Candidats à la primaire des idées

Contribution du Temps des ConquêtesLes contributions sont les expressions des sensibilités existantes au sein de l’organisation. Elles n’engagent pas le mouvement.

10 ans de droite au pouvoir. La France n’en est pas sortie indemne. Sur le plan économique, c’est le renoncement et la fatalité qui dominent. Renoncement quand il s’agit de constater que l’on ne peut rien aux grands mouvements financiers, quand on nous expliquent que le bien social des citoyens est moins important que la note décernée par les agences de notations financées par les banques. Fatalité quand on nous explique que l’impôt n’est qu’un outil d’équilibre des finances publiques et qu’il n’est pas un outil de régulation, de mise en action de politique sociale. Il nous reste quelques mois pour affirmer cette identité de la gauche, celle qui croit que des solutions sont encore possibles, au-delà du constat des économistes qui ressemblent de plus en plus à des météorologues annonçant crises et déficits sans trouver de moyens d’influer sur le système de production et le partage des richesses.

Le calendrier dans lequel nous pensons notre temps politique prends en compte un nouveau temps de la démocratie que les jeunes d’aujourd’hui doivent écrire. Jamais il n’y a eu de génération aussi qualifiée dans les pays développés et pourtant, l’abstention des jeunes n’a jamais été aussi forte. Devons nous revenir sur l’idée que l’éducation est la condition d’accès à la citoyenneté ? Non. Le constat que nous faisons aujourd’hui est qu’elle ne suffit pas. Le sentiment de ne pouvoir influer sur les événements, que les horizons sont bouchés et que les lieux de décisions sont réservés à une élite sont les marques d’une société qui creuse les inégalités, comme le condamné sa propre tombe. Ce que les jeunes aujourd’hui réclament, ce n’est pas de prendre le pouvoir, mais d’y prendre la place qui est la leur. Cette place, doit être reconnu, tant à l’échelle du désir individuel, que de l’action collective qui doit payer. Il n’est plus possible qu’un million de jeunes descendent dans la rue pour demander un droit à l’avenir en France sans être entendu, alors que de l’autre côté de la Méditerranée, c’est ainsi que l’on fait tomber les tyrans.

Les primaires devront donc être bien plus qu’un seul exercice de démocratie et de participation incontournable ou qu’un outil pour faire gagner la gauche en mettant en dynamique un candidat. Elles devront nous permettre de reprendre contact avec les Français, de débattre avec eux et de leur proposer un autre monde. Pendant plusieurs mois, le débat se fera autour des idées et des propositions socialistes. Un nouveau modèle social (I), le réarmement de la politique (II) et nos défis de demain (III) : nous amènerons les Français à débattre sur notre terrain. Encore faut-il être exigeants avec nous-mêmes et ne pas nous donner en spectacle : les médias ne nous louperont pas, les Français ne nous le pardonneront pas.

I. Inventer un nouveau modèle économique, social et environnemental

Une démocratie sociale et environnementale

Afin de répondre aux défis environnementaux et sociaux, nous affirmons que la politique et la démocratie sont les armes du progrès social. Nous devrons associer les syndicats, les salariés, les associations, les consommateurs et les usagers à la définition d’un nouveau modèle solidaire et durable. Les informations économiques seront publiques, les décisions collégiales, entre Etat, collectivités locales, salariés, actionnaires et monde associatif. La tyrannie du court terme doit céder devant l’intérêt général et la prise en compte des processus écologiques. Nous réorienterons notre modèle économique pour qu’il ne mette pas en péril l’avenir de notre culture et de notre planète. L’Économie Sociale et Solidaire constitue une réponse efficace à la crise et un embryon de modèle productif alternatif, où les moyens de productions appartiennent aux salariés et où la redistribution s’effectue au sein de l’entreprise. Le tiers secteur sera soutenu et promu par la puissance publique, par la modification des législations et l’outil fiscal.

