La politique de la droite en matière d’emploi depuis 2002

Objectif de la droite : abaisser le coût du travail pour améliorer le rendement du capital.
La droite défend une politique dogmatique et de court terme de l’emploi

La droite et le patronat disposent d’un rapport de force favorable grâce à l’armée de réserve que constituent les demandeurs d’emploi. En effet, si un salarié n’accepte pas la dégradation de ses conditions de  travail, un autre est prêt à la remplacer, ce qui facilite une politique de modération salariale. Idéologiquement, on peut donc considérer que la droite n’est pas défavorable à un taux de chômage réel important, ou pour le moins qu’elle ne considère pas le chômage comme le problème économique principal à prendre en compte, comparé à l’inflation par exemple.
Malgré tout, elle est contrainte d’afficher une volonté médiatique de se battre contre le chômage. Afin de ne pas avoir à poser la question de la répartition capital-travail et par conséquent du coût du travail, la droite développe un discours général stigmatisant les demandeurs d’emploi et mythifiant le coût de « l’assistanat » : recours à une chasse statistique des chômeurs sous couvert d’exclure les fraudeurs et les profiteurs.
Conséquence directe: le choix de flexibiliser le travail, au détriment de l’emploi
Objectifs : faciliter le licenciement, supprimer et segmenter les droits des salariés, faciliter le recours aux heures supplémentaires, mise sous pression des salariés (travail dominical).
Pour cela, la droite s’est attaquée largement au droit du travail depuis 2002.
Code du travail :

Sous couvert de nettoyer le code du travail pour le rendre plus lisible, le gouvernement s’est attaqué aux droits des salariés : simplification du recours à l’intérim (notamment en transférant les limites du recours à l’intérim vers le code rural), éclatement des droits de certains salariés entre plusieurs codes (code rural, code de la famille et de l’action sociale…), possibilité pour le patronat de revenir sur des jurisprudences favorables aux salariés…
CNE/CPE/Contrat unique :

Le CDI est considéré comme un frein à l’embauche par la droite, car les conditions de licenciement du CDI en font le contrat le plus protecteur pour les salariés. Les gouvernements successifs ont tenté de s’attaquer au CDI en proposant des exceptions à celui-ci (facilité de licenciement, droits cumulatifs avec le temps ou moins protecteurs pour certaines catégories de salariés comme les jeunes, les salariés des PME…) ou en souhaitant refonder celui-ci (proposition de contrat unique du candidat Nicolas Sarkozy).
Heures supplémentaires :
Le gouvernement permet désormais aux entreprises d’avoir recours aux heures supplémentaires plus facilement. Cela permet aux entreprises de faire face à une hausse des commandes sans embaucher plus, à un coût moindre. Contrairement au principe du « travailler plus pour gagner plus », les heures supplémentaires sont désormais moins bien payées qu’auparavant, abaissant d’autant plus le coût du travail, et améliorant ainsi le rendement du capital.
Travail le dimanche :

Sur le même principe que les heures supplémentaires, le recours à ces dispositifs repose systématiquement sur le principe du volontariat. Le lien de subordination implicite du contrat de travail fait de ce principe un affichage uniquement médiatique. En effet, le travail dominical ne permettra pas de relancer l’emploi, puisque les emplois potentiellement créés seront mécaniquement compensés par la destruction d’emplois dans le petit commerce. De plus, ces emplois en grande surface seront essentiellement des emplois précaires ou à temps partiel, affaiblissant un peu plus les conditions générales de travail des salariés de ce secteur. Enfin, l’ouverture des commerces le dimanche ne facilitera en rien une reprise de la consommation, puisque la faible consommation actuelle n’est pas due à l’impossibilité de faire ses courses en semaine mais à l’incapacité… à simplement boucler les fins de mois.
Le dogme de la réduction de l’emploi public

