Antoine Détourné à La Rochelle : “Un rendez-vous des socialistes avec leur nature.”

Cela fait bizarre que l’on dise à nouveau du bien de nous, un dimanche matin à La Rochelle .

Pour commencer, je voudrais vous raconter une anecdote, qui n’en est plus tout à fait une, tant elle s’est répétée. Cette anecdote, c’est celle du militant ou de la militante du MJS qui va pour la première fois en réunion de section.

Quand on arrive en réunion de section, qu’on est jeune, on vous regarde un peu bizarrement en général – c’est bien normal, des jeunes, il n’y en a pas forcément beaucoup-, on se demande souvent quel courant a bien pu envoyer ce jeune adhérer au Parti Socialiste.

On vient toujours vous dire bonjour, d’abord le maire, le député, le conseiller général – c’est d’ailleurs trop souvent la même personne-, puis le secrétaire de section, puis celles et ceux qui aspirent à prendre leur place. La réunion se déroule, et à la fin, on est toujours un peu perdu. Dans ces cas-là, la seule personne qui vient vous parler, c’est une ou un camarade très âgé qui est un peu le papy ou la mamy de la section.

A la fois symbole et mascotte des socialistes locaux, ils portent souvent la mémoire des combats, et notre histoire. Ce papy ou cette mamy vous raconte la guerre, la libération, Guy Mollet, Epinay, 81, 97…

Bon d’accord, c’est toujours un peu romancé, mais ça parle vrai, ça touche aux tripes. Eh bien, chers camarades à la fin de ce récit, quand le papy ou la mamy, s’apprête à conclure, bien souvent, il ajoute une phrase qui en dit long sur l’état de notre famille politique.

Cette phrase, c’est la suivante: « heureusement qu’il y en a encore quelques jeunes, vous êtes ma dernière raison d’espérer ». Je peux vous assurer que pour une première réunion, c’est tout de même assez lourd à porter!

Alors, dans ce parti fort de ses 150 000 militants, dans ce parti fort des conquêtes sociales qu’il a laissées dans l’histoire de notre pays, dans ce parti fort d’une opposition de plus de 200 députés à l’Assemblée nationale, dans ce parti qui dirige la majorité des collectivités territoriales dont les services publics comptent dans le quotidien de nos concitoyens, c’est trop souvent au MJS que revient la responsabilité d’incarner le dernier espoir pour nos camarades anciens.

Bien sûr, ce n’est pas qu’aux jeunes socialistes de porter cet espoir, ce n’est à aucune génération de le faire, encore moins à un courant ou à tel ou tel de nos dirigeants, mais bien à l’ensemble des socialistes.

Alors, tant bien que mal, nous essayons d’alimenter cette flamme de l’espoir qui vacille. Mais la tâche n’est pas aisée.

Que l’on tergiverse sur nos alliances, cela interroge.

Que l’on préfère parler des 10 dirigeants du parti qui font de l’agitation plutôt que des 149990 autres militants qui bossent, cela fait mal.

Mais que certains camarades démontrent une plus forte capacité d’indignation face aux paroles d’autres socialistes, plutôt que de s’opposer avec autant de vigueur aux actes antisociaux de la droite la plus dure depuis 1945, et ce, alors que nos concitoyens prennent de plein fouet la crise économique, sociale, environnementale et démocratique que nous vivons aujourd’hui, ce n’est pas pardonnable.

Tout cela, nous les militants du MJS, nous n’y pouvons pas grand chose. En revanche, le plus grave pour notre famille politique, c’est que notre parti a pris du retard sur la société.

Notre famille n’est capable de changer la société qu’à condition qu’elle soit le creuset de toute la gauche, qu’elle soit traversée et imprégnée de toutes ces idées porteuses d’un autre monde, qu’à condition que toutes celles et ceux qui résistent, luttent, créent, imaginent, bâtissent se disent enfin: « Ceci est ma part de socialisme, elle doit se retrouver dans un grand parti politique ». Malheureusement, ce n’est pas encore le cas aujourd’hui.

Ô, nous savons bien que tel ou tel militant socialiste est engagé dans RESF, l’éducation populaire, une AMAP, une association de protection de l’environnement, un syndicat, mais nous les regardons trop souvent comme des bêtes curieuses plutôt que de les valoriser et de se demander comment aller chercher celles et ceux qui ouvrent les voies vers un autre monde, qu’ils nous nourrissent de leur part de socialisme.

Ce foisonnement de la gauche associative, coopératiste, syndical, nous devons lui ouvrir les portes, si nous voulons que notre parti n’aie plus de retard sur cette société. Et leur société politique, sera, de fait, la société des socialistes.

Une société socialiste, ouverte ne peut pas se permettre l’économie d’un débat sur son projet mais aussi sur celui ou celle qui devra l’incarner en notre nom à tous.

