Une voie pour la gauche: repenser notre société avec l’ordre juste

Contribution de JusticeLes contributions sont les expressions des sensibilités existantes au sein de l’organisation. Elles n’engagent pas le mouvement.

Une voie d’avenir

En 2012, la gauche devra gagner. Nous devrons gagner. C’est du moins la facilité dans laquelle nous pourrions tomber. Car en 2012, plus que “la gauche”, c’est notre projet de société que nous devrons faire gagner. Plus que jamais notre pays va mal car il n’arrive pas à se voir un avenir. Or c’est à nous, jeunes progressistes, qu’incombe la responsabilité de montrer qu’un (autre) avenir est possible. A gauche nous partageons des valeurs. A gauche nous partageons des combats. A nous de tout faire pour partager ensemble, un projet qui devra constituer un véritable contrat d’avenir avec les français.

A gauche, il est urgent de réaffirmer l’essence de notre engagement, celui de faire changer les choses. Nous avons perdu depuis bien longtemps notre crédibilité idéologique auprès des ouvriers, des employés, des classes populaires. Nous nous sommes présentés comme des petits gestionnaires d’un système qui n’a cessé d’écraser et d’accabler les plus démunis, qui, petit à petit, devant nos échecs, se sont détournés de nous. Nous devons redonner la parole aux sans voix, refaire de la politique pour ceux qui ont besoin de nous et qui attendent le changement.

Il est donc urgent de reconstruire une voie à gauche. Nous sommes convaincus que le concept d’ordre juste peut aider tracer cette voie. Face aux inégalités de toutes sortes qui minent notre société, l’ordre juste peut y répondre. Remettre l’Humain au centre de notre projet c’est à quoi aspire fondamentalement la notion d’ordre juste et c’est pourquoi elle est plus que jamais pertinente.

Repenser notre société avec l’ordre juste c’est imaginer une société où chacun à sa place, un système économique au service de l’humain et une nouvelle donne mondiale. En un mot, la voie de l’ordre juste c’est la voie d’un avenir réellement de gauche.

Une société pour tous

Penser notre société à travers le prisme de l’ordre juste c’est réinventer notre société. Chacun doit y avoir sa place, or les jeunes ont de plus en plus de mal à pouvoir se projeter dans l’avenir dans un pays ou quasiment un quart des moins de 25 ans ne trouve pas d’emploi, un taux qui peut atteindre 50% dans les quartiers populaires d’autant plus que la récente “réforme” des retraites du gouvernement ne risque pas d’améliorer la situation.

Redonner aux jeunes la capacité de pouvoir s’imaginer un avenir doit être une priorité de notre action politique. Comment construire une société viable si nous ne donnons pas envie aux jeunes de la construire ? Face aux inégalités et aux discriminations nous nous devons de réaffirmer la capacité d’action du politique et bannir le “laissez-faire” inspiré d’une idéologie néo-libérale qui nous a déjà fait tant de mal.

C’est pourquoi nous proposons de porter un véritable pacte national de confiance pour l’emploi des jeunes. Chaque jeune de notre pays doit être en situation d’emploi, ou en apprentissage, ou en formation par alternance, ou créateur d’entreprise ou enfin en service civique. Afin de restaurer la confiance des jeunes envers la politique nous appuierons notre pacte sur 4 piliers.

Nous proposons tout d’abord de réfléchir à la mise en œuvre d’un plan national de développement des formations en alternance et en apprentissage notamment en appliquant le seuil obligatoire de 3% de salariés en alternance dans les entreprises de plus de 250 salariés, aux entreprises de 50 salariés et plus.

De même, parce que un jeune doit pouvoir choisir son avenir, nous pouvons penser la mise en place d’un plan national de créations d’entreprises avec l’instauration de bourses tremplin. La seule Région Poitou-Charentes a réussi en 6 ans à créer grâce à ce dispositif 8000 entreprises pour 12000 emplois dont 40% de jeunes.

Nous proposons également la mise en place d’un service citoyen mixte et obligatoire pour tous les jeunes d’une même génération. En deux fois six mois, la première phase consistera en un engagement dans l’action sociale ou la solidarité puis la deuxième phase se fera au service de la collectivité. Retrouvant les vertus fédératrices du service militaire sans tous les aspects négatifs de celui-ci, le service citoyen obligatoire deviendra un outil important de la mixité intra-générationnelle et de la compréhension par tous du rôle de chacun dans la société.