La réduction des emplois dans la fonction publique a été érigée en dogme de la politique publique de la droite depuis des années, jusqu’à inscrire dans la Revue Générale des Politiques Publiques (RGPP) la suppression d’au moins 30 000 emplois publics par an.
C’est pourquoi, après la suppression des emplois aidés en 2002, la droite s’est toujours attaché à réduire le nombre de fonctionnaires.
Premier effet de cette politique de court terme :

Le nombre d’emplois disponibles sur le marché décroît de manière mécanique lorsque la croissance est inférieure à 1,5%.  Avec une croissance annuelle en moyenne de 2% depuis 2002 et le nombre croissant de départ à la retraite de la génération du baby-boom, la baisse du chômage constatée ces dernières années est principalement le fruit du renversement de la pyramide des âges dans la structure du travail, et non celle de la politique des gouvernements successifs.
Avec la politique de la droite actuelle, en période de croissance, la hausse de la demande de production est absorbée par l’utilisation des heures supplémentaires, plus rentables et moins risquées que la création d’emploi. Cela permet de masquer l’absence de politique salariale, l’utilisation des heures supplémentaires gonflant artificiellement les salaires les plus bas. De plus, la suppression massive d’emplois dans le secteur public réduit d’autant les effets de la baisse mécanique du chômage liée à la hausse de la demande de production.
Quand la crise fut venue, le gouvernement se retrouva fort dépourvu

La hausse actuelle du chômage n’est pas qu’une conséquence de la crise économique mondiale actuelle. La faible utilisation des nouveaux dispositifs d’heures supplémentaires (pourtant plus avantageux) et la baisse de la demande dans l’emploi intérimaire depuis le début de l’année 2008, en parallèle d’une fiable croissance économique, étaient des signes avant-coureurs de la brusque remontée du chômage depuis août dernier (plus de 100 000 chômeurs en plus inscrits).

La destruction d’emplois rend aussi inopérants les dispositifs mis en place par la droite : les incitations à la  reprise d’emploi (RSA), tout comme les mesures durcissant les conditions d’indemnisation du chômage (notamment en cas de refus « d’emplois valables ») sont autant d’efforts vains pour réduire le chômage lorsque le nombre d’emplois se réduit.
C’est notamment pour ces raisons que, à rebours des politiques menées jusque-là (notamment avec la réduction d’emplois dans la fonction publique) Nicolas Sarkozy a dû communiquer sur la création de 100 000 emplois aidés supplémentaires, en premier lieu destinés au public bénéficiaire du RSA, pour faire face à la résurgence du chômage : des contrats d’avenir et des contrats d’accompagnement dans l’emploi. Ces emplois aidés ne sont pourtant que des emplois précaires. Les CA et les CAE sont destinés aux allocataires de minima sociaux et aux chômeurs les moins employables. Ils sont pour la plupart des emplois à temps partiel d’une durée moyenne de huit mois. La part des bénéficiaires de ces contrats qui accèdent à l’emploi stable est seulement de 16 % pour les CA et 24% pour les CAE. 250 millions d’euros sont affectés à ces emplois, soit l’équivalent de la suppression de 15 000 postes de fonctionnaires… Une goutte d’eau comparée avec les 14 milliards annuels du paquet fiscal et les 10,5 milliards qui ont servi il y a peu à recapitaliser les banques sans contrepartie.
Les 100 000 emplois aidés bénéficieront grossièrement au nombre de bénéficiaires du RSA annoncé par Martin Hirsch, soit moins de 10% du 1 100 000 Rmistes. Les vrais pauvres resteront exclus de ces dispositifs. Les travailleurs dans leur ensemble subiront les affres de la récession en termes de pertes d’emplois et de pression à la baisse sur les salaires.

Les solutions de Nicolas Sarkozy, loin d’être novatrices, n’ont pour unique objectif que d’afficher un taux de chômage le plus stable possible, en attendant que le modèle économique se remette en route, et que le retour de la croissance, associé au papy boom, fasse de nouveau baisser mécaniquement le chômage.

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