En actes.

Les contributions sont les expressions des sensibilités existantes au sein de l’organisation. Elles n’engagent pas le mouvement. Ces contributions font l’objet de débats jusqu’en septembre.

Que retiendra-t-on de juin 2009 dans les manuels d’histoire ?

En ce temps-là, une crise économique puissante, liée à l’apogée du système capitaliste s’est abattue sur le monde, provoquant partout faillites et chômage. Le modèle qui faisait que la richesse des entreprises était plus due à la spéculation anticipant la richesse future qu’à leurs productions, a volé en éclat.

En ce temps-là, le réchauffement climatique n’est plus une menace pour les générations futures mais une réalité du temps présent. Sur les îles Carteret, dans le Pacifique Sud, l’ensemble de la population a été évacué en raison de la montée des eaux. Désertification, déforestation, diminution des terres arables, catastrophes naturelles, émergence de nouvelles maladies et pandémies sont des témoins empiriques des bouleversements de la biosphère que les hommes, les plus démunis d’entre eux tout particulièrement, subissent directement.

En ce temps-là, la mise en réseau du monde s’accélère. 2 milliards d’internautes dialoguent, échangeaient, travaillent ensemble. C’est pourtant à cette époque que, dans certains pays, on tente de contrôler cet espace de libertés, de diffusion d’idées et de cultures en instaurant un modèle néo conservateur, autoritaire et libéral. Par ailleurs, à travers la science, l’homme se donne la capacité d’intervenir aux sources mêmes du vivant soulevant une série de questions fondamentales sur les normes bioéthiques. Le progrès risque alors d’être rattrapé par la marchandisation.

En ce temps-là, l’immense jeunesse des pays en développement se cherche un meilleur avenir, tandis que les pays développés dressent des barrières, provoquant des tensions migratoires fortes entre les pays.

En ce temps-là, la crise du politique entamée dans les années 1990 en France et en Europe s’accentue, notamment lors des élections européennes de juin 2009. En s’abstenant à près de 60%, les citoyens européens permettent aux conservateurs de se maintenir au pouvoir. Alors qu’elle aurait pu constituer l’échelle la plus évidente d’action sur le monde, l’Europe est au mieux dans l’impuissance, au pire, elle aggrave les causes de la crise en affaiblissant son modèle social.

La crise politique n’est pas un accident !

Comme à chaque élection depuis 15 ans, les mêmes analystes sondent, dissertent, commentent pour rechercher les causes d’un accident électoral. Ils ne voient pas que les comportements électoraux échappent à leur grille de lecture, l’abstention toujours plus forte étant en réalité le symptôme d’une crise politique bien plus profonde.

Une société génératrice d’inégalités, destructrice de lien social

Plus que jamais, la droite exacerbe les divisions pour les utiliser dans une logique d’individualisation à outrance, de dissociation sociale, afin d’éliminer toute capacité de résistance à son entreprise de régression massive. Elle choisit clairement la stratégie du tous contre tous et du chacun pour soi. Chaque jour, de plus en plus de personnes se sentent exclues de notre société. Chômage, pauvreté, discrimination : ces facteurs classiques d’exclusion, graves en eux-mêmes, le sont d’autant plus qu’ils poussent les individus à ne plus se sentir appartenir à notre communauté de destin.

Dans ce contexte, comment se sentir citoyen lorsque l’on est privé de travail et donc également d’une identité sociale ? Comment se sentir citoyen lorsque l’on n’a pas de quoi se payer l’essentiel dans une société de consommation à outrance ? Comment se sentir citoyen lorsque l’on habite dans un territoire tellement coupé du monde que l’on a le sentiment que, quoi que l’on fasse, on ne pourra jamais passer de l’autre coté ?

L’Etat Providence mis en place à l’après-guerre pour protéger les travailleurs prévenait en partie ces exclusions, sans pour autant toutes les embrasser. Ce système est aujourd’hui brisé. Fondées sur des logiques nationales, ces protections sont mises à mal par les logiques économiques néolibérales d’une mondialisation toujours plus présente de nos vies quotidiennes. La droite a impulsé ces évolutions pour démanteler les outils d’égalité, de justice sociale et de redistribution. La social-démocratie, entre alignement sur la droite et défense d’un modèle qui n’est plus, n’a pas su inventer de nouvelles solutions.

