Congrès Ecosy : carnet de bord

Jour 1 : un début de Congrès en douceur

Arrivée à l’aéroport de Bucarest. « Aaaaaah, Emilie, you are the one we were waiting for! » Et bien, en voilà un accueil qui fait plaisir. En tant que membre du Bureau d’Ecosy, j’ai droit à un traitement de VIP : un camarade roumain me conduit en voiture jusqu’au Parlement, un gigantesque bâtiment en marbre (350000 mètres carrés habitables tout de même, le troisième plus grand au monde), appelé maison du Peuple au temps de Ceauşescu, qui, à défaut d’être une réussite architecturale, est en tout cas un chef-d’œuvre de mégalomanie. Les jeunes socialistes roumains ont tenu à ce que la réunion du Bureau y soit organisée et nous avons même droit à une visite guidée. La réunion est expéditive, la plupart des membres du bureau ne sont pas encore arrivés et les quelques décisions à prendre sont purement formelles. Nous prenons ensuite la direction de l’hôtel où se déroulera l’intégralité de nos travaux. A peine le temps de déposer les bagages et il est déjà l’heure de se rendre dans la salle de plénière pour l’ouverture du Congrès. Les sièges des différentes délégations sont pré-attribués et le mien constitue une sorte d’enclave française en territoire sud-européen : à ma gauche, une quinzaine d’Italiens ; devant moi, six autres ; à ma droite, cinq Portugais ; derrière moi, toute une rangée de Grecs.

L’ouverture du Congrès donne lieu à un défilé d’orateurs, parmi lesquels Petroula Nteledimou et Janna Besamusca, respectivement Présidente et Secrétaire générale d’Ecosy, Victor Ponta, chef du Parti social-démocrate roumain, Nicolae Bănicioiu, Président des jeunes sociaux-démocrates roumains, ou encore Philip Cordery, Secrétaire général du Parti socialiste européen. Entre chaque discours est projeté un petit clip qui illustre la dernière campagne d’Ecosy intitulée « Parler de ma génération ».

Cette première journée se termine par un dîner et une soirée sur le campus de l’école polytechnique de Bucarest. Avec la plupart des camarades de la Left Wing, nous décidons de rester sagement à l’hôtel car nous savons par expérience qu’il est important de s’économiser pour la suite.

Jour 2 : le marathon commence…

La première partie de la journée est consacrée à une conférence de la Fondation européenne d’Etudes Progressistes sur le thème de la pauvreté et des valeurs sociales-démocrates, et à des réunions « secrètes » visant à préparer les groupes de travail de l’après-midi durant lesquels seront passés en revue les amendements déposés sur le texte d’orientation et sur les résolutions. Les discussions avec les camarades de la Left Wing sont plutôt rassurantes : ils soutiennent l’ensemble des résolutions et amendements du MJS. Reste donc à convaincre les autres… Les cinq groupes de travail ont lieu en parallèle et chacun d’eux doit examiner un certain nombre de nos amendements. Pendant trois heures je vais donc courir d’une salle à l’autre, sous l’œil amusé des camarades en charge de l’organisation, afin d’argumenter nos propositions. Difficile d’évaluer l’impact de ces interventions mais un camarade italien me confiera plus tard que l’une d’entre elles, portant sur les questions d’éducation, a fait évoluer la position de leur délégation. C’est déjà ça…

Vient ensuite le moment des réunions de réseaux. Ecosy en compte six : féministe, queer, étudiants, Forum européen de la jeunesse, migration et intégration, et Forum progressiste mondial de la jeunesse. C’est à ce dernier que je participe habituellement mais un invité au passé quelque peu ambigu doit y intervenir ce jour-là. Il s’agit de Ion Iliescu, figure de la révolution de 1989, mais qui, une fois au pouvoir, dirigea le pays de manière non démocratique et violente. Refusant de cautionner la présence d’un homme qui a sur ses mains le sang de centaines de ses compatriotes roumains, je décide de boycotter. On m’apprend alors que le TSD (organisation des jeunes sociaux-démocrates roumains) a arbitrairement décidé d’annuler les autres réunions de réseau pour inciter les délégués à venir écouter monsieur Iliescu. Nos hôtes ont semble-t-il une conception particulière de l’organisation d’événements… Seuls les réseaux féministes et queer, dont les intervenants prévus n’étaient pas roumains, auront finalement lieu. Après cette journée bien chargée, l’heure est aux festivités, qui se déroulent au « Wow Cabaret Club », un endroit presque aussi kitsch que son nom. J’y prends cette fois toute ma part, histoire de conforter la réputation de bosseurs-fêtards des membres du MJS France :-).

