Les jeunes et la précarité : mettre fin au bizutage social

Contribution des Jeunes Socialistes, adossée au texte d’orientation, à la convention pour un nouveau modèle de développement économique, social et écologique.


Depuis plus d’un an, la France est frappée par la crise économique et financière mondiale. Si les origines de cette crise sont connues et dénoncées de longue date par la famille socialiste, elles ont longtemps été niées par le Président de la République et son gouvernement. Les répercussions sociales quant à elles sont bien réelles et touchent durement les classes populaires. Parmi eux : tout particulièrement les jeunes.

Les jeunes sont les premières victimes de la crise actuelle. Du décrochage de l’intérim au gel des embauches en passant par le gel des salaires, les jeunes sont durement touchés par la conjoncture. Ainsi, le chômage des 15/24 ans a augmenté deux fois plus vite que le chômage global au cours des années 2008 et 2009. Cet indicateur, combiné aux annonces successives de chômage partiel, de fermeture d’entreprises et des difficultés financières, est une alarme pour l’avenir d’une génération qui connaît, depuis le tournant libéral des années 1970, le chômage de masse et la précarité dans l’emploi.

Les politiques économiques et sociales menées par les gouvernements de droite depuis 2002 sont responsables de cette situation. La droite épouse le modèle libéral, qui fait des jeunes une variable d’ajustement et un laboratoire pour casser les protections collectives. Nouveaux entrants sur le marché de l’emploi, ils sont plus enclins, à accepter des conditions de travail plus précaires, moins soumises à des règles collectives ; à l’instar de l’emploi des femmes et des immigrés, cela conduit à affaiblir sur le long terme les conditions de l’emploi des salariés.

La crise que nous connaissons n’a fait qu’amplifier les difficultés que la France et les jeunes rencontraient déjà avant le déclenchement de ce marasme économique.

Ainsi, les années 2008 et 2009 auront été marquées du sceau du renoncement et de l’échec pour la jeunesse :

  • le renoncement du Président de la République à redonner espoir à une génération qui n’a plus que pour seule perspective de vivre moins bien que celle de ses parents. Une génération qui ne sait pas si elle pourra trouver un emploi suffisamment stable pour penser l’avenir et vivre décemment. Une génération qui n’arrive même plus à se loger convenablement… une génération tout simplement sacrifiée.
  • l’échec d’une politique qui devait redonner du pouvoir d’achat aux Français, une meilleure formation professionnelle pour soutenir la croissance et l’emploi pour les jeunes. En réalité, elle n’a eu pour seul effet que d’aggraver les inégalités économiques et sociales qui frappent la jeunesse, en favorisant la rente au détriment du travail, les profits au détriment des salaires, le chômage au détriment de l’emploi, la précarité au lieu de l’amélioration des conditions de vie.

L’illustration la plus emblématique en est le paquet fiscal, dont aucune mesure ne concerne véritablement les jeunes, sauf une : l’exonération d’impôt sur le revenu de salaires d’étudiants. C’est-à-dire qu’on encourage des étudiants à travailler en plus de leurs études, soit pour diminuer le revenu fiscal de leurs parents, soit pour maintenir encore plus ces jeunes dans la précarité des petits boulots, du surmenage et des salaires indigents.

La politique du gouvernement a aggravée les conséquences de la crise : la politique d’exonérations pour les heures supplémentaires a été dévastatrice, tant sur le plan de la répartition salariale globale que sur le taux de chômage ; l’allongement de la durée de cotisation retraites en 2003 a contribué à maintenir les plus de 57 ans en activité et a donc aggravé le chômage des jeunes ; le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux aggrave l’insertion des jeunes ; quand on ajoute à cela la fin des emplois jeunes , le recul des subventions pour les emplois dans les associations… démonstration est faite que la droite est responsable du bizutage social que vivent les jeunes.

Toutes ces difficultés rencontrées par la jeunesse ne sont pas nouvelles, mais elle ont été accentuées par la crise que nous traversons et se traduisent dans de nombreux domaines de la vie quotidienne.

