Partis : rendre publique la liste des donateurs

Par Laurianne Deniaud, présidente du Mouvement des Jeunes Socialistes

Quand la démocratie est mise à mal, elle ne retrouve sa force qu’en étant encore plus démocratique. Dans l’affaire Bettencourt, c’est l’ignorance délibérée de la notion de conflit d’intérêt qui choque. Certains cumuls de fonctions, comme celles de ministre des Finances et de trésorier d’un parti, par un homme qui a mis la levée de fonds auprès de riches donateurs au cœur de sa stratégie, sont indignes même s’ils ne sont pas aujourd’hui illégaux. Nous souhaitons qu’ils le deviennent.

Si la loi encadre les financements aux partis politiques, interdisant les dons des personnes morales et limitant ceux des personnes privées, c’est pour éviter que des responsables politiques soient corrompus par des pouvoirs d’argent et en viennent à confondre l’intérêt général avec l’intérêt de leurs donateurs. Ces derniers jours ont permis de révéler à quel point l’UMP a su profiter des failles de la loi de financement des partis politiques. Alors que l’esprit de la loi était de limiter à 7 500 euros les dons d’un individu à un parti et à 4 500 euros les dons à une campagne, la droite sarkozyste a su établir les montages juridiques pour les contourner.

Avec la multiplication des petits partis, il est possible pour un individu de verser 7 500 euros à chacun d’entre eux, qui peuvent financer la même démarche politique. Ainsi nous avons pu apprendre que Mme Bettencourt a versé 7 500 euros à l’UMP mais aussi au microparti de monsieur Woerth, à la campagne de Mme Pécresse, en toute légalité. Placement rentable, quand on sait qu’elle a pu toucher 30 millions d’euros au titre du bouclier fiscal.

Il est en outre impossible de savoir si d’autres versements ont été effectués car il n’y a pas en France de publication de la liste des donateurs et des montants. La publication de telles listes est pourtant courante dans d’autres démocraties. Aux Etats-Unis le Comité fédéral des élections (FEC) publie pour chaque campagne les noms des donateurs, ainsi que leur adresse, le nom de leur employeur et la responsabilité dans l’entreprise de tous ceux qui font des dons supérieurs à 200 dollars. Cela permet de rendre visible les dons effectués par d’importants responsables d’une même entreprise.

Face à un tel climat de fautes et de suspicions, seule une plus grande transparence permettra de redonner confiance aux Français en la politique en s’inspirant des pratiques d’autres démocraties. Il est temps que notre pays adopte une nouvelle loi d’encadrement des financements des partis politiques. Un montant maximal des dons et cotisations aux organisations politiques par personne et par an doit être défini autour de 15 000 euros. La liste et le montant des dons supérieurs à 1 000 euros doivent être publiés. Les dons multiples de hauts responsables d’une même entreprise ou de prête-noms doivent pouvoir être interdits s’il apparaît qu’ils constituent une stratégie d’influence manifeste.

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3 commentaires

  1. onestdesbleus

    18 juillet 2010 à 16:54

    M.Wauquiez commissionnaire de l’UMP

    L’argent de la spéculation c’est-à-dire l’argent extorqué aux différents contribuables du Royaume-Uni et d’autres pays coule à flot à la City.Cet argent est même une des principales sources de revenus des financiers et donc de la City.L’existence d’une telle manne n’a pas échappé à l’attention des caciques de l’UMP toujours soucieux d’alimenter régulièrement les caisses de leur parti.C’est donc naturellement qu’ils s’adressent à ceux qui sont susceptibles de les financer.Le problème(au-delà de la question des lois régissant le financement des partis politiques=des lois existent!)c’est que ce même argent s’est trouvé faire défaut il y a peu:certaines banques étaient ruinées,en faillite et ont été recapitalisées…..avec l’argent du contribuable sans qu’aucune contrepartie ne leur soit demandée.A l’oeil en quelque sorte les banques ont reçu de très grosses sommes d’argent qu’elles ont en partie remboursé aux Etats prêteurs.Les plans de rigueur(jusqu’à étrangler certains foyers ou ménages en Europe)sont venus rappeler aux populations européennes que l’argent prêté aux banques faisait défaut aux finances publiques qui se trouvent effectivement dans une situation…catastrophique.Or ce même argent qui fait défaut aux finances publiques et aux ménages(érosion continuelle du pouvoir d’achat) se retrouve dans les caisses du parti au pouvoir en France.La pérennité du système économique actuel-fondé sur la toute-puissance des marchés financiers-ne peut-être garantie que grâce à l’existence de gouvernants faisant office de gardien de cette pérennité.Si au passage(tout travail méritant salaire !)ces gouvernants,parfaitement intègres, « droits dans leurs bottes », faisaient de menus prélèvements(se « sucraient ») sur les commissions,s’octroyaient disons un « pourcentage »,ce ne serait pas franchement surprenant.Du reste,qui pourrait les en blâmer ?En effet il faudrait qu’un juge d’instruction(indépendant du pouvoir c’est-à-dire du parquet) soit chargé de l’affaire.Or le juge d’instruction est sur le point d’être supprimé.M.Wauquiez peut donc dormir tranquille et passer de bonnes vacances décidemment bien méritées.Quoiqu’on dise M.Woerth,Mme Woerth,M.Wauquiez et certainement d’autres(restés discrets parce que modestes voilà tout) n’ont visiblement pas ménagé leurs efforts voire leur peine pour financer l’UMP au cours de ces dernières années.De la belle ouvrage ma foi méritant au minimum de bonnes et reposantes vacances sur la côte ou dans des îles.La démocratie française est malmenée ?C’est excessif.Ne sommes-nous pas tous des commissionnaires de l’UMP ?

  2. MF

    21 juillet 2010 à 12:07

    - Non, je ne suis pas d’accord. Si je donne une somme d’X euros à un parti je n’ai pas obligatoirement envie pas que mon nom soit publié. J’ai le droit à ma vie privée.

    - Publier une liste avec mon nom c’est m’attribuer à vie à un parti et être référencé en temps que tel. Mon engagement est personnel.

    Avec une telle liste, quand on tapera mon nom sur Google, je serai directement visible et catégorisé proche du PS.

    - J’ai le droit et ne souhaite pas afficher publiquement mes dons.

  3. romuald

    22 février 2011 à 23:16

    l’engagement politique ne peut pas être privé en “res publica”…
    il faut être capable d’assumer ses choix sinon ses actions n’ont aucun sens.
    que le PS donne l’exemple à l’UMP en publiant la liste de ses donateurs.
    financer un parti politique est une action dont les conséquences concernent toute la population, dans un régime démocratique il faut avancer à visage découvert, sinon l’opacité jette le trouble et pourrit le noble art que devrait être la politique.

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