Retour sur le Forum Social Mondial de Dakar

Du 6 au 10 février, nous étions à Dakar, pour cette nouvelle édition du Forum Social Mondial, 10 ans après la première rencontre, à Porto Alegre. Nous avons pu rencontrer ceux qui font le mouvement social aujourd’hui dans le monde, ceux qui portent les valeurs de la transformation sociale. Voici notre carnet de voyage…

Dimanche 6 février 2011

C’est parti pour le FSM 2010 ! Le déjeuner tout juste avalé et nous voilà dans le minibus qui conduit la délégation socialiste et les journalistes à travers les rues animées de Dakar en direction du départ de la marche d’ouverture. Les embouteillages se font plus forts, nous arrivons.

Et là, c’est tous les participants du FSM que nous retrouvons ! Ils sont venus de tout le Sénégal, de toute l’Afrique, du monde entier, pour faire entendre la voix du mouvement social, quelques jours après la fin du Forum économique de Davos. Tous ensemble, on est plus fort : c’est l’impression que nous avons instantanément lorsque nous nous retrouvons mêlés à la foule.

Nous retrouvons Martine Aubry, qui mène la délégation et remonte la marche à la rencontre de tous ces militants. L’accueil est excellent, beaucoup de Français sont surpris de voir les socialistes participer à un forum social… Au final, ils sont rassurés sur l’état et les convictions de notre famille politique.

De notre côté, nous croisons le responsable des jeunes du CNTS, le principal syndicat de travailleurs sénégalais. Nous décidons de nous revoir avant notre départ de Dakar.

Alors que la délégation quitte la marche pour aller à la rencontre des jeunes artistes sénégalais, nous nous retrouvons en compagnie de Benoît Hamon et de Pouria Amirshahi en tête de cortège, aux côtés de nos camarades du PS sénégalais, menés par Ousmane Tanor Dieng, le secrétaire général du parti et ancien candidat à la Présidence de la République.

Le cortège pénètre enfin dans l’immense campus de l’université de Dakar, où se déroule ce FSM. C’est là qu’apparaît Evo Morales, le Président bolivien ! Benoît Hamon est invité à monter sur l’estrade avec lui et Tanor. Et Evo commence son discours d’ouverture, qui trouve un écho immédiat dans la foule, séduit par cet homme né dans le mouvement social et qui a su garder ses convictions intactes à la tête de son pays.

Retour à l’hôtel. Nous dînons avec les jeunes artistes sénégalais rencontrés par le PS dans l’après-midi, à l’invitation de l’immense sculpteur Ousmane Sow, et qui ont témoigné de toute la vitalité culturelle du Sénégal.

Lundi 7 février 2011

Direction le campus du FSM où nous assistons ce matin à un débat sur l’accès à l’eau et son assainissement, animé par la Fondation Danielle Mitterrand. Quel plaisir de retrouver ici ceux avec qui nous travaillons en France sur la question des biens communs !

Johan Hassel, le secrétaire général de la IUSY, nous rejoint. Nous en profitons pour discuter du prochain festival de la IUSY, du 25 au 31 juillet prochain en Autriche. La question des biens communs sera à l’ordre du jour et nous invitons la Fondation Danielle Mitterrand à venir travailler sur cette question avec les jeunes socialistes du monde entier.

Puis nous retrouvons la délégation du parti, à la rencontre des jeunes entrepreneurs sénégalais. Ils nous présentent une nouvelle manière de travailler qu’ils ont mis au point ensemble et qui utilise les réseaux sociaux pour créer une plateforme commune, avec des règles sociales résolument progressistes.

Mardi 8 février 2011

La journée commence aux aurores, avec la visite de l’île de Gorée, au large de la ville, à 30 minutes de bateau. Si l’île émerveille par sa beauté, avec ses maisons multicolores, ses bougainvilliers en fleur et ses baobabs, elle émeut tant elle représente un symbole du colonialisme et de l’esclavage.

Gorée était un fort militaire dès le 17ème siècle, avant même la création de Dakar au 19ème par les Français. Un fort militaire sommaire y est construit, afin de protéger la rade. Plus tard, l’île servira de lieu de détention des esclaves venus du Sénégal, avant de partir pour l’Amérique.

