“Construisons un rêve socialiste” Discours de clôture de l’Université d’été du MJS de Razzye Hammadi

C’est un immense plaisir pour les jeunes socialistes, une fois de plus, que d’organiser leur université d’été à vos côtés. Pourquoi ? Parce que contrairement à ce qui se dit et à l’opposé de ce que certains voudraient faire croire, il compte encore parmi nous des citoyens qui en grand nombre, jeunes et moins jeunes, dirigeant ou simple militants, pour qui se retrouver, échanger, discuter, débattre constitue encore une nécessité sinon un besoin, une manière de vivre ensemble. Réalité militante n’est pas illusion médiatique.

Retrouvez le discours en vidéo :
[première partie->http://tv.mjsfrance.org/index.php?2007/09/04/216-discours-de-cloture-de-razzye-hammadi-a-la-rochelle-2] / [deuxième partie->http://tv.mjsfrance.org/index.php?2007/09/04/217-discours-de-cloture-de-razzye-hammadi-a-la-rochelle-2]

Alors, oui, merci à Maxime Bono qui nous accueille dans sa ville, et à Olivier Falorni, qui en toute humilité et avec un sens du devoir que je les encourage à partager avec d’autres ont tout mis en oeuvre pour que les socialistes du Parti Socialiste et du Mouvement de Jeunes Socialistes puissent une fois de plus se retrouver et se rassembler à la Rochelle. Cette ville où nous ne sommes pas venus à reculons, avec une mobilisation de près de 600 camarades qui n’aura pas suffit à contenter tous ceux qui auraient aussi souhaités être là.
Merci à mes camarades du MJS 17 qui, par leur mobilisation sans faille, ont permis à notre université d’été de se tenir dans les meilleures conditions.

Un grand merci à tous ces militants qui s’activent sans cesse, chaque année, avec humilité et rigueur, pour rendre les conditions matérielles de nos échanges toujours plus agréables et qui ne font pas les titres des journaux, qui ne sont pas à l’origine de ces petites phrases qui flattent l’ego à mesure que l’unité de bruit médiatique de leurs auteurs progresse, mais qui sont ces petites mains, au grand coeur du socialisme français, dont la voix mérite d’être entendue autant que n’importe quelle autre . Merci

Merci à Eric Plumer et à son service d’ordre, au secteur organisation, communication, et bien évidemment formation s’activant sous la houlette de Jean Christophe Cambadélis, qui rénovation ou pas, victoire ou défaite sont toujours là pour servir, fidèles à leur poste.

Enfin, je souhaiterais adresser des salutations toutes particulières à Sahbi Smara et Mohamed Okay, responsables des jeunes socialistes démocratiques de Tunisie, avec qui j’ai milité une partie de l’été, et dont les familles ont été plus qu’inquiétées suite à ma visite. Eh bien, pour cela, je souhaiterais que nous adressions tous ensemble un message de soutien et de solidarité dans leur lutte acharnée pour l’émergence d’une alternative démocratique dans cette si douce dictature que l’on appelle la Tunisie et à qui l’ambassade de France ne daigne pas attribuer de visas lorsque le MJS les invite à participer à leur université d’été.

Chers camarades, chers amis,

Beaucoup de choses ont été dites ces derniers mois depuis notre défaite, un grand nombre d’entres-elles traitaient de la rénovation, mais peu se fixaient pour objectif la création, l’innovation, et l’invention.

Ce n’est donc pas par hasard que les jeunes socialistes ont décidé d’intituler leur université d’été : Droit d’inventaire et devoir d’inventer.

Droit d’inventaire, parce que nous sommes sans complexe vis-à-vis de notre camp, vis-à-vis de notre Parti.

Quand certains d’entre nous ont donné le sentiment de substituer au couple éducation et socialisme celui qui unissait télévision et populisme comme l’a décrit Sylvain Bourmeau lors de notre plénière de vendredi aux côté de Patrick Viveret et Didier Eribon, nous avons fait part de nos craintes.