Jour 3 : le rythme s’intensifie…

Samedi matin, nous nous retrouvons en plénière pour voter les amendements au texte d’orientation : je vais défendre chacun des amendements du MJS au pupitre (et il y en a beaucoup !) puis reviens au petit trot à ma place pour lever bien haut les douze mandats de vote du MJS France. Et là, bonne surprise : à l’exception de deux amendements dénonçant respectivement les « accord techniques » de répartition des postes conclus entre les socialistes et les conservateurs au Parlement européen et le fait que le traité constitutionnel fasse référence à des politiques basées sur une idéologie néolibérale, tous nos amendements sont adoptés. Il sera donc notamment écrit noir sur blanc dans le texte d’orientation d’Ecosy que les votes contre le traité constitutionnel ont été l’expression d’une profonde méfiance à l’égard du fonctionnement et des politiques actuels de l’UE et que le projet européen ne pourra progresser que si des changements sont opérés et qu’une réponse appropriée est donnée aux inquiétudes légitimes des citoyens ; qu’il est inutile et injuste de repousser l’âge légal de la retraite dans la mesure où, dans une grande majorité des cas, les travailleurs âgés ne choisissent pas de quitter prématurément le marché du travail mais sont forcés de le faire en raison d’un licenciement ou de problèmes de santé ; qu’une harmonisation fiscale est nécessaire au niveau européen, et en premier lieu l’harmonisation de l’assiette de l’impôt sur les sociétés et des taux de TVA ; que l’OMC, la Banque mondiale et le FMI ont échoué à endiguer la crise et ont même contribué à aggraver les conséquences sociales de celle-ci en imposant des politiques économiques pro-cycliques quand la priorité aurait dû être au contraire de relancer l’économie et de soutenir la demande. Youhouuu !

Après le déjeuner, c’est au tour des résolutions d’être soumises au vote et je reprends mes aller-retour au micro. Le succès est à nouveau au rendez-vous pour le MJS France : nos deux résolutions, celle sur les retraites et celle intitulée « Restaurer la confiance », sont approuvées à l’unanimité (le camarade britannique des Labour Students a, involontairement ou non, choisi le moment idéal pour aller prendre l’air), de même que les deux que nous avions cosignées.

Le travail de fond achevé, nous passons à l’élection du présidium, censée être « a piece of cake » étant donné qu’il y a le même nombre de candidats que de postes. Un vote par acclamation est proposé et là…c’est le drame ! La délégation irlandaise prend la parole pour demander un vote à bulletin secret, plus démocratique selon eux. Pour ma part, hormis le gâchis de papier qu’implique cette procédure, j’y suis plutôt favorable ; après tout je n’ai jamais été fan des votes par acclamation et le vote à bulletin secret permettra de mesurer le poids politique des différents candidats. Mais dans l’assistance, c’est la panique, un climat de suspicion s’installe : cette demande irlandaise serait-elle commanditée ? Dans les couloirs, les tractations vont bon train et s’éternisent… Finalement, une solution est trouvée entre les deux parties (la Left Wing et « les autres »), qui doit permettre à tous les candidats d’être élus avec le même nombre de voix : une voix pour chaque candidat à une vice-présidence (le minimum pour être élu), et dix voix pour Kaisa Penny, candidate à la présidence d’Ecosy, Thomas Maes, candidat au secrétariat général, et Thomas Graham, candidat à la présidence de la commission de contrôle. Je proteste contre ce bidouillage, qui me semble au mieux ridicule et au pire dommageable pour l’image d’Ecosy et la légitimité de candidats, et je ne suis pas la seule. Mais les réticents s’entendent répondre que vu les antécédents de l’organisation et le manque de confiance qui règne encore en son sein, il n’y a pas d’autre option possible. Je ne tiens pas à créer de scandale inutile, j’obtempère donc à contrecœur… L’élection se déroule comme prévu, les nouveaux élus sont congratulés comme il se doit et c’est dans une ambiance de « happy family » que se clôt cette troisième journée (pour ceux qui me connaissent, inutile de préciser que j’ai fait honneur à la piste de danse jusqu’à une heure tardive ;-)).

4ème jour : le jour des survivants

La soirée de la veille ayant apparemment fait quelques dégâts, les rangs sont clairsemés en ce dernier jour de Congrès.

De mon côté, je suis fidèle au poste, car outre les votes sur le plan d’activités et les finances, nous avons un point important à l’agenda : le vote sur les demandes d’adhésion. Or le sort d’une organisation chère au MJS, celle des jeunes socialistes catalans, est décidé ce matin-là. Cela fait des années que la JSC Catalunya attend de devenir membre de plein droit d’Ecosy, et le moins que l’on puisse dire est que certains camarades n’ont pas ménagé leurs efforts (spéciale dédicace à David et Arantxa). Mais cette fois, on le sent, c’est la bonne : la JSC a déjà rejoint la Iusy lors du dernier Congrès et l’autre organisation espagnole est désormais favorable à leur adhésion. Cette dernière sera effectivement votée à l’unanimité.

Kaisa Penny prend alors une dernière fois le micro pour clore ce 10ème Congrès d’Ecosy, qui, à défaut d’être parfait, a montré que l’organisation est repartie sur de bons rails, avec à sa tête des personnes qui ont à cœur de travailler sur les questions de fond et en bonne intelligence.

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