Logement

Le logement représente le premier poste de dépense pour les jeunes actifs et les 54 % d’étudiants qui ne vivent plus chez leurs parents (plus d’1 million de personne). Les jeunes qui gagnent bien moins que leurs aînés, paient en valeur absolue, des loyers 4 fois plus chers, notamment parce qu’ils sont très peu à avoir accès au logement social à cause du délai d’attente (parfois 10 ans !)

Les petits logements ont des prix au mètre carré de 40 à 50 % plus élevés que ceux des grands logements. Ainsi, les jeunes paient des loyers les plus chers du marché, alors que ce sont ceux qui disposent a priori des revenus les plus faibles et 17 % d’entre eux ont des retards de paiement.

Le montant du dépôt de garantie est fréquemment un obstacle qui empêche de nombreux jeunes de conclure un bail locatif et de s’émanciper du domicile familial pour accéder à l’autonomie, à défaut de l’indépendance : 55 % des moins de 26 ans habitent chez leurs parents.

L’âge constitue une inégalité majeure en terme de logement. Le taux d’effort net après allocation logement s’élève à 22,3 % du revenu pour les moins de 25 ans, à 16,3 % du revenu pour les 25-29 ans, grevant d’autant leur niveau de vie, alors qu’il n’est que de 8,8 % pour les 45-59 ans et de 4,5 % pour les plus de 60 ans.

Ce lourd poste de dépense ponctionne la consommation des jeunes qui se voit ainsi restreinte sur les autres postes de dépenses essentiels (nourriture, transports, santé et frais d’inscription…)

Ce sont les étudiants qui ne travaillent pas qui se voient allouer les montants les plus hauts d’allocation, car ceux qui travaillent ne peuvent souvent bénéficier que d’un faible niveau d’allocation du fait de leur salaire.

L’Union nationale pour l’habitat des jeunes rappelle que plus de 11 millions de jeunes de 15 à 29 ans ont besoin de se loger sur un marché de plus en plus restreint et inaccessible.

Par ailleurs, les jeunes de 18-25 ans représentent plus d’un tiers des SDF alors que leur classe d’âge ne représente que 23% de la population française.

Toujours plus de jeunes résidents dans des foyers de jeunes travailleurs mais sans aucune hausse de budget pour ces structures. Ce n’est pas en baissant chaque année les crédits budgétaires alloués au logement que le gouvernement répondra à l’urgence de la situation.

Loyers prohibitifs, cautions exorbitantes et garanties démesurées, tels sont les fondements du mal logement de nombreux jeunes: sous ou colocation forcée, résidences, squats, etc…

Parce que donner à chaque jeune la possibilité de démarrer sa vie d’adulte dans de bonnes conditions est une question de civilisation, le logement des jeunes doit être au cœur des politiques de jeunesse.

Insertion professionnelle et emploi

L’insertion professionnelle est, de manière générale, une étape difficile pour chaque jeune qui débute sa vie professionnelle. Ces difficultés s’accentuent particulièrement en période de récession. Si le niveau d’étude et le diplôme apparaissent encore comme la meilleure garantie contre le chômage, ils n’en protègent pas moins contre la précarité.

En effet, parmi les non diplômés de la génération qui entre dans la vie active en 2004, 31 % sont toujours chômeurs en 2007, 17 % des diplômés à bac +4 en 2004 restent chômeurs en 2007, 6% des diplômés de master en lettres, sciences humain, gestion et droit sont encore au chômage en 2007 et 4 % des diplômés d’une écoles d’ingénieur demeurent chômeurs en 2007.

La réussite de ses études reste inexorablement conditionnée à ses revenus car l’on constate que 2/3 des étudiants sont contraints de prendre de petits boulots en parallèle et accèdent ainsi à des emplois précaires. Se protéger contre le chômage est devenu un véritable luxe. Le mot « jeune » raisonne désormais avec apprentissage de la précarité.

En 1975, les salariés âgés de 50 ans gagnaient en moyenne 15 % de plus que les salariés âgés de 30 ans. Aujourd’hui, l’écart est de 40 %.

Cette dégradation du niveau de vie des jeunes générations est liée en premier lieu à la baisse des salaires d’embauche. Le chômage et l’effet de déclassement qu’elles subissent ne font qu’amplifier cette tendance.