Enfin, plus largement, nous sommes convaincus qu’il faut inciter les entreprises à l’embauche des jeunes en instaurant une obligation de recruter des jeunes de moins de 25 ans pour les entreprises de plus de 50 salariés qui bénéficient d’aides publiques ou de marchés publics.
Redonner confiance aux jeunes dans leur capacité d’inventer l’avenir, pour que notre société soit enfin une société pour tous telle est la conviction politique que nous affichons.

Un système économique repensé au service de l’Humain

En 2012, c’est une gauche de combat et non de résignation qui doit réaffirmer ses racines et retrouver sa crédibilité auprès de ceux qui l’ont attendu trop longtemps.

Notre combat, c’est de rompre une fois pour toute avec un système d’exploitation des plus fragiles en imposant une économie qui redevienne au service de l’humain. Il est temps de remettre de l’ordre dans un système qui a perdu toute notion de responsabilité, aussi bien morale que sociale. La finance dérégulée a conduit à une crise sans précédent et fait aujourd’hui payer ses conséquences aux États, aux mécanismes de protection sociale et aux plus personnes les plus fragiles devant ce système vorace. Dans une économie responsable, la finance est au service de l’économie et pas l’inverse.

Le premier acte de refondation de ce système est de mettre fin à la dérive irresponsable et immorale que représentent les licenciements boursiers. Au nom de quoi une entreprise qui réalise des bénéfices peut-elle sacrifier des centaines d’employés au profit de meilleurs dividendes pour des actionnaires qui s’enrichissent en dormant ? La mise en pratique est pourtant simple. Comme l’interdiction ne mènerait à rien juridiquement, il faut dissuader cette pratique en imposant des amendes astronomiques aux entreprises qui s’y livreraient.

Quant bien même la recherche du profit à tout prix conduirait ces entreprises à mettre des centaines d’ouvriers au chômage, via ce type de licenciements ou même les délocalisations, nous souhaitons encourager les formes de reprise d’activités alternatives, et notamment par la formation de Sociétés Coopératives Ouvrières de Production (SCOP). Ce modèle d’appropriation de l’outil de travail par les travailleurs ouvriers ou salariés est une expérience que nous souhaitons voir généralisée et fortement encouragée par les pouvoirs publics.

Les pouvoirs publics, justement, et l’Etat notamment, doivent être réinvestis de leur capacités d’agir sur l’économie. Pour palier à un système financier qui parfois étouffe les entreprises ou impose des rendements intenables pour ne pas jouer son rôle initial, il est impératif de créer un pôle bancaire public. Celui-ci prendra à la fois la forme d’une Banque d’investissement publique pour soutenir les projets innovants et d’un pôle national du crédit qui puisse financer le réseau des PME et TPE sans les soumettre à des taux décourageants ou des pressions inutiles. Oui, il est possible de relancer la croissance en France, l’activité économique et l’industrie nationale par ces leviers. Par la volonté et des financements responsables, l’innovation peut ainsi être encouragée.

Refonder notre approche économique ne pourrait pas se faire non plus sans présenter une alternative à un système qui ravage avec minutie l’environnement et la vie humaine. Nous croyons que la croissance verte possède les vertus de pouvoir répondre à l’urgence climatique tout en favorisant la croissance économique et sociale. Selon nous, la préoccupation environnementale ne peut se détourner du progrès social. L’échec de la taxe carbone symbolise ce refus de toute forme de régression sociale au nom de cette préoccupation. Encourager les actions innovantes, les énergies renouvelables et la reconversion écologique et sociale des entreprises sont des leviers essentiels pour la croissance économique et également utiles pour la protection de l’environnement. Promouvoir la croissance verte, c’est réussir à combiner ces deux préoccupations majeures.

Il est donc urgent de réaffirmer aux français, et en priorité aux classes populaires, que nous voulons gagner pour changer les choses, pour remettre de l’ordre dans ce système économique qui n’obéit plus à aucune règle et qui ne cesse de détruire nos acquis sociaux et notre environnement.

