient au rendez-vous. Voici donc une fiche de riposte pour vous permettre de mieux décrypter l’actualité et analyser les mesures honteuses proposées par le parti de Nicolas Sarkozy : focus sur la suppression des 35heures et l’instauration d’une TVA dite “sociale”. A lire sans modération.

La Convention de l’UMP sur les questions économiques et sociales a été modestement baptisée « le rendez-vous du courage ».

Naïfs, nous avons alors imaginé que Jean-François Copé allait délivrer une vision critique du bilan de Nicolas Sarkozy : hausse du chômage, de la précarité et de la pauvreté, désindustrialisation croissante des territoires, creusement des déficits publics et sociaux. Nous avions espéré que Jean-François Copé allait tirer les leçons de la crise, en soutenant la taxe sur les transactions financières adoptée par les socialistes au Sénat, en prônant une nouvelle fiscalité écologique et plus juste, en préconisant des mesures ambitieuses pour soutenir l’industrie et les PME telles qu’une banque publique d’investissement.

Loin de cela, le parti présidentiel a avancé des propositions injustes, inefficaces et surannées comme la suppression des 35 heures et une fiscalité « anti-délocalisation » qui passe en fait surtout par l’augmentation de l’impôt le plus injuste, la TVA. Au festival de l’irresponsabilité et de la contradiction, l’UMP remporte la palme d’or.

Les mensonges et contradictions de la droite sur les 35 heures

S’agissant de la suppression des 35 heures, le double discours de la droite est étonnant. Il consiste, d’un côté à se féliciter du détricotage de la loi, de l’autre à demander son abrogation tout en pointant sa responsabilité dans les maux actuels de la France.

En réalité, la droite est déjà revenue sur la durée légale du temps de travail en facilitant puis en incitant les heures supplémentaires. Cette réforme a créé une niche fiscale extrêmement coûteuse de 4,5 milliards d’euros en exonérant les heures supplémentaires de cotisations sociales et des prélèvements fiscaux, mais elle est surtout inefficace car elle subventionne la destruction d’emploi et n’incite pas à l’embauche en faisant travailler les salariés plus longtemps pour un gain de pouvoir d’achat faible.
Au lieu d’en tirer les enseignements, la droite continue de proposer de nouvelles exonérations pour siphonner toujours plus les caisses de la sécurité sociale et faire encore plus de cadeaux aux entreprises dont les plus grandes bénéficient déjà d’honteuses ristournes fiscales.

Face à ce non-sens économique, à cette régression sociale et à ce dogmatisme, nous rappelons que la réduction du temps de travail est un objectif en soi qui permet l’émancipation des salariés en leur dégageant du temps libre et renforce leur productivité, tout en créant de l’emploi. Ainsi, près de 400 000 emplois furent créés grâce à son instauration. Puisque l’UMP aime tant comparer notre pays avec l’Allemagne, il faut souligner que le temps de travail n’est pas plus élevé en Allemagne qu’en France, alors même que son économie se porte mieux que la notre. Sans être le seul, le partage du temps de travail est un outil pertinent pour résorber le chômage sans nuire à la compétitivité d’un pays.

Des droits sociaux bafoués

Sur le plan social, l’UMP nous dit vouloir inventer : « une nouvelle démocratie sociale » et « être attachée à la défense de notre modèle de solidarité ».

Quelle imposture quand on sait qu’elle fait tout le contraire depuis 10 ans, en ne consultant pas les syndicats sur les projets de lois qu’elle impose comme l’injuste réforme des retraites ou la scandaleuse instauration de jours de carence, dans le privé comme dans le public.
Ces slogans sont cyniques, quand les droits sociaux des chômeurs et des salariés sont réduits, quand on privatise subrepticement l’assurance maladie, quand les indemnités des accidentés du travail sont soumises à prélèvement fiscal comme s’il en étaient responsables et quand ceux qui ont commencé à travailler très jeunes sont obligés de rester en activité jusqu’à 62 ans, pour une faible retraite.