Le choix des primaires peut-être, doit-être le moment où la gauche renoue avec sa nature profonde.

Une gauche qui croit profondément dans l’intelligence des citoyens pour faire le meilleur choix. Une gauche qui considère qu’il n’y a pas de République, ni de véritable transformation sociale, si le peuple n’investit pas la démocratie.

Alors mes camarades, si nous aspirons à être majoritaire dans la société, ce que nous souhaitons-tous ici, de quoi avons-nous peur ?

Je peux, en tout cas, vous assurer que mes camarades du MJS n’ont pas peur et sont impatients de prendre toute leur part dans cette grande aventure démocratique!

Je tiens à prévenir ici tous les candidats probables ou déclarés, du Parti Socialiste ou de toute autre organisation de gauche : le peuple de gauche aura des questions, des exigences et il faudra y répondre ; des propositions et il faudra en tenir compte.

A chaque réunion publique, que ce soit dans une école, un gymnase, un appartement, des militants du MJS, des syndicalistes, des militants de gauche interrogerons sur l’allocation d’autonomie, la planification écologique, l’exigence du « à travail égal, salaire égal », ou encore l’adoption de la règle de 1 à 7 qui fait qu’aucun salarié dans une entreprise ne doit pouvoir gagner en un jour ce que le salarié le moins bien payé met une semaine de labeur à obtenir.

Je souhaiterai vous raconter une autre anecdote.

Un soir, entre la fin d’une série et le début du soir 3- le soir 3 est toujours regardé par les socialistes, c’est à ce moment que l’on peut décompter les candidats à la présidentielle qui se sont déclarés dans la journée. Un soir donc, je zappais et je suis tombé sur Gulli, vous savez la chaîne pour enfants de la TNT.

Je suis tombé sur un reportage qui parlait d’une autoroute: dans ce reportage, destiné à des enfants de moins de 7 ans, on expliquait que cette autoroute respectait la nappe phréatique, qu’elle était dotée de ponts pour que les animaux la traversent sans danger et qu’enfin, les fleurs des bas cotés étaient entretenues. Le reportage se concluait sur le fait, tenez-vous bien, que c’était une autoroute verte! Alors, mes camarades, si une autoroute peut maintenant être verte, je peux vous assurer que demain, on nous inventera des déchets verts, du CO2 vert, et même pourquoi pas une croissance verte.

De Métaleurope au Probokoala en côte d’Ivoire, les exemples sont multiples, ce sont toujours les plus modestes qui paient le plus cher la dégradation de l’environnement.

C’est en dénonçant ce type d’imposture que nous pourrons réussir ce virage idéologique de la conversion du socialisme à l’écologie politique. Nous devrons être exigeants envers nous-mêmes.

Je veux vous donner deux autres exemples, chers camarades.

La mode aujourd’hui est à l’écologie citoyenne. Vous savez, cette écologie des petits gestes. Eh bien, camarades, c’est une autre imposture que nous devrons dénoncer. Demander à des citoyens de bien vérifier qu’ils éteignent la lumière pour éviter trop d’émission de CO2, c’est bien mais ça ne répond aux enjeux parce que l’usine d’à côté peut polluer autant qu’elle veut, et ça, c’est se moquer du monde. L’écologie citoyenne est aujourd’hui au développement durable ce que la charité est au socialisme, c’est-à-dire un palliatif totalement inefficace qui permet d’éviter les transformations radicales dont nous avons besoin aujourd’hui.

De même, regardez ce que fait la droite avec la taxe carbone: au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, Nicolas Sarkozy demandera dès 2010 à l’ouvrier, en faisant le plein de sa voiture, de financer l’exonération de taxe professionnelle de son patron, taxe professionnelle qui devait financer les investissements des collectivités dans des transports propres.

La droite nous sert aujourd’hui la contrainte climatique, comme elle nous a servi la contrainte de la mondialisation et du libre-échange comme seul argument pour faire passer une politique antisociale et au final, anti-environnementale.

Ce que je veux vous dire chers camarades, c’est que cette conversion des socialistes à l’écologie politique ne doit pas se faire selon une fausse alternative entre écologie et social, ou entre croissance et décroissance.

Nous ne pouvons être de celles et de ceux qui essaieront de rénover à coup de peinture verte ou rose une maison qui s’effondre, nous aspirons à être les architectes et les bâtisseurs d’un autre modèle de développement écologique, social et démocratique.

La première étape, ce sera ce fameux sommet de Copenhague: nous y jouerons toute notre place en tant que socialistes. Nous savons très bien que réglementer l’économie, c’est modifier la création de richesse ; c’est donc lutter contre les forces de l’argent. La question environnementale est une question de répartition des richesses, elle modifiera le fonctionnement de notre économie.

Alors, le message de notre génération est simple: nous ne voulons plus d’un nouveau Kyoto qui, au final prétend affronter le changement climatique en créant des autorisations de polluer pour les entreprises et la possibilité de spéculer sur celles-ci. Voyez ou nous en sommes aujourd’hui!

