Analyse du discours de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy n’hésite pas à passer par des schémas absurdes qui visent à faire reposer la crise de l’emploi et le chômage qui pèsent sur la société uniquement sur les prétendues défaillances du système social. Toujours dans une logique de mystification, il transfère toute responsabilité collective sur les épaules des individus en expliquant qu’on ne peut pas demander aux Français d’être « solidaires » s’ils ne sont pas « responsables ». Cela lui permet de créer des amalgames sur le modèle chômeur=fraudeur. Par ailleurs, il se fait le chantre du dialogue social mais le réduit à un rôle de caution pour justifier la casse de notre système social. Le calendrier d’annonces et de négociations affiché risque de conduire à une succession de démantèlements profonds.

35H

- Les 35 H seraient responsables du chômage. Nicolas Sarkozy oublie que c’est lors de la mise en place de ces 35H que la France a créé le plus d’emplois ces 20 dernières années.

- Nicolas Sarkozy propose de donner plus de place à la négociation d’entreprise et de branche sur la durée du travail ce qui revient à supprimer l’idée de durée légale du travail.

- Alors que la droite est au pouvoir depuis 6 ans, Sarkozy annonce un troisième « assouplissement», le chômage, c’est toujours « la faute aux 35H ».

SMIC et pouvoir d’achat et minimas sociaux

- Nicolas Sarkozy ne doit pas être au Smic : pour lui, le Smic progresse « fortement ». Il annonce la suppression de l’augmentation du Smic pour la remplacer par un comité d’expert chargé de proposer des recommandations au gouvernement…que le gouvernement pourra ne pas appliquer. C’est le gel du salaire des Smicards qui se profile. Bel encouragement au travail !

- Alors que le Smic pourra ne plus être augmenté, la seule mesure proposée sur les autres salaires est une conférence sur l’emploi. En cas d’échec, aucune intervention de l’état n’est évoquée…

- Pas de cadeaux pour les salariés, mais les grands distributeurs pourront se rassasier : la suppression des marges arrières renforceront leurs bénéfices, affaibliront le petit commerce et rendront encore plus difficile le rapport de force entre petits producteurs et distributeurs.

Contrat de travail

- Pour Nicolas Sarkozy, les salariés bénéficient d’un trop-plein de protection. Ce système encourage les délocalisations, crée peu d’emplois et génère une économie atrophiée. Le droit du travail est pourtant indispensable au rééquilibrage du rapport de force entre employeurs et employés, naturellement favorable à l’employeur. Veut il aligner notre droit sur le droit du travail chinois ? L’affaiblissement du droit du travail n’a pourtant jamais créé de croissance…

- Alors que le CNE est de plus en plus affaibli juridiquement, Sarkozy ouvre la voix d’un nouveau CPE en mettant à nouveau en cause durée de la période d’essai, indemnités de licenciement et procédures devant les prud’hommes. L’échec économique du CNE (moins de 10% des embauches actuelles) montre là que le Président, qui se défend d’être un idéologue, n’hésite pas à faire preuve d’idéologie quand elle est ultra-libérale…Ici, la négociation s’ouvre en trompe l’oeil puisque l’état se réserve le droit d’en faire ce qu’il veut.

Chômage

- Alors que Nicolas Sarkozy évoque l’objectif d’une indemnisation chômage plus juste, il voit derrière chaque chômeur un fraudeur. « Ce n’est pas un service de dire qu’à vie on peut s’exclure du monde du travail ». On ne s’exclut pas du monde du travail, on en est exclu, il est scandaleux de procéder à un tel amalgame. La lutte contre la fraude ne peut pas être l’alpha et l’oméga de toute politique de l’emploi.

- Se défendant de stigmatiser, Nicolas Sarkozy veut renforcer les procédures de fin de droits en cas de refus d’offres d’emploi, ce qui revient à amalgamer chômage et « glandouille ».