La rupture démocratique

L’élection de Nicolas Sarkozy a été un accélérateur de ces démantèlements. Son discours de rupture est un trompe-l’oeil. La rupture n’est pas économique : la droite poursuit, en l’accélérant, sa politique de destruction des solidarités, au service des plus favorisés. Cependant, elle l’associe avec une rupture démocratique. Elle s’efforce de casser tous les contre-pouvoirs, d’affaiblir les corps intermédiaires dans notre société, qui sont pourtant les outils de défense et de représentation des plus faibles.

Beaucoup ont pensé que le printemps 2009 connaîtrait une explosion sociale et ont espéré une révolte dans les urnes. Mais ce ne fut pas le cas. La France n’a pas connu pas de grands soulèvements sociaux tels ceux de 1936 ou de 1968, ceux qui font naître un nouveau monde. Les Français ont acté la présidentialisation d’un régime qui affiche ostensiblement sa surdité à l’égard des cris de la société. La démocratie subsiste comme un mot, mais elle ne vit plus que comme un décor de théâtre pour une aristocratie économique, médiatique et politique qui n’a de cesse de favoriser l’émergence d’un véritable cens culturel.

La gauche, qu’elle soit politique ou sociale, n’a pas su proposer de perspectives au peuple, pas plus qu’elle n’a dessiné de stratégie de prise du pouvoir. Les déchirures récentes de la famille socialiste, son orientation politique et son incapacité à incarner le mouvement semble la condamner dans l’affrontement avec un Nicolas Sarkozy jonglant avec l’actualité. Au point que la plupart des « enfants de la gauche » ont une nouvelle fois boudé les urnes. Ceux qui s’y sont déplacés ont privilégié les partis affichant la révolution sociale ou écologique qui permettaient, en outre, de sanctionner, le Parti Socialiste. La rupture durable qui s’instaure entre toutes les composantes de la gauche et les classes populaires illustre l’incapacité de montrer ce que les valeurs de la gauche peuvent porter de moderne, de protecteur dans un monde où les individus sont plus autonomes.

Il est temps en juin 2009 que le Gauche change !

Il est temps de changer la gauche pour changer le monde !

La gauche doit changer ! Les jeunes sentent plus fortement ou plus durement que le monde bouge, et sont les premiers à ressentir ce besoin et cette envie d’une gauche qui agit et offre des perspectives. La question qui se pose au Mouvement des jeunes socialistes est finalement simple : comment offrir aux jeunes la gauche qu’ils méritent d’avoir ?

Si une partie de cette question doit trouver sa réponse à travers notre congrès, nous voulons aujourd’hui affirmer quelques principes forts de cette démarche qui commence.

Imaginer et proposer une autre société

Alors que nous vivons dans une société du spectacle, de l’immédiateté, il appartient au politique de redonner du sens au temps, de se tourner vers l’avenir, de dépasser le capitalisme, bref de faire l’Histoire.

Alors que nous vivons dans une société où les inégalités se multiplient et s’entrecroisent, ou les espaces de libertés individuelles et collectives se rétrécissent, il appartient aux socialistes de dessiner les contours d’une société de l’émancipation pour tous en portant le socialisme démocratique.

C’est une tâche difficile car les instruments à notre disposition ont été inventés dans le contexte du monde qui s’écroule, d’un modèle qui s’efface sous nos yeux.

Partout en France, en Europe et dans le monde émergent des idées et de réalisations qui transforment les sociétés et qui jettent des ponts vers le monde d’après. Ce sont les SCOP qui prouvent qu’économie et démocratie fonctionnent parfaitement ensemble ; ce sont les logiciel libres qui témoignent que l’intelligence collective et la mutualisation des connaissances sont plus efficaces que la logique marchande ; c’est ce village qui est devenu autant suffisant au niveau énergétique en conciliant sobriété dans la consommation et production alternative ; ce sont ces jeunes qui par la réquisition de logements au centre de nos villes rappellent que les solutions existent mais que cela nécessite l’action du politique.

