L’Etat est-il un emprunteur comme un autre ?

La crise financière de 2008 a révélé au grand jour les agences de notation comme arbitre des marchés financiers. Ces agences ne sont pas des acteurs des marchés financiers au sens où elles n’achètent pas ou vendent des actifs, en revanche elles ont un rôle informationnel sur la qualité d’une émission d’actif. Ainsi, ces agences s’occupent d’estimer la probabilité qu’un agent voulant se financer pourra rembourser sa dette à terme. L’Etat, devant aller sur les marchés financiers pour se financer, est également noté par ces agences de notations comme n’importe quel agent économique. Les bons du trésor (dette de l’Etat) étaient considérés comme l’unique actif sans risque du marché et obtenait ainsi la meilleure note.

Avant 2008, les notations de dettes souveraines pouvaient varier sans que cela n’ait un impact significatif sur le taux d’emprunt des Etats concernés. Mais en 2008, un nouveau paramètre entre dans le prix : l’engouement médiatique avec comme faiseur d’opinion les agences de notation. En effet, les marchés financiers ne vont plus se contenter de changer leur taux d’emprunt dès qu’une note diminue, les agents vont d’abord spéculer sur un potentiel abaissement de la note d’un Etat souverain. Cette anticipation, ou rumeur, de baisse de note va immédiatement se concrétiser par une hausse du taux d’emprunt de l’Etat, le mettant en difficulté, ce qui entraine une baisse de sa propre note. Cette baisse de note effective va, une nouvelle fois, provoquer une hausse du taux d’intérêt auquel l’Etat est soumis. Ce cercle vicieux, la Grèce, le Portugal et l’Espagne l’ont subi de plein fouet.

Dès lors, les agences ont acquis un nouveau pouvoir pour faire basculer un Etat dans la banqueroute en émettant une « mise en observation assortie d’une perspective négative » d’un Etat, autrement dit, l’agence annonce qu’elle pourrait diminuer la note d’un Etat ce qui laisse place à la spéculation. Et pourtant, ce sont ces mêmes agences qui en 2007 donnaient la meilleure note aux sub-primes.

La réponse européenne est pour le moment insuffisante face aux problèmes que posent les marchés financiers et les agences de notation sur la dette des Etats. L’Union Européenne a mis en place en 2010 un Mécanisme Européen de Stabilité (MES) ayant pour but de d’assister les Etats en difficulté économique. Un an plus tard, on voit que cela est toujours insuffisant. Plusieurs solutions sont possibles pour endiguer ces spirales, la première serait de réviser le traité européen afin d’autoriser la banque centrale à racheter les dettes publiques quand il y a des tensions sur les taux des dettes souveraines, comme cela se fait aux Etats-Unis (voir conférence de presse de Bernanke le 27 Avril dernier). La deuxième solution plus de long terme serait de mettre en place un trésor public européen ayant la tâche d’émettre des bons du trésor européens (eurobons) en cas de rumeur ou spéculation, néanmoins cela pose la question d’une Europe fédérale.

Dans l’état actuel, l’austérité budgétaire imposée par l’Union Européenne et la hausse des taux d’intérêt de la banque centrale dans son objectif de lutte contre l’inflation finira par tuer la demande intérieure européenne.

Préparez le changement: restez informés!

2 commentaires

  1. Liior

    3 juin 2011 à 15:07

    Bonjour à tous,

    Nous partageons tous le même constat sur le système financier international, ses agences de notations corrompues etc.

    Malgré tout, que faites-vous de la loi du 3 janvier 1973 qui empêche l’Etat Français d’emprunter à sa banque de France sans intérêts ? Vous remettez d’ores et déjà le rôle de la Banque Centrale Européenne, mais ce qu’il faut expliquer aux Français en toute pédagogie, que c’est l’obligation d’emprunter sur les marchés privés qui a conduit à la dette des pays occidentaux …

    Il serait donc de bon ton que de rétablir le droit régalien des états Européens à se financer comme bon leur semble (dans une certaine limite, anti-inflationniste) auprès de leur banque centrale (ou de la BCE, mais ça, ça ne sera pas possible sans coucher les Allemands .. bon courage) et non auprès des marchés privés.

    J’aimerai d’ailleurs avoir des réponses de votre part sur ces questions gravissimes, pour jauger et savoir à peu près où se place le mouvement des Jeunes Socialistes dans la contestation de l’ordre financier mondial actuel.

    Bien cordialement à tous,

    Liior

  2. Emmanuelle

    4 juin 2011 à 10:45

    L’Etat est-il un emprunteur comme les autres? Non, certainement. C’est pourtant la philosophie qui sous-tend la loi de 1973.
    Et vous qu’en pensez-vous? A la lecture de l’article, rien ne s’en dégage très clairement…
    De plus, lutter contre « l’austérité budgétaire imposée par l’Union Européenne et la hausse des taux d’intérêt de la banque centrale dans son objectif de lutte contre l’inflation » nécessite de revenir sur l’indépendance de la BCE et les critères de stabilité. Est-ce en cela que vous proposez de réviser « le traité »?

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