- Si les allocations chômages pourront être importantes, elles seront écourtées…

Santé

- Nicolas Sarkozy démontre la faiblesse de son discours sur les questions de santé. Il n’énonce aucun objectif sanitaires mais s’en tient à une approche comptable limité. Les franchises annoncées pour le PLFSS le sont dans le seul but de maîtriser les déficits alors que les précédentes mesures de ce type n’ont jamais atteint leur objectif (1 EUR, forfait hospitalier…). Elles contribuent à la santé à deux vitesses que le président dénoncera trois lignes plus tard.

- La « responsabilisation » de patients, qui sont pourtant soumis à un parcours de soin et qui sont les acteurs les plus mal informés du système, sera bien plus forte et injuste que les vagues intentions annoncées concernant la responsabilisation des professionnels de santé. Encore une fois, la santé n’est traitée que comme un marché, ignorant toute logique de prévention. Enfin, l’annonce d’un débat sur la répartition de la prise en charge des risques entre Assurance Maladie et complémentaires annonce la volonté de nouveaux transferts de charges vers les assurés sociaux. L’annonce du renforcement des aides à l’acquisition d’une complémentaire ne trompera personne : ces aides sont causes d’effets de seuils et maintiennent des populations entières sans protection. Particulièrement les jeunes qui sont 25 % à renoncer à des soins faute d’argent.

Retraite et régimes spéciaux
- Sarkozy ne se gène pas pour mentir en ce qui concerne le régime des retraites. Selon lui, la pénibilité au travail n’existerait plus et l’espérance de vie des bénéficiaires de régimes spéciaux seraient « égale voire supérieure » aux bénéficiaires des autres régimes. Les régimes spéciaux n’auraient plus de sens car les situations qui les justifiaient ne seraient plus valables aujourd’hui. Il y a là une contradiction avec son intervention précédente sur le sujet où il évoquait la nécessité de mieux prendre en compte toutes les situations de pénibilité.
- Le Président veut aligner les régimes spéciaux sur ceux de la fonction publique. Nicolas Sarkozy choisit d’affaiblir toute velléité de protestation sociale en opposant les salariés entre eux , alors que se profile la phase de renégociation de la réforme de 2003 qui concernera l’ensemble des salariés. Nicolas Sarkozy s’attaque aux « privilèges » de personnes gagnant souvent moins de 2000 EUR par mois, alors qu’il vient d’offrir 13 milliards d’Euros de cadeaux aux plus riches…
Faiblesses

Nicolas Sarkozy évoque le chômage des jeunes mais ne propose aucune piste de travail en la matière. Ennuyeux alors que le niveau de chômage des jeunes est un des plus élevés. Quand Sarkozy propose de maintenir les seniors en activité, il n’offre en revanche aucun espace aux jeunes dans le monde du travail.

Le Président affirme sans sourcilier que le travail est la seule source de financement de la protection sociale possible. Ni les stock options, ni les revenus du capital ne seront donc mis à contributions alors que le président prétend vouloir encourager le travail. Le financement de la protection sociale n’est pas assuré dans ces conditions. Nous suggérons plusieurs pistes à Nicolas Sarkozy : remise à plat des 25 Milliards d’euros annuels des exonérations de cotisations sociales, remise en cause du paquet fiscal, établissement d’une fiscalité sur les stock options (5 milliards d’Euros potentiels) et de nouvelles recettes comme une contribution sur la valeur ajoutée au sein de l’entreprise. On devine déjà les déclarations à l’avenir sur les trop grands déficits : qui veut noyer son chien l’accuse de la rage.

Le grand discours social du Président se limite à des annonces toujours plus dures avec les faibles et faibles avec les forts en matière de politique sociale ; l’absence de politique économique viable et la faiblesse de la croissance ne pourront être compensées par des sanctions et l’affaiblissement de notre modèle de protection sociale. La droite qui dénonçait il y a quelques années un « traitement social » du chômage applique un traitement libéral aux chômeurs, qui n’aura aucun effet sur un niveau d’activité anémié par la faiblesse de l’investissement et de la consommation.

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