Politique et football peuvent-ils aller ensemble ?

Un scénario pour l’Amérique Latine en 2010

L’année 2010 s’annonce très mouvementée dans le scénario politique d’Amérique Latine. Élections, conflits régionaux et l’attente de la Coupe du Monde sont quelques éléments qui seront à la carte cette année. Coupe du Monde ? On pourrait se demander quel est le lien entre la politique et le football. Coïncidence ou non, les pays latino-américains qualifiés pour la Coupe du Monde auront une année politique décisive face à eux.

En Uruguay, l’ancien « guerillero » José “Pepe” Mujica est devenu président. Il sera le responsable pour donner de la continuité aux conquêtes économiques et sociales réalisées par le Frente Amplio (alliance de plusieurs partis de gauche) de l’actuel président Tabaré Vázquez. Paradoxalement, en même temps que son élection, les Uruguayens ont rejeté, par référendum, l’annulation de la loi de « caducité » qui a longtemps empêché toute poursuite contre les militaires coupables de violations des droits de l’homme pendant la dictature de 1973 à 1985.

Dictature et football ont toujours été liés en Amérique Latine. Alors que les brésiliens étaient fascinés par l’arrivée de la télévision en couleurs pour accompagner la victoire de la Coupe du Monde de 1970, une sinistre dictature militaire mettait au point l’Opération Condor, vaste plan de coordination entre les dictatures militaires latino-américaines destiné à lutter contre les opposants aux régimes militaires, dans tout le continent. Le même phénomène a été observé 8 ans après en Argentine. La Coupe du Monde de 1978 avait alors lieu dans ce pays. Au pouvoir, une junte militaire dirigée par le général Videla faisait régner la terreur dans le pays (le coup d’état de Videla s’inscrit dans la vague de coups d’états militaires qui entraînent la multiplication des dictatures violemment répressives : Brésil en 1964, Bolivie en 1971, Chili et Paraguay en 1973). La victoire de l’Argentine en finale face aux Pays-Bas, a été une aubaine pour le régime de Videla, qui n’hésita pas à défiler aux côtés des joueurs. Ce fut donc un grand succès pour la dictature argentine, lui permettant de restaurer son image, pour un temps seulement, au sein du pays comme aux yeux de l’étranger. Le bilan de la dictature en Argentine atteindra finalement les 30 000 disparus.

Le football a été longtemps un moyen « d’oublier » les années des sinistres dictatures en Amérique Latine. Cependant, il n’a pas toujours été un élément pacificateur. Il suffit d’observer ce qui s’est produit entre le Honduras et le Salvador. Au lendemain d’un match, l’armée salvadorienne mène une attaque aérienne contre l’aéroport de Tegucigalpa, déclenchant « la guerre du football » (1969). Cette guerre qui a duré cent heures a fait deux mille morts et des milliers de blessés. Le traité de paix entre ces deux pays n’est signé qu’en 1980. Vingt ans après, le Honduras est revenu à la une des journaux : non pas à cause de leur 2ème qualification en Coupes du Monde, mais en raison d’un « coup d’Etat d’un genre nouveau », au cours duquel le président Manuel Zelaya a été pris en otage, chez lui et en pyjama, par l’armée, qui cherche à se faire passer pour le garant de la démocratie, arguant qu’il ne s’agissait pas là d’un coup d’Etat militaire classique du siècle dernier où les militaires destituaient un gouvernement démocratique, prenaient tous les leviers du pouvoir, supprimaient les garanties constitutionnelles et imposaient une dictature sanguinaire. Là encore, de bons résultats en Afrique du Sud permettraient aux honduriens d’ « oublier » tous les conflits internes.

Les parallèles entre la politique et le football ne s’arrêtent pas là pour les pays latino-américains qualifiés pour la Coupe du Monde. Au Chili, après 20 ans pendant lesquels la Concertacion (coalition de centre-gauche) dirigeait le pays, la droite revient au pouvoir avec Piñera, patron d’un grand club de football (Colo Colo). L’actuelle présidente socialiste Michelle Bachelet n’a pas réussi à transférer sa côte de popularité de 80% au candidat de la Concertacion, Eduardo Frei. Le même phénomène peut se reproduire au Brésil, où la candidate soutenue par Lula (Dilma Rousseff) part derrière dans les sondages. Lula, le Parti des Travailleurs et ses alliés pourront-ils profiter d’une éventuelle victoire du Brésil en Coupe du Monde pour inverser les sondages ? Les paris sont lancés, mais une chose est sûre : le MJS n’attendra pas la fin de la Coupe du Monde pour lancer un partenariat avec des Jeunesses Socialistes d’Amérique Latine. Après le congrès de la IUSY et le passage de sa nouvelle présidente, Viviana Piñeiro, par Paris, le coup d’envoi a été donné lors d’une soirée ciné-débat sur la dictature en Amérique Latine qui a eu lieu le 12 avril dernier à Paris.

Préparez le changement: restez informés!

1 commentaire

  1. le gall

    14 septembre 2010 à 13:49

    Bonjour, j’ai trouvé ce papier intéressant. Je suis étudiant en master d’histoire des relations internationales et je compte orienter mon mémoire sur les liens entre le football et la politique en Amérique latine. C’est pourquoi je souhaiterai éventuellement prendre contact avec l’auteur de cet article pour débattre de ce sujet plus longuement.
    Cordialement

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