Un changement des priorités de l’industrialisation

Nous devons jeter un regard neuf sur l’industrie en France et en Europe. Des secteurs stratégiques et innovants, offrant des emplois qualifiés et de qualité, doivent émerger. L’Etat doit réinvestir dans les grandes entreprises pour peser lors des décisions stratégiques. La mutualisation des efforts publics au sein d’une agence déclinée au niveau régional permettra de faire émerger un réseau de PME performantes pouvant s’étendre au-delà de nos frontières. Les domaines de l’éco-construction ou des réseaux de communication pourront être appuyés par la commande publique.

Le développement de la norme et de la fiscalité comme outils de régulation

Pour pallier l’affaiblissement du politique, nous devons retrouver des marges de manœuvre. Les outils coercitifs imposant un certain nombre de règles au monde économique et industriel existent. Nous défendons ardemment la révolution fiscale pour un grand impôt progressif, terreau de la redistribution. Mais la fiscalité doit également être utilisée comme un instrument de régulation des modes de production. L’impôt sur les sociétés sera modulé, au-delà d’une base fixe, en fonction des modes de production sur les critères suivants : forme des contrats de travail, effectivité de la démocratie sociale, empreinte carbone de la production. Les entreprises orientent leur production pour maximiser leur profit ; il faut que leur intérêt soit de respecter les normes sociales et environnementales.

Les services publics, moteurs de l’égalité des territoires et de l’émancipation des individus.

Les services publics s’inscrivent dans une réflexion salutaire relancée par la gauche sur la propriété : les services publics doivent être un bien commun, gérés, dans la mesure du possible, en régie, en établissement public ou en entreprise publique. Nous dénonçons les privatisations opérées par la droite, qui détournent ces services de l’intérêt général.

De même, nous nous inquiétons des politiques visant à rationaliser les coûts, à faire de l’usager un client, à tendre vers une logique du privé, dans les objectifs (rentabilité) et dans les structures des établissements (hôpital, université). Nous dénonçons la déstructuration des services en réseaux, où la logique de rentabilité l’emporte sur celle d’accessibilité universelle (Poste, énergie, transports).

Entre le citoyen qui a le droit mais pas les moyens et le client qui a le pouvoir de l’argent, les services publics s’adressent à l’usager. La force publique doit pallier les inégalités d’accès auxquelles le citoyens fait face, pour des raisons économiques, sociales ou géographiques. En ce sens, nous soutenons l’idée d’un grand bouclier rural contre une droite qui construit un désert de droit et de service. Cette double peine démographique et civique est un enjeu majeur aujourd’hui.

II. La démocratie à tous les étages

Renforcer la légitimité du politique pour renforcer la puissance publique.

Le renforcement de la puissance publique prend tout son sens au niveau international. Pour cela, une condition : la démocratisation des équilibres internationaux. Cette démocratisation, c’est le retour au politique, pour que les sommets internationaux ne soient plus une rencontre de puissants mais de représentants du peuple. Redonner une légitimité politique aux lieux de décisions mondiaux doit permettre d’imposer des règles sur l’équilibre du commerce, sur les mouvements financiers, la protection de l’environnement, mais aussi le progrès social. Enfin, le premier moyen de régulation efficace est la taxation des bénéfices sur les opérations financières. Il n’est plus possible que certains fassent de l’argent en dormant, quand 2 milliards d’êtres humains souffrent de la faim.

Le premier échelon de ce mouvement de régulation est l’Europe. Mais dans un cadre institutionnel qui permette enfin de faire l’Europe des peuples et non plus celle des populistes ou des financiers. Cette Europe sociale nécessite également un changement dans notre appréhension du politique et du cadre de nos luttes. Des institutions reconnues pourront imposer un traité social et une harmonisation fiscale. Toutefois, un transfert de compétences sociales et fiscales dans le cadre des coopérations renforcées pourra être envisagé.

Rénover nos institutions : la Sixième République

Une nouvelle Constitution instaurera une Sixième République faisant du Premier Ministre, chef du gouvernement, et du Parlement les deux poumons de nos institutions. Le pouvoir législatif sera revitalisé en imposant strictement le non-cumul des mandats et la parité. L’indépendance de la Justice sera réaffirmée en la détachant du pouvoir exécutif. La neutralité des autorités administratives participera de l’impartialité de l’Etat, nouant un rapport de confiance avec la société. Des règles strictes contre les conflits d’intérêt doivent être prises.