Lorsque nous avions développé notre critique de l’alternance qui devait, selon certains, nous ramener automatiquement au pouvoir en lieu et place d’une véritable alternative crédible et de progrès, nous avions là encore fait état de notre satisfecit mais aussi de nos désaccords.

Ne pas se satisfaire des consensus de façade tout en assumant pleinement nos synthèses, oser le débat d’idées et les contradictions c’est la force du Mouvement des Jeunes socialistes. Cette organisation de la jeunesse socialiste, qui s’apprête à dépasser les 10 000 adhérents et sur laquelle, quoiqu’il advienne vous pourrez toujours compter.

Lorsque nous avions identifié la bataille culturelle qui se menait dans la société, nous l’avions fait à l’aune de notre vécu et avec la même franchise, en considérant que la bataille perdue était avant tout celle que nous avions perdue dans nos propres têtes. Il n’y a pas de fatalité culturelle ou sociologique à la défaite de la gauche. Ma génération a fait le choix de se déplacer en masse en direction des urnes pour voter majoritairement Ségolène Royal, lorsque la peur de l’avenir et le spectre de la précarité aurait du la conduire vers l’abstentionnisme. La force de notre génération, ce n’est pas l’âge mais le vécu.

Un vécu qui nous a aussi amené à comprendre à quel point, la politique avait changé, tant dans la manière d’en faire que dans la façon de l’élaborer.
Oui, merci à Ségolène Royal d’avoir tenté d’innover dans ce domaine. Cependant, prisonnière de l’immédiateté des prétendues demandes consuméristes de l’électorat, la campagne présidentielle a substitué aux enjeux de civilisation, des questions d’actualité voire de « café du commerce » sur « le droit à consommer plus ». « Pouvoir d’achat garanti », « travailler plus pour gagner plus », sont deux exemples s’il en fallait, de l’absence de projet et du champ restreint auquel se limite la vision politique contemporaine.

Devoir d’inventer ensuite parce que, oui, le monde a changé, oui, certains de nos outils s’essoufflent, d’autres apparaissent caducs. Les conditions de vie, elles, les inégalités croissantes, les tensions exacerbées, les aliénations de l’homme par le capital redonnent tout son sens à la phrase d’Abraham Lincoln « les esclaves perdent tout dans leurs fers, jusqu’au désir d’en sortir ». Le devoir d’inventer c’est une exigence que le MJS s’est imposé, par respect pour ces nouveaux précaires, pour ces 3 millions de personnes en situation de mal-logement, pour ces jeunes qui travaillent la nuit pour étudier le jour, pour ces 50 000 étudiants prostitués et ces 2 millions d’enfants pauvres, pour ne pas limiter le changement du Parti Socialiste à une diversité « alibi » ou au rajeunissement sans horizon. Etre socialiste, ce n’est pas être à la mode. Ce n’est pas parce que la direction du Parti Socialiste ressemblera à une affiche de « United Colors of Benetton » que nous aurons réussi le changement. Trop souvent, et c’est là le problème de fond, la jeunesse est aujourd’hui vue comme un risque, y compris au PS, alors qu’elle devrait être vue comme une chance et comme un pari vital. C’est de notre capacité à faire ce genre de pari et à se donner les moyens de les inscrire dans des perspectives de long terme que dépend la réussite de ce renouvellement.

Certes la jeunesse n’est pas une vertu, mais elle incarne un vécu. Le vécu d’une génération politique qui a le coeur, la raison et le bulletin de vote à gauche. Le vécu d’une génération invisible qui ne se fait entendre que lorsque ses libertés fondamentales et sa dignité sont remis en cause.

Je ne veux pas appartenir à une génération qui doit être proche de l’agonie pour être entendue, à une génération qui a peur pour son avenir et celui de ses enfants, à une génération à qui la droite tente aujourd’hui de faire croire que si elle galère c’est parce qu’elle ne mérite pas de réussir.