Les jeunes d’aujourd’hui souffrent bien d’avantage que les autres tranches d’âge de la pression du manque d’emploi. Ils sont fortement touchés par le chômage: plus d’un jeune de moins de 25 ans sur 5 est sans emploi. Le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans en France est un des plus élevé d’Europe. En 2007, il est de 19,4 %, c’est à dire plus du double du taux de chômage national, alors que le taux de l´Union européenne à 25 est à 15,2 %. La France appartient au 5 pays d´Europe où ce taux est le plus élevé, elle se situe clairement en fin de peloton.

De même, le taux d´emploi des jeunes de 15 à 24 ans dans l´Union européenne en 2007 est de 38,2 %, alors que le taux français est de seulement 31,5 %. La proportion de jeunes au chômage est de 7,3 % en France, alors qu´elle est de 6,8 % dans l´UE à 25. On reste toujours parmi les pays au taux le plus élevé et bien loin des autres grands pays européens.

La France reste l’un des pays développé où les jeunes faiblement qualifiés sont les plus nombreux. Mais au final, ce ne sont pas les chômeurs sans qualifications qui ont occupé les postes supplémentaires, leur situation est restée toujours aussi difficile. En réalité, ce sont surtout les jeunes fraîchement sortis du système scolaire qui les ont occupés, alors qu’ils étaient pourtant nettement plus diplômés que leurs aînés. C’est ainsi qu’est né le sentiment grandissant de déclassement et de surqualification.

Une étude réalisée en 2001 auprès de personnes ayant pris un emploi déclassé l’année précédente montre que seule 28 % étaient parvenus à trouver un autre poste correspondant à leur niveau de compétence, pendant que 40 % restaient dans la même situation et alors que 32 % étaient au chômage.

Cette génération aura connu la généralisation des stages comme passage obligé avant l’obtention d’un emploi, souvent précaire.

Il est essentiel que les remparts face au chômage soient, d’une part un niveau d’études élevé et d’autres part, la la capacité à se former tout au long de la vie, y compris dans les périodes entre deux emplois.

Santé

En France, les inégalités sociales de santé ne cessent de se creuser. Les reculs législatifs concernant l’accès aux soins et la couverture maladie nous poussent à continuer notre combat pour défendre un système de santé solidaire. Il est donc nécessaire de créer de nouvelles formes de sécurisation, notamment dans l’accès aux soins et de promouvoir une autre conception de la santé à travers une vision à long terme.

Les jeunes sont les premières victimes des dites « réformes » du gouvernement. En effet, 12,5 % des jeunes vivant sous le seuil de pauvreté sont âgés entre 18 et 24 ans, 13 % des étudiants n’ont pas de complémentaire-santé et 25 % d’entre eux renoncent aux soins faute de moyens, particulièrement pour les soins les plus onéreux (dentaire, optique…).

Le gouvernement continue d’ignorer la vulnérabilité des jeunes face à l’accès à la santé.

Les propositions formulées par le MJS pour sortir les jeunes ce bizutage social

La situation actuelle des jeunes est le résultat d’années de politiques libérales des différents gouvernements de droite. La flexibilisation des conditions de travail ne réduit pas le chômage, elle accentue l’exploitation au bénéfice des entreprises ; le chômage de masse est devenu un moyen pour le patronat d’améliorer le rapport de force en sa faveur.
Une politique de gauche doit d’abord avoir comme objectif de renouer avec le plein emploi, et de cesser de considérer les jeunes comme une catégorie à part.

Permettre à chacun de faire ses propres choix de vie, protéger la formation et l’insertion professionnelle : une allocation d’autonomie universelle et individualisée

L’allocation d’autonomie a pour vocation de permettre à chaque jeune de construire son projet de vie indépendamment de son origine sociale ou de sa situation familiale.

Son montant doit être individualisé, en fonction de la situation propre du jeune, et non plus en fonction de celle de sa famille. La situation de chacun serait évaluée selon plusieurs critères: logement indépendant ou non, coût de la vie, mobilité à l’étranger, etc.

Elle serait attribuée à tous les jeunes sur la base d’un projet de formation, et liée à la poursuite effective de ce projet (comme pour les bourses d’études, on ne pourrait la toucher que dans la limite d’un redoublement par cycle universitaire). Un plafond d’heures travaillées et de revenus salariaux serait fixé, au-delà duquel le jeune en formation n’aurait plus accès à l’allocation autonomie, son statut de salarié primant alors sur celui d’étudiant.