Nos organisations politiques doivent être exemplaires dans leur fonctionnement démocratique. Non cumul, parité intégrale, renouvellement, ouverture, transparence, voilà ce que nos organisations doivent être pour à nouveau ré-enchanter la politique et couper court à la tentation du “tous pourris”.

Une République décentralisée

Enfin, nous achèverons le processus de décentralisation : d’une part en garantissant une autonomie fiscale aux collectivités, d’autre part en maintenant le clause générale de compétence et en étendant les compétences des régions, notamment en terme de développement économique, d’aménagement du territoire, de planification des services publics. Nous reviendrons sur la réforme des collectivités pour garantir la démocratie à tous les échelons décentralisés.

III. Les combats de demain

La santé

La régulation de la démographie médicale conduira à un égal accès aux soins en France, en maniant les incitations financières et les pénalités pour ceux qui ne joueront pas le jeu de l’égalité territoriale. La lutte contre le lobby pharmaceutique, gangrené par les conflits d’intérêt avec les organismes de régulation et le monde politique, sera au cœur d’une politique de maîtrise des déficits de la Sécurité Sociale, à côté de grandes campagnes nationales de prévention. Nous prendrons la défense acharnée de la médecine du travail et l’amélioration des conditions de travail, et tiendrons compte de la pénibilité dans le calcul des droits à la retraite.

L’emploi

Nous reverrons la totalité des exonérations de cotisations fiscales pour redonner tout son sens à la notion de salaire socialisé et faire en sorte que le travail contribue à la solidarité nationale. En cela, lutter contre le chômage, c’est favoriser la solidarité de tous avec tous, c’est faire sortir de cette terrible situation d’exclusion sociale ces hommes et femmes qui sont stigmatisés aujourd’hui. La formation continue, dans le cadre d’une sécurité sociale professionnelle assurant la portabilité des droits sociaux, limitera ses périodes d’inactivité. Un plan en faveur de l’emploi des jeunes via un système de tutorat avec un salarié senior, et une politique d’embauche publique sur les quartiers les plus difficiles, résorbera la poche de chômage chez les plus jeunes.

L’éducation

L’éducation doit permettre l’émancipation de l’individu. Deux méthodes complémentaires pour aller vers une école réellement émancipatrice. La décentralisation : l’Etat fixant des objectifs globaux, en laissant une marge de manœuvre aux établissements pour les atteindre. Pas de programme strict, grande diversité pédagogique selon les établissements… l’ensemble de ces choix doivent être effectués en associant un comité de gestion composé d’élus locaux, de parents d’élèves et de professeurs. La personnalisation : les élèves ont certes un socle commun, mais une très grande place est faite au suivi individualisé, possible grâce à des classes réduites. C’est l’école qui doit offrir à chaque élève le nombre d’heure qui lui est nécessaire pour être au même niveau que ces camarades dans une matière donnée.

* * *

Nous ne réussirons pas les primaires si nous sommes de simples distributeurs de tracts. Nous ne réussirons les primaires que si nous les saisissons comme un formidable outil d’émancipation et de formation des militants, qui iront débattre dans tous les espaces de la vie sociale. Les primaires remettent les militants et les idées au centre du jeu ; elles relèguent les appareils en périphérie, en outil d’organisation et de mobilisation.

Ce que nous voulons pour notre famille politique, nous le voulons également pour notre organisation, le MJS. Nous ne serons en dynamique que si nous faisons confiance aux acteurs de proximité.

Bref, nous voulons que nos idées, développées ci-dessus, imprègnent la société, non pas par un matraquage médiatique, non pas par des campagnes de communication avec de belles couleurs, mais par l’intelligence collective des socialistes qui s’exprime. Nous ne devons pas tomber dans un piège qui consisterait à privilégier la forme, ça serait nier l’essence même de ce nouvel espace de démocratie et de participation citoyenne. Avant de faire des primaires un combat de personnes, que la famille socialiste anime la confrontation des idées.

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