C’est une fois encore notre vécu qui nous fait saisir mieux que quiconque, 100 jours après l’élection présidentielle, que l’agitation ne vaut pas le mouvement et que l’affichage ne vaut pas l’action, tout au plus la régression. Régression sociale, régression démocratique, mais aussi régression culturelle. Car, oui, aujourd’hui, l’escapade maltaise de Nicolas Sarkozy, ses vacances princières à Wolfeboro, ne parviennent même plus à susciter l’émoi de la population. Mais oui, chers camarades, le luxe pour le luxe, la richesse pour la richesse, sont désormais des objectifs à part entière, quand bien même nous savons par avance qu’une majorité n’y aura jamais accès. C’est ce que Domenach appelle la « droite bling-bling ». Elle n’est qu’apparât dans le mensonge. Qu’importe que nos armées périssent sur le front russe, tant que l’illusion de conquête persiste.

Illusion encore, lorsque notre Président nous explique, lors de son discours à Strasbourg, que c’était pour lutter « contre le dumping fiscal et monétaire » qu’il avait poussé en première ligne à l’accord sur le traité simplifié, alors même que ce dernier ne prévoit rien pour faire passer les questions sociales et fiscales de l’unanimité à la majorité qualifiée. Et voilà qu’en coeur, n’y voyant rien à redire, certains socialistes, n’ayant d’autre mandat que celui qu’ils s’attribuent eux mêmes, complexés par le NON, commentent en commençant toujours de la même manière, « l’Europe s’est remise en marche, il y a des avancées …». L’histoire bégaie. Sur le front monétaire, aucun débat, aucune manchette, aucun élément de l’ordre du jour de la réunion de ces « nouveaux pères fondateurs autoproclamés » n’est venu effleurer les statuts de la Banque Centrale Européenne. Un protocole sur la concurrence est transmis à la CIG, le protocole social attendra.

Le Pacte de Stabilité ne fait toujours pas la différence entre les Etats-membres qui s’endettent pour financer l’éducation, améliorer les services publics, investir dans la recherche et ceux qui dilapident leur budget, pour satisfaire aux exigences d’une clientèle électorale. N’oubliez pas, camarades, que nous sommes rassemblés au delà du oui et du non, non pas par renoncement mais par le partage d’exigences qui nous unissent.

Dans quelques années, répondant aux enfants de France devenus adultes, je ne souhaiterais pour rien au monde expliquer que pendant que cela se produisait nous étions en train de nous « chamailler », suite à notre cinglante défaite, avec d’un côté ceux qui ne se voulaient responsables de rien et de l’autre ceux qui voulaient rendre tout le monde responsable de tout. Donnant raison à Jaurès qui disait « n’ayant pas la force d’agir, ils dissertent ».

Alors, oui il faut agir, se mettre en mouvement, impulser la dynamique de l’alternative, si ce n’est pour nous au moins pour les générations à venir, renouveler pour mieux proposer, renouveler pour continuellement être remis en cause, renouveler pour toujours considérer que rien n’est acquis.

Le renouvellement, mes camarades, mérite mieux qu’un mot d’ordre, mieux qu’une page du catalogue printemps/été de la rénovation socialiste. Pour notre famille, ce mot ne doit plus être tabou, à nous, camarades, d’en faire une méthode, un horizon permanent.