Le retour de la pseudo « TVA sociale » : symbole de l’archaïsme, de l’obstination et de l’injustice

Le parti majoritaire a trouvé une nouvelle idée révolutionnaire pour baisser le coût du travail et relancer l’emploi. On s’attendait à de l’audace. Quelle déception: la prétendue fiscalité « anti-délocalisations » n’était en fait que le retour déguisé et non assumé de la « TVA sociale ». Il faudrait d’ailleurs que l’on nous précise si l’on doit retenir l’avis de monsieur Bertrand ou de celui de Monsieur Copé car il semblerait que les deux divergent quant à son instauration…

Il s’agit en fait d’une baisse des cotisations sociales des entreprises, sans distinction entre les PME et les grands groupes mondialisés, qui sera compensée par une augmentation de la TVA et de la CSG. Une fois de plus, on augmente les impôts les plus injustes qui touchent les consommateurs et les contribuables de la même manière quels que soient leurs revenus, tout en faisant de nouveaux cadeaux aux entreprises sur le dos des ménages modestes.

Voilà la conception de la justice à l’UMP : toujours plus de taxes pour les pauvres et toujours moins d’impôts pour les riches (baisse de l’ISF, des droits sur les grosses successions). Nous récusons donc cette proposition injuste et inefficace face aux délocalisations.

Le maintien d’une fiscalité des entreprises absurde et pénalisante économiquement

L’UMP prétend vouloir « faire du quinquennat 2012-2017 celui des PME conquérantes ». Comme toujours l’UMP excelle dans l’art de dire et de décrire le contraire de ce qu’elle fait en réalité. Cette imposture ne peut plus durer. Depuis 10 ans, elle n’a cessé de baisser les impôts des très grandes entreprises, et particulièrement de celles du CAC 40. Leurs niches fiscales atteignent des dizaines de milliards d’euros, et certains grands groupes – notamment pétroliers et gaziers -jouent sur les différents mécanismes d’optimisation fiscale pour échapper à l’impôt sur les bénéfices à travers la création de filiales. Aujourd’hui, la plupart de ces grands groupes ne paient plus d’impôts en France ou très peu, alors que les PME, les PMI innovantes et les entreprises de taille moyennes paient en proportion beaucoup plus d’impôt sur les sociétés. La droite n’a fait que renforcer cette situation au lieu de la corriger. Elle a donc aggravé l’injustice et affaibli le développement économique de notre pays. Cela n’est plus acceptable.

La priorité des jeunes socialistes : une révolution fiscale, sociale et écologique

A l’inverse, nous voulons une véritable révolution fiscale. Cette révolution passe par une rupture et une transformation totale du système de redistribution des richesses. Nous voulons utiliser la fiscalité, bras armé de la puissance publique, pour rétablir une justice sociale battue en brèche par la droite d’une part, et répondre aux enjeux écologiques de l’autre. Pour cela, nous proposons une modulation de la TVA en fonction de l’impact écologique des produits et un tarif extérieur commun pour l’Union Européenne modulé au regard des normes sociales et écologiques.

La taxation fiscale et sociale des revenus, a, par la faute des gouvernements de droite successifs, perdu son essence redistributive, alors même que l’impôt sur la consommation, pèse inégalement sur les foyers. Nous nous devons de rétablir une véritable progressivité dans l’imposition des revenus par la création d’un grand impôt citoyen progressif, fusionnant l’IR et la CSG. Outre la création d’un seul grand impôt progressif prélevé à la source, on favoriserait une plus grande visibilité de l’ensemble des impositions sur le revenu.

* * *

Au final, cette convention était plutôt le rendez vous du « courage, fuyons ! » : fuyons face à la crise, fuyons face aux marchés, fuyons face aux difficultés des Français. Bref, fuyons nos responsabilités.

Les Jeunes socialistes considèrent que l’UMP n’a tiré aucune leçon de la crise, et qu’il perpétue les recettes qui en sont à l’origine. Voter pour Nicolas Sarkozy en mai 2012, ça sera voter pour la dérégulation, et pour une fiscalité injuste. C’est voter pour le prolongement de la crise.

Préparez le changement: restez informés!

1 commentaire

  1. La TVA « sociale », c’est l’anti-social ! « Jeunes Socialistes du Territoire Belfort

    11 janvier 2012 à 22:26

    [...] du MJS sur le programme économique de l’UMP : cliquer ici Share [...]

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