Changeons d’ère

Contribution de Transformer à GaucheLes contributions sont les expressions des sensibilités existantes au sein de l’organisation. Elles n’engagent pas le mouvement.

Les événements auxquels nous assistons en ce début de XXIème siècle transforment le monde. Les révolutions numériques, scientifiques et biotechnologiques sont concomitantes aux différentes crises (répartition des richesses, de production, alimentaire, environnementale et démocratique). Nous faisons le constat que les déséquilibres mondiaux s’amplifient et se renforcent mutuellement.
Nul ne sait ce qu’il adviendra à court et moyen terme en Tunisie, en Algérie ou encore en Egypte. Cela est d’autant plus vrai qu’il n’existe pas d’automatisme entre une volonté de changement exprimée dans la rue et une victoire des progressistes dans les urnes.
Quand un espoir, encore fragile, se lève au Moyen-Orient et de l’autre côté de la Méditerranée, que les jeunesses du monde veulent un autre futur, avec pour seules armes la rue et les réseaux sociaux, cela nous donne encore plus le devoir de ne pas succomber à la fatalité. Leur exemple nous oblige à ne pas nous résigner devant l’ordre établi ou de constater sans nous mobiliser devant la montée de l’extrême droite et de l’abstention. Nous n’avons pas le droit de ne proposer que de petits rêves.

L’aspiration à être maître de son destin

La fin d’un cycle anti-démocratique. Une nouvelle ère de progrès ?

En Tunisie, en Algérie, en Egypte, et ailleurs, ces révoltes populaires ont trouvé leur essor à l’aide des jeunes. Ceux-ci aspirent à être libres, à s’émanciper, à vivre mieux, à manger à leur faim, à travailler. Les populations se dressent contre l’autoritarisme et la brutalité, osent affronter un ordre établi violent. Ils ont montré au monde entier que, par une action collective, des peuples en mouvement peuvent espérer transformer radicalement la société.
La crise économique de 2008, l’explosion du chômage (particulièrement dans la jeunesse), la faiblesse des salaires, l’augmentation du prix des matières premières et l’accroissement des inégalités sont autant de facteurs qui ont favorisé ces révolutions.

Ces révolutions auront peut-être autant d’impacts dans les relations internationales que la chute du mur de Berlin. Aucun pays occidental n’a anticipé ces soulèvements et se sont même montrés mal à l’aise sur la réaction à avoir. Le rôle de la France est toujours aussi ambigu vis à vis des dictateurs en place.
Dans ce désordre international, la démocratie est une valeur cardinale. Il nous incombe de la soutenir partout dans le monde, là où elle est bafouée, comme en Côte d’Ivoire, là où elle tente d’émerger comme en Tunisie.
Le sens de notre engagement internationaliste est d’œuvrer à ce qu’une alternative politique de transformation sociale puisse y voir jour.

Le rétrécissement de la démocratie ou l’avènement de l’oligarchie

La démocratie est la capacité individuelle et collective de maîtriser son avenir. Nous ne pouvons nous satisfaire de simulacres d’une simple démocratie formelle. Il ne s’agit pas uniquement d’un bulletin dans une urne tous les 5 ans.
L’action du politique, comme représentant légitime de la volonté populaire, plie actuellement sous le pouvoir économique, tout en étant concentré entre les mains de quelques-uns, entrainant la multiplication des conflits d’intérêts. A l’opposé, le socialisme signifie autant le partage des richesses que le partage des pouvoirs.
Cette République oligarchique exclue les citoyens qui ne sont pas intégrés aux sphères de décisions. Cette exclusion n’est pas planifiée, mais elle est conditionnée par des rapports de “savoirs-pouvoirs”. Ces rapports sont dus aux médias, qui dans le traitement de l’information, déterminent ce qui constitue l’agenda politique, mais aussi au fonctionnement des institutions qui rend de plus en plus illisible le schéma de prise de décision. Enfin, cette exclusion se manifeste par l’importance du réseau dans la recherche d’un emploi, alors que 80% des offres ne sont pas publiques.