Le renouvellement de notre parti est étroitement lié au renouveau de notre discours, de nos analyses et de nos propositions. C’est en ouvrant les débats que nous pourrons ouvrir la sociologie de notre parti et de ses responsables. Contrairement à ce que j’ai pu entendre ce n’est pas le Parti socialiste qu’il faut faire imploser, mais sa sociologie qu’il faut faire exploser

Nous devons enraciner la gauche dans la société si nous voulons la mettre en mouvement. Pour ce faire il est indispensable que notre parti ressemble à la société. C’est ainsi que nous pourrons partir à la reconquête des catégories populaires, des salariés, des petits retraités, des ouvriers que d’aucuns avaient décrits comme une classe sociale disparue mais qui ont sûrement fait la différence dans le résultat de l’élection présidentielle, en bref, de la base sociale naturelle des socialistes.
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Nous venons de subir la troisième défaite successive de la gauche à l’élection présidentielle. Trois autres défaites législatives, en 1993, 2002, 2007 sont venues consacrer le règne d’une droite qui, à l’orée de l’année 2012, n’aura jamais été totalement éloignée du pouvoir durant les 20 années précédentes.

Dans les mois et les années à venir, ceux qui nous rejoindrons parmi les jeunes générations n’auront connu que la droite au pouvoir.

Et c’est un parallélisme de destin que nous partageons avec ceux qui furent les acteurs du processus qui mena la gauche à la victoire du 10 mai 1981.

La plupart de ces jeunes, nés après la chute du mur de Berlin, n’auront été témoins, à défaut d’en être acteurs, ni de l’Union de la gauche, ni des errements de l’ouverture qui contribuèrent au désastre électoral de 1993, car de tout temps lorsque la gauche donne le sentiment de ne plus être la gauche, elle perd.

Violentés par une précarité toujours plus forte, ces jeunes ont pourtant trouvé la force d’être le fer de lance d’une gauche politique, syndicale et associative unifiée, cohérente et combattante, refondée oserais-je dire, qui infligea à la droite, par le retrait du CPE, une des seules défaites à la fois politique et culturelle de ces dernières années.
Pour la première fois, les jeunes, minoritaires dans la population depuis plusieurs années, le sont devenus politiquement à la suite de la présidentielle de 2007. Nicolas Sarkozy est le premier président élu sans être majoritaire chez les jeunes.

Pourtant il y eut des mobilisations, des victoires. Pour réussir cela, nous n’avons eu ni de débats sur l’âge du capitaine ou la nature du casting des acteurs de la mobilisation. Nous n’avons pas passé des jours entiers à discuter de la pertinence d’une opposition constructive. D’ailleurs je ne connais pas d’opposition destructrice, il n’y a personne parmi nous, enfin à ma connaissance, qui soit en faveur de la prise révolutionnaire du pouvoir. Ce qu’il nous a fallu, par contre, c’est de l’unité, de la pugnacité, de la réactivité, de la force de conviction, de la clarté, de la pédagogie mais surtout et avant tout, du travail, beaucoup de travail.

Mitterrand disait là où il y a une volonté il y a un chemin, je vois aujourd’hui une multitude chemins, certains sinueux mais prometteurs, d’autres rectilignes mais faits de renoncements.

Camarades, en politique, le meilleur chemin entre deux points n’est pas forcément le plus court, la mobilisation sur le CPE l’a montré.

Nous sommes sortis vainqueurs de cette bataille car nous n’avons pas eu peur de dénoncer le CPE pour ce qu’il était: un contrat précaire faisant des jeunes leur première variable d’ajustement. Nous avons refusé les raccourcis intellectuels qui ne convainquent jamais durablement. Nous avons trouvé les mots justes pour parler non seulement à notre génération, mais à l’ensemble de notre société.

L’écrivaine Simone Veil, a déclaré « on peut ouvrir tous les mots du vocabulaire politique à l’intérieur on trouvera le vide. ». Je n’ai qu’une chose à vous dire : à nous, camarades, de redonner du sens aux mots et de faire de ces mots une réalité dans le quotidien de millions de français.

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De ce point de vue, les échéances locales qui s’annoncent sont une opportunité formidable pour les socialistes. Encore faut-il que l’horizon de notre projet, y compris au niveau local, n’ait pas pour seule perspective le terme d’un mandat.

La dernière échéance présidentielle nous a démontré à quel point nos territoires étaient fracturés électoralement, à quel point les inégalités territoriales pouvaient prendre le dessus.