Une nouvelle donne mondiale

Le concept d’ordre juste englobe également une réflexion sur “l’ordre” mondial. Il existe actuellement un ordre mondial que nous contestons face auquel nous voulons développer une approche alternative. Europe, mondialisation, relations Nord/Sud, notre ambition est d’ébaucher les perspectives d’une nouvelle donne mondiale.

Notre identité politique est profondément Européenne. Au delà d’un réel besoin d’Europe pour faire face aux enjeux du monde actuel, c’est un réel désir qui nous anime. Malheureusement, force est de constater que les idéaux de Schuman, Monnet ou même Delors sont aujourd’hui bien loin. L’Europe politique n’existe toujours pas. Nous avons une union économique libéralisée, un marché unique mais aucune réelle visée politique. Le Traité de Lisbonne n’a pas su répondre à cette aspiration d’union politique et n’a fait que renforcer l’impression d’une Europe déconnectée des peuples ayant définitivement perdu de vue ses buts initiaux

Il faut redonner un sens politique à l’Europe. Aujourd’hui, l’Union est paralysée par des dizaines de traités et modifications de traités, des procédures interminables, des pesanteurs administratives et des entraves incroyables. Aujourd’hui, l’Union Européenne ne contrôle même pas politiquement la création de sa propre monnaie.

Il est urgent de refonder cette coopération des peuples européens au sein d’une véritable fédération européenne. C’est pourquoi nous appelons à la formation des Etats-Unis d’Europe. Une assemblée constituante représentant les peuples européens serait la mieux à même de créer cette Fédération. En 1988 François Mitterrand, dans sa Lettre à tous les Français, écrivait déjà : “Le rêve d’États-Unis d’Europe qui, depuis près de quatre siècles, hante l’imagination de quelques visionnaires, commence d’éveiller la conscience des peuples. Il n’est pas indifférent pour les Français de savoir si leur Président y pense ou non. Eh bien, j’y pense et je le veux”.

Nous pensons que la jeunesse d’Europe en a envie et qu’elle est prête. Oui, nous avons une ambition claire pour l’Europe. Ce que nous proposons, c’est de recréer le désir d’Europe.

Au delà de l’Europe, c’est également la mondialisation qu’il faut reconsidérer. En tant que socialistes, nous ne pouvons nous satisfaire du monde tel qu’il est, complètement soumis à une mondialisation libérale. Les organisations comme l’OMC, la Banque mondiale ou le FMI doivent être repensées pour une nouvelle donne mondiale plus juste. Notre réflexion doit nous conduire à défendre une autre forme de mondialisation.
Tout se présente aujourd’hui, dans un système qui se prétend mondialisé, comme s’il existait en fait deux mondes, un supérieur et développé, l’autre retardé et indigne de notre attention. Entre, on construit des murs, on ferme les frontières. Les inégalités Nord/Sud ne cessent de croître dans l’indifférence. Il est temps de passer aux actes. Les Objectifs du millénaire fixés par l’ONU ne pourront pas être remplis en l’ état. Pour que ce soit le cas il faudrait que l’aide publique au développement soit doublée. Or le niveau recommandé par l’ONU (0,7% du PIB) est loin d’être atteint. A nous de nous engager à remplir cet objectif en cas de victoire.

L’ambition du changement

Militer pour une nouvelle donne sociétale, économique et mondiale c’est clairement être ambitieux. Mais c’est parce que nous avons manqué d’ambition que nous n’avons pas encore su convaincre. Il est temps de pouvoir répondre aux enjeux qui se posent à nous. Temps de pouvoir faire face à l’exigence -légitime- de nos concitoyens.

Cette exigence, c’est celle du changement. Nous sommes persuadés de la nécessité d’un vrai changement, c’est à dire d’un changement global. Cette fois plus que jamais nous ne pouvons pas nous contenter de la facilité. Nous devons élaborer, proposer et porter un vrai programme de société.

L’ambition du changement, c’est celle que nous appelons la famille socialiste à porter. L’ordre juste, tel que nous le définissons, peut répondre à cette ambition. Bien que la gauche ne manque pas de voix, nous c’est une voie que nous voulons redonner à la gauche.

Préparez le changement: restez informés!

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