Nous avons la responsabilité de proposer un nouveau modèle de développement en rupture radicale et repenser la société dans son ensemble. Un axe de réflexion principal s’impose alors à nous : comment se définissent le bien être, la richesse d’une société ? Pour nous, la richesse ne peut se limiter à la recherche du « toujours plus » pécuniaire. Pour nous, elle s’incarne dans la conquête de la liberté, du progrès social et environnemental pour le plus grand nombre. Ainsi, le modèle de développement que nous imaginons tend à s’articuler autour de trois piliers : l’organisation des solidarités, une nouvelle organisation de la structure du travail et une révolution écologique.

L’organisation des solidarités passe par l’appropriation sociale dans tous les domaines où la solidarité doit primer sur le profit. Bâtir les services publics du 21e siècle en garantissant leur accessibilité, imaginer un système de protection sociale qui prend en compte les nouveaux risques de la société, mettre en place des modes de financement qui permettent la défense de l’intérêt général et participent d’une nouvelle répartition des richesses produites entre le travail et le capital : telles sont les missions prioritaires des socialistes. Nous devons donc organiser des îlots de socialisme au sein de l’économie de marché, où chacun doit pouvoir devenir acteur de sa propre vie.

La place du travail dans la société est également une question cruciale. Si nous souhaitons que le travail soit l’une des composantes de la reconnaissance sociale, il ne saurait suffire à la construction de l’identité de l’individu. Si nous souhaitons que le travail soit un vecteur d’émancipation, trop souvent il laisse place à l’aliénation. Ainsi, nous inscrivons notre réflexion sur le travail au cœur de notre projet de société, une société du temps libéré. Nous entendons changer radicalement la répartition des richesses produites entre les salariés et ceux qui détiennent le capital de production, afin que chacun puisse bénéficier des fruits de son travail. Nous entendons replacer le travailleur au centre de l’entreprise, dans sa gestion quotidienne, ainsi que lorsqu’il s’agit de son avenir. Enfin, la gauche doit l’affirmer : il est temps d’augmenter les salaires et de réduire le temps de travail.

L’organisation actuelle de la société ne permet pas le renouvellement des ressources naturelles. Le socialisme doit allier développement humain et respect de notre environnement ; pour cela, un investissement massif est inéluctable, pour rattraper notre retard et éviter la catastrophe écologique vers laquelle nous nous dirigeons.

De plus, nous croyons que cette société nouvelle ne peut s’organiser sans les citoyens : les socialistes doivent porter la mise en place d’une 6e République qui sorte de la logique personnelle et permettre la mise en place de nouveaux mécanismes d’association des citoyens à tous les niveaux de la société.

La société est déjà en mouvement, la responsabilité de nos échecs électoraux n’est pas celle de nos concitoyens. Si nous voulons faire gagner nos idées, nous ne pouvons faire l’impasse sur une véritable stratégie de prise du pouvoir qui donne sens et cohérence à ce que serait une société transformée par la gauche.

Travailler à la prise du pouvoir : s’inscrire dans l’action

La gestion a trop longtemps servi de palliatif à l’action politique. La gauche n’est elle-même que lorsqu’elle transforme sur la durée la société, lorsqu’elle donne à chaque citoyen les outils de la maîtrise de son avenir, lorsqu’elle écrit l’Histoire, qu’elle soit au pouvoir ou qu’elle y aspire.

Changer la vie ne doit pas se limiter à un slogan. C’est notre objectif à nous socialistes, ainsi qu’à tous ceux qui œuvrent pour la transformation sociale. Cet objectif a besoin de la gauche au pouvoir pour être mis en œuvre. Nous l’assumons pleinement : oui nous voulons gagner et, puisque c’est désormais la présidentielle qu’il faut gagner, nous voulons tirer la gauche vers la victoire à la présidentielle de 2012 !

Nous avons d’abord besoin que la gauche incarne à nouveau le mouvement et l’espoir. L’espoir en imaginant un modèle de développement résolument tourné vers l’avenir ; et le mouvement en portant et en incarnant ce qu’elle est : le changement, la dynamique, le vent puissant qui fait changer le monde. Et ce mouvement, même dans l’opposition, c’est l’action.