La gestion municipale c’est le socialisme du faire, de l’action, de la transformation concrète du quotidien des citoyens. L’intérêt manifesté par de nombreux français pour les dossiers touchant leur ville, leur département, leur région nous apporte la preuve, s’il en était besoin, que la politique peut retrouver toute sa place dans la vie des administrés. D’ailleurs, la manière dont ils contestent et s’intéressent aux décisions des exécutifs est un démenti cinglant à ceux qui prétendent que l’individualisme règne aujourd’hui en maître dans notre société.

Si l’idéologie ne peut plus suffire à l’élaboration de tout programme fini, les valeurs et les principes n’en demeurent pas moins d’actualité. Nous devrons élaborer des programmes non seulement pour ceux qui votent, mais aussi pour ceux qui vivent dans la ville.

L’enjeu de ces élections est grand car les élus locaux socialistes auront le devoir de convaincre, par leur action locale en matière de logement, d’éducation, de politique sociale et culturelle, que le socialisme peut encore changer la vie. Repenser la ville, ses missions, ses enjeux et ses moyens, voilà la tâche qui nous attend. Nos maires ne sont pas des ingénieurs en socialisme mais des réinventeurs quotidiens de notre idéal. Face aux défis environnementaux et sociaux, ils sont les seuls à pouvoir élaborer des stratégies collectives, à faire travailler ensemble tous les acteurs locaux. La ville doit être le premier cadre de régulation des désordres du monde.

La contribution du MJS au programme socialiste se fera sous l’angle d’une vision, en pensant non pas à quelle ville nous voulons. Mais plutôt, chers camarades, à quelle ville nous voulons transmettre à nos enfants et petits-enfants.

D’autre part, ces échéances municipales peuvent être le premier coup de pioche de l’ouverture par la gauche à l’ensemble des forces sociales, de l’ouverture qui rassemble sans qu’elle implique de trahir, de l’ouverture qui mobilise, de l’ouverture qui ne s’accapare pas le pouvoir mais qui le rend au citoyen. Une ouverture qui transforme pour conquérir le progrès.

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Parce que la ville est souvent le réceptacle des bouleversements du monde, il n’y a pas de programme socialiste local sans engagement à l’international. De ce point de vue les combats socialistes doivent retrouver de leur force à l’échelle du monde, il en va de notre crédibilité au plus près des territoires.

Quel programme pour réformer le FMI, comment l’internationale socialiste peut nous y aider ? Puisque nous sommes fiers qu’un socialiste en prenne la tête, ayons le même engouement à définir le mandat qui pourrait être le sien. Cela ne vaut-il pas un combat socialiste ?

La Russie qui assassine ses journalistes, massacre les Tchétchènes et élimine ses opposants au delà des frontières. Cela ne vaut-il pas un combat socialiste ?

Nous qui sommes attachés à la démocratie comme les socialistes à la rose, ne devrions-nous pas nous intéresser un peu plus à ce qui se passe au Maghreb, car de là dépend aussi notre alternative à la politique de Bush, Sarkozy et Blair dans la lutte contre le terrorisme, le développement et l’émancipation des peuples. Une alternative est indispensable mes camarades, car les entraves à la liberté d’expression, la torture, notre propre soutien aux dictateurs en place sont les immigrations clandestines d’aujourd’hui, les sous-développements de demain et les terrorismes d’après-demain.

De ce point de vue, le peu d’empressement de Rama Yade à rencontrer les organisations de défense des droits de l’homme, lors de la visite de Nicolas Sarkozy en Tunisie, est de mauvais augure.

La politique du nouvel occupant de l’Elysée est la même que celle de l’ancien, faire et laisser faire : pour la Françafrique point de rupture. Si pour Nicolas Sarkozy les Africains ne sont pas encore rentrés dans l’histoire, la politique de la France reste, elle, bloquée aux années Focard, coups pourris, barbouzes et colonialisme. Alors, oui, la Tunisie doit devenir le combat prioritaire des socialistes. Des socialistes peuvent accéder au pouvoir, encore faut-il que par notre action nous démontrions qu’ils existent à nos yeux.

