Odéon et Avignon : le tour de passe-passe de Frédéric Mitterrand
- Vendredi 6 mai 2011
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Olivier Py achève son mandat à la tête du Théâtre de l’Odéon. L’usage voudrait qu’il soit reconduit à ce poste, son travail étant couronné de succès et reconnu. C’était sans compter sur Luc Bondy, artiste qui décide subitement de diriger un théâtre parisien. Ni une ni deux, ni débat ni concertation, Luc Bondy se retrouve à la tête du Théâtre de l’Odéon. Et un ami de casé !
Pour calmer la révolte qui gronde dans le milieu du spectacle, tout en satisfaisant les ambitions d’Olivier Py, Frédéric Mitterrand s’entend avec le maire d’Avignon, Mme Roig, et nomme Olivier Py à la tête du Festival d’Avignon. Dans le souci de respecter un semblant de procédure, ils annoncent que cette nomination sera « proposée » au Conseil d’Administration du Festival pour l’année 2013, avec une première édition en 2014. Olivier Py doit être soulagé, le Ministre de la Culture ne se donne pas la peine de prendre en compte les élections présidentielles de 2012. Son avenir est donc assuré, quelle que soit l’issue du suffrage. Et deux amis de casés !
C’est ainsi que Frédéric Mitterrand trouve des postes à ses amis, sans qu’ils aient à présenter un quelconque projet artistique. Rappelons qu’il s’agit là de postes complexes, qu’aucune procédure de recrutement n’est respectée, et que, cerise sur le gâteau, les deux directeurs du Festival d’Avignon viennent d’être renouvelés. Monsieur le Ministre affiche une nouvelle fois ses priorités pour la culture, plutôt claires : distribuer des postes à ses sujets et les sécuriser pour l’après-2012.
Comment la culture peut-elle jouer son rôle d’émancipation, d’éducation, de création et de lien social lorsqu’elle est constamment attaquée par un gouvernement qui multiplie les réformes injustes dans un contexte de crise sévère ? Les Jeunes Socialistes condamnent l’attitude de Frédéric Mitterrand, indigne d’un Ministre de la République, et demandent la mise en place d’une commission indépendante sur la question des nominations.


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Paul Rondin
9 mai 2011 à 10:31
Bonjour,
Le Festival d’Automne à Paris va donc être municipalisé, ce qui faisait son intérêt, la diversité des acteurs réunis par un directeur libre de tout établissement est donc terminé, un programmateur unique va se charger d’un théâtre de deux salles et du principal festival parisien (le cumul des mandats ne semble pas choquer). Il n’y avait donc personne en effet en France ou en Europe pour diriger le Festival d’Automne ?
Dans le même temps nous apprenons que le contrat de directeur du Festival de Vienne de M.Bondy expire en 2013, mais qu’il prendra les commandes du Théâtre de l’Odéon à partir de mars 2012… par ailleurs âgé de 63 ans. Enfin le programme de M. Bondy pour l’Odéon à cette étape : « moins mettre en scène qu’ouvrir le théâtre à de nouveaux metteurs en scène »(?) et « selon le quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung, (…) demander aux pouvoirs publics français une augmentation de la subvention au Théâtre de l’Odéon ».
C’est effarant et j’espère entendre s’élever vos voix, amis de la vertu républicaine, autant que vous le faites pour juger de la précipitation supposée de M. Py à accepter, après s’être fait sortir de l’Odéon pour son excellent bilan, la direction du festival d’Avignon 2014, dont les directeurs ne sont par ailleurs pas reconductibles (sauf nouvelle dérogation). Comment osez-vous le nommer « ami » du ministre Mitterrand après ce que ce dernier lui a fait subir ?
Cette agitation sans réflexion brouille la seule vraie question, restée elle sans réponse. Pourquoi l’idée d’une démocratisation culturelle volontariste qui refuse d’opposer action culturelle à création artistique, de cette république de la parole, de l’écoute de l’autre et des idées qui est l’un des fondements originels du projet démocratique et le ferment des sociétés humaines est-il totalement absent du projet politique ?
Pourquoi la France est-elle incapable de se tourner vers demain, incapable de s’inventer un avenir créatif. Nous savons que notre société à besoin d’éducation et de culture pour devenir une puissance de l’intelligence. En place de quoi nous ne sommes qu’esprit de réaction, peur et repli sur soi.
Ce qui a changé toutefois, c’est au dehors. Ce que nous savons désormais c’est que l’espoir est à portée de main. Qu’il n’est d’autre destin que celui que nous nous inventons. Il y a trois ans, l’Odéon avait rêvé en intitulant une manifestation « Printemps Arabe à l’Odéon », à une vitalité culturelle partagée, souhaitant montrer que ces sociétés portaient en elles une puissance artistique inouïe, sans osé imaginer ces rues du monde arabe faisant naître le printemps en hiver. Oser justement encore, à nouveau les Lumières. Se dire que l’ambition de justice, l’esprit imparfait mais si grand de la démocratie ne pouvait être confisqué par les dictateurs militaires, financiers, médiatiques.
Il faut donc poser immédiatement la question de notre réserve, ici et dans cette Europe qui n’arrive toujours pas à sortir de son esprit administratif en perpétuelle négociation grise, et de cette jeunesse qui de l’autre côté de la Méditerranée n’a rien attendu mais a entraîné toutes et tous dans un mouvement inexorable, à force d’insistance.
Je veux dire ici que ce qui nous porte est cet élan, que nous refusons le conservatisme mortifère qui fait préférer le passé, que nous ne plierons pas sous la pression des habitudes et que nous faisons le pari de la jeunesse (elle n’a pas d’âge) et en assumerons tout, y compris les erreurs. Si dans des établissements fédérateurs comme l’Odéon, institution libre, enfant des Lumières, nous ne sommes pas aux côtés de ceux qui inventent le monde alors nous ne servons à rien. Notre puissance doit être au service de ceux qui partout en Europe et dans le monde font bouger les esthétiques, les pensées, le désir de rencontre, de découverte, qui font des différences une chance.
Mais qui veut d’un idéal ?
Voilà pour la vaine incantation, l’objectif désormais est de trouver dans quel coin de son programme le PS a rangé la culture. Mais vous devez le savoir ?
Bien à vous,
Paul