Chaque jeune aurait alors à remplir une déclaration fiscale indépendante pour pouvoir bénéficier de l’aide.

L’allocation autonomie serait bien plus juste que le système actuel, qui aide surtout les familles, et davantage les familles aisées.

Elle incarne une gestion du système par les jeunes eux-mêmes. Ils doivent pouvoir gérer les fonds destinés à permettre leur formation et leur insertion. C’est aussi une aide unique, pour l’ensemble de ces jeunes dont le financement proviendrait de la mise en commun des aides aujourd’hui existantes (7 milliards d’euros, soit la moitié de la somme nécessaire) et de la mobilisation de moyens supplémentaires, qui pourraient provenir à la fois de l’Etat et de remise en cause d’exonérations de cotisations sociales patronales accordées.

Il s’agit donc bien d’une question de priorité politique, au regard du paquet fiscal, des niches fiscales ou des niches sociales.

Sur le modèle d’une aide à la recherche du premier emploi, cette allocation d’autonomie doit protéger les jeunes en formation comme en insertion.

Mettre en place un véritable service public du logement

  • Plafonner l’augmentation des loyers (à travers une clause anti-spéculative dans le cadre d’un renouvellement de bail ou d’une relocation du logement)
  • Faire intervenir l’Etat dans le marché de l’immobilier, notamment dans un véritable plan d’aménagement du territoire
  • Réquisitionner les immeubles vides et destinés à la spéculation
  • Débloquer de réels moyens pour le logement étudiant, la construction et la rénovation des résidences universitaires et des foyers de jeunes travailleurs pour lutter contre la précarité des conditions de vie de la jeunesse
  • Exonérer de la taxe d’habitation les jeunes de moins de 26 ans
  • Augmenter les allocations logement à destination des jeunes, face à l’augmentation spéculative des loyers
  • Mettre en place un service public de la caution pour les jeunes en formation et en insertion professionnelle, et sanctionner les bailleurs qui la refuse pour le rendre effectif

Un emploi durable pour tous

  • Le plein emploi doit redevenir un objectif prioritaire de l’Etat
  • Mettre en place plan massif de recrutement dans la fonction publique, en renforçant et en développant les services publics
  • Mettre en place une Sécurité sociale professionnelle intégrant les questions de formation continue, de remise à plat de l’indemnisation de la période de privation d’emploi ou encore de redéfinition des processus d’aide à la création d’entreprise pour les privés d’emploi.
  • Une rémunération des stages dès le premier mois, progressive en fonction du niveau d’études et de la durée du stage.
  • Une prise en compte des stages pour les droits sociaux (dont retraite, impliquant une cotisation)
  • Une traçabilité des mouvements d’entrée/sortie des stagiaires de la même manière que les salariés avec un contrat de travail.
  • Un quota maximum de stagiaires par entreprises en fonction de son niveau d’effectifs.
  • Une limitation en durée des stages, au-delà de laquelle un stage deviendrait un CDD
  • Un contrôle des objectifs pédagogiques des stages
  • Refaire du CDI la norme effective (en agissant sur la fiscalité des entreprises)

Santé

  • Mise en place d’une carte santé « jeune ». Ce dispositif permettrait aux jeunes de pouvoir accéder à l’ensemble des structures de santé sans avancer un centime (du médecin traitant à l’hôpital).
  • Création d’un chèque santé sous conditions de ressources, afin d’encourager les jeunes à adhérer à une mutuelle
  • Assises pour la santé des jeunes avec l’ensemble des organisations syndicales, politiques et mutualistes.
  • Plan gouvernemental prioritaire pour favoriser l’accès à la santé des jeunes.

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1 commentaire

  1. Les tweets qui mentionnent MJS › Les Jeunes Socialistes › Les jeunes et la précarité : mettre fin au bizutage social -- Topsy.com

    27 avril 2010 à 12:49

    […] Ce billet était mentionné sur Twitter par vivien.wack, Mjs France. Mjs France a dit: Les jeunes et la précarité : mettre fin au bizutage social: Depuis plus d’un an, la France est frappée par la cris… http://bit.ly/cLjdx1 […]

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