Quelle Europe devons-nous défendre et porter en réconciliant le oui et le non tout en développant une nouvelle stratégie d’alliance ? Quelle gauche européenne pour porter nos aspirations légitimes d’une Europe sociale et politique ? Quel Parti Socialiste Européen demain, quand aujourd’hui, le PSE héberge en son sein certains leaders qui en pleine campagne présidentielle ont tressé des couronnes de laurier à M. Sarkozy ?

Quelle stratégie pour faire évoluer le rapport de forces social et politique au niveau mondial, au moment où l’émergence des gauches sud-américaines ne cesse d’étonner, pendant que les mouvement sociaux en Asie continuent de confirmer leur vitalité ?

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Si plus d’une personne sur deux qui a voté pour notre candidate l’a fait pour contrer Nicolas Sarkozy, c’est bien qu’après cinq ans de droite les capacités d’indignations étaient encore vives et peuvent être le ressort d’une dynamique alternative que nous devons savoir incarner.

Vous aurez compris que pour le MJS, l’opposition ne doit pas être une opposition qui voit cette droite comme une droite à la carte, avec laquelle on pourrait faire un bout de chemin comme dirait l’autre.

Pour autant la gauche ne doit pas être l’anti-droite, notre programme ne doit pas être une succession de réactions face à un gouvernement qui ne cesse de vouloir nous marginaliser dans un jeu politique et médiatique fait par et pour lui.

Il nous faut renverser la table ; culturellement notre façon de faire de la politique doit indiquer à quel point nous sommes différents.
Nicolas Sarkozy vole de cimetière en cimetière, à nous de nous illustrer de propositions concrètes en propositions concrètes.
Nicolas Sarkozy, sautille de sujets restés en suspens en sujets restés en suspens, soyons les garants de la constance et de la lucidité.
Nicolas Sarkozy, flatte « l’avoir immédiat » par démagogie, construisons « l’être durable » par la pédagogie.

En fait la durée de vie de sa politique, c’est le temps de l’annonce, notre politique, elle, doit avoir pour perspective la vie toute entière des hommes et des femmes et de ce pays. La vie des générations à venir.

Il faut offrir un horizon. C’est le rôle du PS. Tant d’intelligences et de compétences individuelles ne sauraient accoucher d’une telle médiocrité collective nous empêchant de prendre rendez-vous avec l’histoire. Nul besoin de « s’aimer les uns, les autres », la fraternité laïque des camarades suffira. Le sens de la lutte et de la lutte collective fera le reste.

Pour les socialistes, acteurs centraux de la refondation, deux écueils majeurs doivent être évités.

Le premier consiste à rejouer des postures se résumant d’une part à « plus à gauche que moi tu meurs » et d’autre part à « hors de la social-démocratie, point de salut » alors qu’au même moment celle-ci se divise, se cherche ou se perd partout en Europe. Forts de nos valeurs, c’est un débat sans caricature que nous voulons, pour ne pas être plus ou moins à gauche, mais mieux à gauche.

Le second écueil est celui de la personnalisation des enjeux que ce soit par adhésion ou aversion.
Il n’y a pas que le PS dans l’univers du camp du progrès, de même qu’il n’y a pas que « les individualités présidentiables » sur la planète PS. Moins de débats de personnes qui provoquent le rejet, plus de débat d’idées qui suscite le projet, voilà à quoi aspirent les 10 000 adhérents du Mouvement des Jeunes Socialistes.

Oui, le socialisme est une conflictualité, oui le socialisme est en débat constant, mais il est aussi une formidable invention, une idée qui dépasse ceux qui la portent. C’est cette conviction qui nous guide, c’est cette certitude qui nous pousse à avancer. Le débat de fond, voilà ce qui nous intéresse. De quoi sera fait notre avenir, voilà ce qui nous intéresse.

