La flambée des prix agricoles : prévenir une crise humanitaire

Pourquoi cette pénurie ? Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation explique que les pays pauvres et endettés ont été contraints par les organismes officiels internationaux comme le FMI à produire des matières premières exportables telles que cacao, coton, pour rétablir l’équilibre de leur balance commerciale, au détriment des besoins locaux. A côté, la montée en puissance des biocarburants a détourné des millions de tonnes de céréales du circuit alimentaire. Ainsi, 11 % de la production du maïs américain sont dorénavant consacrés à la production d’éthanol. Par ailleurs, Barroso, président de la Commission européenne, a dénoncé “les aides au développement des pays de l’Union européenne qui ont baissé”. La France figure parmi ceux qui ont réduit leur contribution.

Mais la genèse du phénomène est à trouver bien en amont de la flambée des prix du pétrole. Depuis 2000, sur les huit récoltes de blé effectuées au niveau mondial, sept d’entre elles se sont révélées déficitaires (L’Australie a perdu par exemple 10 millions de tonnes de production) : la consommation dépasse la production. Le train de vie de certains pays émergents n’y est pas étranger. L’émergence d’une classe moyenne en Inde et en Chine a dopé la consommation de viande au niveau mondial, faisant croître de facto les besoins en céréales. Cette raréfaction de l’offre s’est trouvée en partie amplifiée par la montée des prix du pétrole : les biocarburants, qui restaient jusqu’alors assez coûteux à produire, sont brusquement devenus bon marché. Le cours du colza, du maïs et du blé n’y ont pas résisté, affichant des hausses spectaculaires sur les trois dernières années. Depuis 2006, les cours du blé ont ainsi triplé à Chicago. Idem pour le maïs et le riz, puisque les répercussions sont en cascade. La hausse du prix du pain, provoquée par la flambée des cours du blé, a provoqué des émeutes de la faim en Égypte, l’un des pays exportateurs de riz. Le tout a été couronné par une hausse des tarifs du fret.

L’activité d’une poignée de fonds spéculatifs, essorés par le marché des crédits, joue elle aussi un rôle non négligeable. Même le FMI reconnaît que “ces facteurs financiers semblent expliquer une grande part de la hausse des prix du pétrole brut depuis le début 2008, de même que la hausse des prix d’autres matières premières”. Le Fonds met également en exergue la dépréciation du dollar et la chute des taux d’intérêts, qui ont renforcé l’attractivité des matières premières comme actif alternatif, devenues les nouvelles valeurs-refuge. Par ailleurs, à l’image de ce qui se passe pour les cours du pétrole, les prix sont également fonction du fragile équilibre entre offre et demande. Lorsqu’il y a pénurie, en raison d’un problème au niveau des exportateurs, les prix sont automatiquement revus à la hausse. Le 27 mars 2007, le riz a bondit de 31% en une seule journée après l’annonce, par quatre pays producteurs (Inde, l’Égypte, Vietnam et Cambodge), de la suspension de leurs exportations, alors que les Philippines réclamaient 500 000 tonnes. Aliment de base pour plus de la moitié de la population mondiale, après l’or jaune et l’or noir, le riz deviendra-t-il le nouvel or blanc ? Investir dans l’agriculture produit quatre fois plus de résultats dans le domaine de la lutte contre la pauvreté que d’investir dans n’importe quel autre secteur.
Plusieurs mesures sont à prendre d’urgence afin de venir à bout définitivement de ce modèle inégalitaire dans sa nature, parce qu’il marche grâce à un rapport de force dominant/dominé qui arrive à sa fin :

  • L’annulation de la dette des pays pauvres est le seul moyen pour que les pays du tiers monde puissent enfin investir dans des exploitations en adéquation avec la nature de leurs terres.
  • Un sommet de la Terre doit être convoqué dans les plus brefs délais pour avancer un plan agricole planétaire.
  • Sortir l’agriculture de l’OMC afin qu’elle ne soit plus soumise aux règles de libre-échange et stopper la spéculation pour recouvrer le droit à la souveraineté alimentaire.
  • Conférer à l’ONU un pouvoir de sanction afin d’influer vers une politique agricole juste.
  • La réforme de la PAC prévue en 2013 doit absolument établir des financements qui ne privilégie plus exclusivement les exploitations extensives mais bien une durabilité de l’agriculture, qui rappelons le, doit répondre à une équité sociale, écologique et économique pour favoriser les exploitants qui dédient leur production à une desserte régionale et privilégier la diversité alimentaire.

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