10h30, les touristes arrivent, nous prenons le bateau dans l’autre sens. Retour au forum, pour l’atelier organisé par les progressistes européens, proches du PSE. Martine Aubry intervient sur l’eau. Elle annonce que le PS est en faveur de la gratuité des premiers litres d’eau, indispensables.

Nous quittons le FSM en milieu d’après-midi. Une camarade sénégalaise nous conduit à la maison du PS, le gigantesque siège du parti, dans la proche banlieue de Dakar. Nous rencontrons nos camarades des jeunes socialistes sénégalais, des jeunes femmes et des étudiants et des élèves socialistes.

Alors que la fatigue commence à se faire sentir, quel plaisir d’échanger avec ces jeunes, motivés et dynamiques, d’entendre leurs combats qui font échos aux nôtres, avec une ambition : la reconquête du pouvoir… en 2012 ! Ici, garçons et filles sont séparées, et les garçons pèsent pour 50% de l’organisation, alors que les filles sont réduites à 30%. Elles mènent un combat pour l’égalité. Pour, un jour prochain, avoir une femme comme Présidente.

Johan partage ce moment d’échange avec nous. L’occasion pour lui de présenter l’action de la IUSY, qui paraît bien lointaine vue d’ici. Une chose est sûre : les Sénégalais viendront en Autriche au festival ; nous les aiderons à rendre ça possible.

Mercredi 9 février 2011

Dernière jour à Dakar, avant le vol retour pour Paris, tard dans la nuit. Encore une journée chargée.

Le matin a lieu un meeting commun aux PS sénégalais et français, sur la crise vue d’Afrique. C’est le grands discours sur l’Afrique de Martine Aubry, la réponse des socialistes au Discours de Dakar de Nicolas Sarkozy, dont tout le monde nous a parlé depuis le début de notre séjour, ce discours qui fait honte à la France.

Notre vision de l’Afrique est diamétralement opposée à celle exprimée par le Président de la République. Elle n’est pas dédaigneuse et raciste, elle n’est pas néocoloniale. Au contraire, elle regarde le passé avec courage et humilité, assumant les errements dramatiques de l’esclavage et de la colonisation, c’est à dire en reconnaissant la responsabilité de notre pays.

C’est aussi regarder l’Afrique d’aujourd’hui telle qu’elle est : créatrice et ambitieuse sur son avenir. Nous avons une responsabilité : enlever cette chape que nous maintenons sur le continent, le traiter d’égal à égal. C’est enfin répondre généreusement et en faisant preuve de solidarité, aux drames qui le frappent.

La journée est déjà bien avancée. Dernière étape, aller à la rencontre des jeunes du syndicat des travailleurs sénégalais, rencontrés le premier jour. Nous arrivons dans leurs locaux alors que celui-ci est plongé dans le noir, victime d’une coupure d’électricité, un mal qui mine le pays, symbole de l’incurie du Président Wade face aux besoins du peuple. Nous nous promettons de travailler ensemble, notamment sur le travail décent, et de nous retrouver une prochaine fois. Pourquoi pas à Paris.

C’est déjà la fin de notre séjour. Nous nous dirigeons enfin vers l’aéroport Léopold Sédar Senghor. On ne revient pas indemne d’un tel voyage. C’est une source d’inspiration pour notre militantisme de tous les jours, de retour en France.

Laurianne Deniaud & Guillaume Renaud

Préparez le changement: restez informés!

2 commentaires

  1. Démocrate 2012

    23 février 2011 à 20:45

    2 ans après le formidable discours à Dakar de SEGOLENE ROYAL pour rétablir l’honneur des peuples africains bafoué par Nicolas Sarkozy…
    Malheureusement, l’affaire Anne Sinclair et ses petites phrases pour replacer son mari dans la course des primaires a gâché le voyage de la nombreuse délégation socialiste qui aurait mérité avoir le même retentissement que le déplacement, il y a déjà 2 ans, de SEGOLENE ROYAL et de son discours précurseur pour que les peuples africains relèvent la tête!

  2. Carnet de voyage au FSM « International

    26 février 2011 à 10:30

    […] ici le carnet de voyage du Forum Social Mondial que Laurianne et moi avons publié sur le site des Jeunes Socialistes, en attendant de vous faire partager la semaine que je viens de passer en Chine, entre Shanghai et […]

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