La conquête du pouvoir commence par la création d’une nouvelle dynamique avec tous ceux qui veulent construire la victoire de la gauche. Bien sûr avec les forces politiques qui veulent l’union de la gauche. Nous le souhaitons, et nous y travaillerons avec la jeune gauche et soutiendrons toutes les initiatives recherchant notre propre dépassement vers ce rassemblement. Mais cette dynamique ne pourra émerger qu’avec toutes celles et ceux qui sont exclus des cercles de plus en plus restreints de la gauche politique, mais qui souhaitent néanmoins ce grand changement. La gauche doit s’ouvrir à ceux qui sont en colère, qui rêvent d’un autre monde, et qui sont aujourd’hui mis à l’écart des sphères de décisions. Ceux qui aspirent à l’émancipation individuelle et collective. Ceux qui inventent, ceux qui créent, ceux qui luttent, ceux qui vont souffler le vent qui fait vibrer « l’immense voilure du progrès » dont parlait Hugo.

Le MJS peut jouer un rôle décisif dans cette prise de pouvoir collective en permettant aux jeunes de rencontrer la gauche à travers l’élection. Nous l’avons déjà réussi à plusieurs reprises. Mais les dernières européennes montrent que nous ne devons avoir aucun complexe à bousculer davantage notre parti, pour faire en sorte que notre offre politique et électorale puisse rendre fier un jeune d’aller voter et de participer ainsi à la transformation de la société.
Nous pousserons donc de toutes nos forces pour que notre projet porte un véritable changement, avec des solutions nouvelles fondées sur nos valeurs. Nous pousserons pour qu’aux régionales, nos listes et notre projet incarnent la volonté politique et le renouvellement. Nous pousserons pour que notre candidat soit désigné par une primaire ouverte sur la société. Nous pousserons partout ce mouvement qui doit commencer en amont de nos victoires futures.

Pour cela, le MJS sera acteur de la transformation de la gauche avec comme principe : créer c’est résister, créer c’est inventer, créer c’est déjà gagner. Car dessiner d’autres possibles, c’est contester dans le réel l’hégémonisme culturel et contribuer à le mettre à mal.

Plusieurs voies complémentaires s’offrent à nous pour porter notre message : l’espoir, l’imagination, la solidarité. La participation aux mobilisations sociales aux côtés des acteurs du mouvement social parce que chaque citoyen en colère est un socialiste en puissance. La désobéissance civile parce que la République se renie lorsqu’elle s’inscrit dans un système qui empêche l’émancipation collective et l’épanouissement de chaque citoyen. L’organisation des solidarités parce que ce que nous défendons dans nos textes nous nous devons de le transposer dans le réel individuellement et collectivement.

Obligeons nous à bouger afin de montrer que nous avons la force de faire bouger la société. Ainsi, nous incarnerons en premier lieu une gauche plus désirable pour nos concitoyens.

En juin 2009, les jeunes socialistes lancent leur processus de congrès. Peu importe finalement que les livres d’histoires évoquent plutôt le terme de mutation, de refondation, de transformation.
Ce qui est fondamental politiquement en juin 2009 est que les jeunes socialistes décident collectivement de faire changer leur mouvement et de préparer l’avenir. Qu’ils choisissent de faire bouger leur propre famille politique pour retrouver le chemin du progrès. Qu’ils soient assez sereins pour le faire sans tabou sur leurs propres limites comme sur les changements qu’ils ont d’abord à opérer sur eux-mêmes. Qu’ils se lancent à eux-mêmes le plus grand des défis possibles pour leur génération politique : ne pas considérer que 2012 est une élection impossible pour changer le monde, et donc préparer sans complexe cette échéance.

L’avenir nous appartient !

Préparez le changement: restez informés!

2 commentaires

  1. Mouvement des Jeunes Socialistes du Vaucluse » 9ème Congrès du MJS

    8 septembre 2009 à 12:21

    […] En actes […]

  2. MJS Nord - Bienvenue sur le Site du MJS Nord!

    11 septembre 2009 à 12:33

    […] En actes
 (Tranformer à Gauche) – Reconstruire ensemble (Jeunes Socialistes pour la Rénovation) – […]

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