C’est pour cela que le MJS propose une allocation autonomie évidemment, un taux interprofessionnel de croissance des salaires, un Tribunal des conflits environnementaux, une compensation sociale et environnementale intégrée au prix des produits car le libre échange internationalisé sans règle nous conduit à la ruine.

Nous voulons substituer l’égalité d’autonomie à l’égalité des chances, nous voulons permettre à chaque salarié d’être défendu quel qu’il soit, où qu’il soit, par un véritable syndicalisme de territoire. Nous voulons un commerce international fondé sur les coopérations régionales et non sur la compétition mondiale.

D’autres propositions concernent aussi notre organisation. Vendredi nous avons proposé à François Hollande de s’inspirer de notre procédure de congrès pour rénover celle du parti. Partir d’un seul texte, partir de ce qui nous unit, faire en sorte que ce texte puisse être amendé par chaque militant, qu’un Conseil National de synthèse tranche, et si des désaccords persistent, alors, que des textes alternatifs soient déposés.

Reste la question du Modem (puisque certains en font un débat, respectons-le). C’est à lui qu’il revient de se définir au-delà de l’Objet Politique Non Identifié qu’il est aujourd’hui et au regard de ce que sera le changement de la gauche. Les amitiés d’intérêts se concluent toujours par des trahisons de circonstance…

Alors arrêtons nous de vouloir dialoguer sans interlocuteur et de ne parler qu’à nous-mêmes, parlons aux français. Vite, il y a urgence !

Parlons à la gauche au lieu de donner le sentiment de nous satisfaire de leur difficulté qui contribuent aux difficultés de toute notre camp politique. Oui, Pierre Mauroy a raison, il faut des Assisses de la gauche pour ouvrir un nouveau cycle et repartir sur de nouvelles bases. Il faut aussi dès maintenant reparler des primaires pour qu’une candidature unique de la gauche soit possible, sinon dans deux ou trois ans on nous dira qu’il est trop tard…

A moins que l’on ne veuille renouveler le même jeu de dupe, visant à nous observer en chien de faïence, en attendant que le principe de l’élimination, voire du maillon faible, qualifie au gré des sondages et des bouffées d’humeur de l’opinion le plus chanceux d’entre nous pour la finale.

Quelquefois, j’entends certains camarades me dire « on en a pris pour cinq ans, peut-être pour dix. », je leur fais remarquer alors qu’en 2012, cela fera dix ans que droite a les pleins pouvoirs et qu’en 2012, la droite sera restée, sans discontinuer, au pouvoir plus longtemps qu’entre 1958 et 1981. Quand on a 20 ans, 5 ans c’est long. 25 ans c’est plus que toute une vie.

Chers camarades, nous n’aurons jamais le pouvoir médiatique ou alors c’est que nous sommes “l’opposition de sa majesté”, celle qui partage sa conception politique, qui adhère au même cynisme, c’est moins notre manière de faire qu’il faut changer que notre manière d’être. Il nous faudra retrouver la confiance de tous nos camarades, de tous ces militants associatifs et syndicaux que nous avons parfois déçus, et ne pas nous complaire à nous allonger sur le divan médiatique. Le capital isole, nous devons faire société…

Enfin, il reste une condition insuffisante mais nécessaire. L’unité.

J’ose le rappeler car comme l’écrivait Jean Verlhac décrivant le processus d’unification des socialistes à la fin du XIXème siècle, «Je me suis toujours rassuré en pensant que l’unité s’imposait à tous les esprits socialistes au moment où elle semblait plus difficilement réalisable que jamais auparavant ».

Si pour Vaclav Havel « la politique est l’art du possible qui consiste à nous rendre meilleurs », alors dès maintenant travaillons et faisons de la politique, tout simplement. Au travail camarades, et construisons un rêve socialiste.

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