Nous voulons un modèle de développement radicalement différent, où le sobre remplace le débridé, où le mieux remplace le plus

Pour résumer simplement, le grand défi pour la gauche ne consiste plus seulement à répartir de manière plus égalitaire le gâteau de la richesse, mais surtout à en changer la recette.

Notre génération, qui connaît déjà une forme de décroissance quand on voit qu’elle vit déjà moins bien que ses parents, doit avoir confiance dans les capacités des socialistes à relever ce défi.

Au fond, la conversion des socialistes à l’écologie politique relève moins d’un rendez-vous des socialistes avec la nature,  mais bien avec leur nature, celle d’une gauche créatrice, égalitaire, rêveuse.

Le rêve, ce fut le mot d’ordre de l’université d’été du MJS, cela fait du bien de rêver parfois. Rêve d’une gauche unie, rêve d’une gauche ambitieuse dans la transformation de la société, rêve d’une gauche conquérante.

Nous, socialistes avons toujours su faire partager le rêve d’un monde meilleur.

Et parce que le rêve se nourrit toujours du vécu, nous voulons faire trois propositions concrètes à la famille socialiste. Et nous aimerions que vous vous les appropriez.

La première, c’est celle d’un pôle public européen de l’énergie pour affronter les défis énergétiques. Et aussi, pour aider nos concitoyens à affronter, en période de crise le défi du paiement de la facture EDF…

La seconde, c’est celle du droit de préemption social. Derrière ce mot un peu barbare, se dissimule un principe simple. Une entreprise rentable ferme, un pôle financier public prête alors aux salariés de quoi racheter l’entreprise et la transformer en une société coopérative: voilà une manière de concilier protection de l’emploi, démocratie dans la création de richesse, et de mettre en place une socialisation des profits pour compenser la socialisation des pertes.

La troisième, c’est celle du droit aux vacances. C’est un pas important vers un autre modèle de développement, une société du temps libéré. Le droit aux vacances n’est pas qu’un droit à l’oisiveté, c’est le droit pour chaque enfant et adolescent de vivre un temps de repos, de loisir, de découverte, d’échange et d’éveil, hors de son cadre de vie habituel. Cet été, ce sont trois millions d’enfants qui ne sont pas partis en vacances. Face à cette injustice sociale flagrante, le groupe socialiste à l’Assemblée Nationale a déposé, par la voix de Régis Juanico, une proposition de loi et je sais que je peux compter sur toi Cher Jean-Marc, pour mener aussi ce nouveau combat.

Chers camarades je voudrai aussi vous témoigner mon optimisme.

Bastien Cazals était présent à l’université d’été du MJS. Ce nom ne vous dit peut être rien.

Voilà un professeur des écoles dans un village de l’Hérault, qui voit sa carrière brisée, qui est trainé devant les tribunaux par le ministre de l’éducation nationale, qui, chaque mois perd une partie de son salaire, tout ça parce qu’il refuse d’appliquer les consignes iniques du ministère, par fidélité à l’idéal de l’éducation républicaine. C’est un enseignant désobéisseur. Et tant qu’il y aura des Bastien Cazals, il y aura des socialistes en puissance, à condition que l’on parle à l’intelligence de nos concitoyens.

Martine a fait le choix de parler ce week-end à l’intelligence des militants. Il restera un esprit de la Rochelle 2009, j’en suis persuadé. Nous, jeunes socialistes avons fait le choix de la prendre au mot. Et nous lui répondons, dès maintenant, chiche! En avant pour la rénovation!

Préparez le changement: restez informés!

3 commentaires

  1. Marie BEGU

    2 septembre 2009 à 14:07

    Toujours très touchée par l’anecdote…. tu dois me connaître, moi et d’autres “vieilles” mascottes et mamies de nos sections… nous sommes très fières d’être les doyennes de nos sections…….. moi, parisienne, retraitée à Marseille, j’adooooooore mes MJS des B.D.R., mais je leur dis souvent aussi que je suis encore au PS : “grâce” à eux ou “à cause d’eux” !!Je me suis mise à l’informatique sur le tard, grâce à eux, je “facebooke même, grâce à eux”, et je les aime intelligents, ambitieux, drôles, et surtout : militants, militants et encore militants….. merci cher Antoine et gros bisous de “ton anecdote”….MJ.

  2. huard ledroit

    2 septembre 2009 à 15:10

    je suis entre le mjs et les mamy, j’ai 51 ans et tout a fait d’accord avec antoine il faut laisser aux jeunes de la place dans nos sections, et nous les anciens soyons accueillants et ouverts

  3. Mouvement des Jeunes Socialistes du Vaucluse » La Rochelle 2009

    2 septembre 2009 à 15:35

    [...] Discours d’Antoine Détourné [...]

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