La dilution du pouvoir politique (décentralisation, intégration européenne, groupements internationaux comme l’OMC, le FMI) complexifient l’appréhension de la chose publique. La volonté d’instaurer un constitutionnalisme économique (pacte de stabilité, indépendance des banques centrales, bouclier fiscal, interdiction d’une dette publique européenne) tend à maintenir l’action publique dans le champ des dogmes économiques du libéralisme. Dans ce cadre là, le politique n’existe plus.
La montée des extrémismes et le renouveau du nationalisme sont la conséquence directe de ce rétrécissement démocratique. La gauche a favorisé son propre déclin et le développement de l’extrême droite, en lui abandonnant le débat sur le protectionnisme, la garantie de nos droits et services publics, et les politiques monétaires. Elle a donné l’impression qu’elle se désintéressait des craintes des ouvriers et salariés qui subissent de plein fouet l’explosion des inégalités et la réalité du déclassement.

La possibilité permanente du peuple de mettre fin à la soumission volontaire

Chaque fois que le peuple souverain a envahi l’espace public pour faire entendre ses aspirations démocratiques et sociales (29 mai, CPE, retraites), il manifestait son exaspération vis à vis de l’accaparation du pouvoir par quelques uns.
Les motifs d’espoirs dans le monde sont légions. A chaque fois que le libéralisme semble remporter une nouvelle bataille, de nouvelles résistances émergent. La génération 700 euros grecque, les étudiants britanniques, les jeunes italiens se sont levés contre les politiques de rigueur et leurs conséquences. Il s’agit d’autant de démonstrations de la possibilité de renverser l’ordre établi et de transformer radicalement la société.

Ces mobilisations nous imposent d’être à la hauteur et d’être en capacité de transformer la société dans la durée en étant en lien permanent avec le mouvement social. Au pouvoir comme dans l’opposition, la gauche doit marcher sur ses deux jambes.
C’est quand la gauche apporte des réponses politiques aux aspirations de la société qu’elle la fait vibrer avec elle. Sur un continent où la liberté d’expression prévaut et où la démocratie formelle demeure, ne restons pas impassibles. Agissons alors avec autant de courage et de convictions que ces jeunes qui se mobilisent au péril de leur vie, de la torture et de l’emprisonnement politique pour conquérir la liberté, la démocratie et la justice sociale.
Portons ce projet de transformation sociale, qui rompt avec les dogmes du libéralisme et du marché-roi. La gauche sera victorieuse si elle assume que son objectif est de mieux répartir la richesse produite, que l’égalité est un principe intangible et que son objectif est essentiel à l’émancipation individuelle et collective.
Cette transformation interviendra si la reconquête d’une démocratie est pleine et entière. En France, cela passe par l’avènement d’une 6ème République où le gouvernement est responsable devant le parlement. Le mandat unique sera la règle, les nominations du ressort du Parlement et le retour de l’éthique en politique une réalité. Le secret défense ne peut être qu’une exception et chaque parlementaire pourra organiser une commission d’enquête s’il le souhaite. Les conflits d’intérêt seront strictement encadrés afin que la voix du peuple prévale toujours sur la voix de l’argent.

Dans le même temps, cette reconquête démocratique doit s’opérer au niveau européen et international. La gauche en France ne gagnera en 2012 que si elle porte avec conviction et persévérance le projet d’une République fédérale européenne, sociale et laïque. Qu’il s’agisse de politiques de droite comme de gauche, un contrôle par le parlement européen de la politique monétaire, budgétaire, ainsi que la possibilité de lever l’impôt et l’emprunt sont nécessaires.
C’est en expliquant comment, avec le peuple et pour le peuple, nous entendons reconquérir les espaces de démocratie perdus, que nous convaincrons de notre capacité à pouvoir transformer réellement et radicalement la société.

En mouvement pour changer la vie

Être la génération des conquêtes de la gauche

Nous aspirons à faire de la France un pays plus juste, plus égal. Nous portons un projet de transformation sociale pour rendre les hommes et les femmes plus libres car plus égaux, un projet où l’Etat permet à chacun de se réaliser en fonction de ses efforts, de son travail, et en aucun cas de sa naissance. Le devoir de la puissance publique est de mettre en place une nouvelle répartition des richesses, de garantir le droit à la dignité des individus par l’égalité et de permettre à chacun d’être libre, d’être maître de son avenir, quels que soient ses choix et son parcours.
Nous assumons toutes nos propositions, mêmes celles qui ne sont pas aujourd’hui populaires, même celles qui ne sont pas communément admises dans notre famille politique. On ne perd que les combats que l’on ne mène pas.

Ainsi, nous défendons le progrès social. Pour nous, il s’agit de :

  • pouvoir vivre de son travail et être rémunéré à la hauteur de celui-ci : augmentation des salaires, dès l’arrivée de la gauche au pouvoir, de 200 euros et limitation des écarts de revenus. Nous ferons du CDI la norme, nous taxerons les emplois précaires et pénaliserons les entreprises qui en abusent.
  • pouvoir consacrer plus de temps aux loisirs, la productivité ayant considérablement augmenté en dix ans, en créant une 6ème semaine de congés payés.
  • pouvoir se loger à un juste prix qui n’enrichisse pas continuellement ceux qui sont déjà les plus riches de notre société et qui vivent de la rente. Nous agirons pour faire baisser les prix des loyers à la fois par la construction de 500 000 nouveaux logements et par l’encadrement strict du montant des loyers.
  • pouvoir bénéficier du droit à l’éducation en se consacrant pleinement à ses études sans avoir à travailler et pouvoir à tout moment reprendre une formation.
  • être considéré comme un individu et non en fonction d’une appartenance réelle ou supposée à telle ou telle catégorie. C’est pour cela que nous proposons d’instaurer un pôle public de lutte contre les discriminations, de généraliser les CV anonymes et de rendre obligatoire la remise d’une attestation écrite en cas de contrôle d’identité, indiquant les motifs du contrôle.
  • avoir accès à la santé, aux meilleurs soins pour tous, quel que soit son lieu de vie.
  • être régularisé lorsque l’on est étranger en situation irrégulière quelle que soit sa situation.

Ces propositions sont ambitieuses. Nous proposons de les discuter avec la jeune gauche. Certaines ne coûtent rien quand d’autres nécessitent de réallouer les fonds de l’Etat à de nouvelles dépenses. Enfin, certaines participent à une nécessaire augmentation du budget de l’Etat. Les marges de manœuvre pour les rendre possibles existent et nécessitent du courage politique. Nous irons chercher les recettes là où nous le pensons juste : en augmentant les impôts de ceux qui peuvent contribuer plus fortement et en mettant fin à l’augmentation des impôts et des taxes des classes populaires.
La fiscalité est un outil pour une nouvelle répartition des richesses si elle se trouve au service de la croissance et de l’emploi et non pas à celui d’une clientèle électorale. Pour ce faire, l’impôt sur le revenu, dont la progressivité est à renforcer, sera fusionné avec la CSG et prélevé à la source sur tous les revenus quelle que soit leur origine. Les niches fiscales seront remises à plat. La fiscalité des entreprises sera revue, avec un impôt sur les sociétés progressif. La fiscalité sur le patrimoine sera un outil de lutte contre la reproduction des inégalités de génération en génération. Il est possible de dégager 80 à 100 milliards d’euros de nouvelles recettes par an pour relancer l’économie par l’écologie, investir dans le futur et financer un projet socialiste de justice et d’égalité.

Se donner les moyens de conquérir les pouvoirs

Nous incarnons un réformisme de combat. Nous serons à l’offensive, sur tous les territoires, sur tous les fronts. La gauche, pour vaincre et transformer la société, doit aussi changer.
La façon dont on arrive au pouvoir conditionnant toujours la nature de celui-ci, nous ferons des primaires une machine à gagner la présidentielle de 2012. Elles modifieront très clairement le démarrage de la présidentielle. Face à un candidat investi par un cercle fermé de gros donateurs, nous soutiendrons celui ou celle qui aura la légitimité d’une part importante du peuple de gauche. Il s’agit là d’un premier acte nous menant vers le changement, vers la fin de l’ordre établi. Aussi, l’enjeu sera qu’un maximum de personnes participe à ce processus, qu’elles soient socialistes ou non, à partir du moment qu’elles veulent changer radicalement le cours des choses. Il faut que la gauche, dans sa pluralité, soit associée à l’émergence d’un socle programmatique partagé. Il est encore temps d’appeler toute la gauche sociale et politique à venir participer à ce processus.
Le peuple de gauche, que nous ne pouvons décevoir une fois de plus, veut reprendre son destin en main. Incarnons alors ceux qui rendent les pouvoirs.
Nous avons l’ambition d’être le changement que nous voulons voir naître. Nous sommes cette génération changement qui, dans les 14 mois que nous avons devant nous, changera la façon dont on fait la politique. Donner la parole à tous, quels que soient les origines et les parcours de chacun, est un pilier de ce changement. La gauche aura la responsabilité de répondre au peuple, et de lui rendre la maitrise de son avenir. Nous nous y engageons.

Préparez le changement: restez informés!

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