Intervention de Razzye Hammadi au Conseil National du PS

Je remercie ceux qui sont restés, déjà, car, comme le disait Jean-Luc précédemment, si dans la société, souvent, la tête commande le ventre, j’ai cru comprendre que dans la salle, pour beaucoup, le ventre avait commandé la tête.
Je voudrais remercier, parce que c’est important de rester dans cette salle au lendemain de ce résultat, c’est aussi attribuer du solennel, c’est aussi attribuer du solennel à cette réunion, à cette instance, et je voulais le rappeler, nous avons dit qu’il fallait que nous nous adressions les uns aux autres avec franchise, je le fais.

Je vais remercier notre candidate pour avoir porté avec fierté les couleurs de notre camp et je voudrais aussi remercier les milliers de militants du Mouvement des jeunes socialistes car cela n’a pas été fait ce matin et que, lorsqu’on a vu leur mobilisation, lorsqu’on a vu leur dynamisme, lorsqu’on a vu cette présence quotidienne et rigoureuse, parce que ce n’est pas une campagne pour les jeunes socialistes qui a commencé le lendemain de la désignation par les socialistes de leur candidate, elle a commencé le 22 avril 2006 au moment où, parmi nous, le premier secrétaire, et je le remercie, au nom de l’ensemble du Mouvement des jeunes socialistes, pour nous avoir permis de faire cette campagne. Et, lors de ce meeting de l’alternative, le 22 avril 2006, notre analyse était simple, elle consiste à dire que, culturellement, il y avait une entreprise qui était menée par la droite et qu’il nous fallait par conséquent mener cette campagne en amont. C’est pour cela que nous avons organisé ce meeting de l’alternative autour de douze propositions simples et qu’ensuite, bon an, mal an, avec notre petite caravane rose, en partant de Clichy-sous-Bois et en revenant à Argenteuil, nous avions pendant trois mois, à travers toute la France, porté le projet des socialistes.
Alors, je ne reviendrai pas sur tout ce qui a pu être dit sur les débats qu’il faudra que nous ayons après les législatives. Mais, je voudrais quand même revenir sur deux ou trois éléments qui, du point de vue générationnel, méritent d’être posés. Premièrement, la question de la droitisation de la société, qui est une absurdité complète, mes camarades. Parce que, si elle l’était, ne serait-ce qu’à travers un ou deux arguments, comment se fait-il alors que les 18-24 ans, ceux qui ont grandi dans le libéralisme le plus absolu, ceux qui ont été éduqués à qui la mal-info de TF1, ceux qui ont grandi dans l’échec et le renoncement, comment se fait-il que ceux-là mêmes, qui ont été stigmatisés culturellement par cette hégémonie libérale de la droite, aient majoritairement voté pour la candidate socialiste ?
Cette droitisation, si elle existe, c’est parce que comme l’a rappelé Benoît, et je suis d’accord avec lui, c’est que, pour ceux qui en sont victimes, il y a une homogénéité à droite qui n’a pas son pendant à gauche. Et pourquoi, chez les 18-24 ans et au-delà, il y a eu un fort vote à gauche ? Au premier tour et au second tour ? Parce qu’il y a eu une homogénéité qui est née, y compris au moment de la mobilisation contre le CPE.
Et je voudrais vous rappeler deux ou trois chiffres, mes camarades. Je me rappelle en janvier, et jusqu’à la troisième semaine de février, des sondages qui nous annonçaient que le CPE était accueilli favorablement par une majorité de Français, jeunes et moins jeunes, et que d’ailleurs certains camarades, d’ampleur nationale, ne prenaient pas le risque à ce moment-là d’appeler au retrait du CPE, mais en proposaient la suspension. Que s’est-il passé ? Tout d’abord, il y a eu un rassemblement de la gauche politique, syndicale et associative. Les Jeunesses communistes, les Jeunes radicaux de gauche, les organisations syndicales, lycéennes, l’UNL, étudiants, UNEF, qui en semble ont décidé d’entreprendre un mouvement de transformation, de conviction, et ils ont mené ensemble une bataille culturelle, c’est-à-dire que la refondation dont nous parlons à gauche, elle n’est pas à mener, elle est à approfondir en prenant exemple de ce qui s’est passé dans la jeunesse de ce pays il y a un an.
Et ce qui s’est passé ensuite, vous le savez aussi bien que moi, c’est que nous avons défait la droite. Plus particulièrement, puisque nous parlons de la jeunesse et que Kader a parlé précédemment de la jeunesse des banlieues, des cités, on trouvera un certain nombre de qualificatifs pour ne pas dire les blacks et les rebeux des quartiers, la dernière fois que l’on retrouve un tel phénomène d’adhésion politique ou du moins de conscientisation politique, dans l’histoire de France, c’est la paysannerie qui porte Jules Ferri au pouvoir par refus de la monarchie. Jamais dans l’histoire de la République nous n’avons une population aussi bien définie du point de vue générationnel, social et géographique qui décide de porter ensemble une personnalité au pouvoir.
Eh bien, je sais que les délais, les statuts, et peut-être ce sera l’objet de la rénovation de notre avenir politique, mais ne nous permettent pas de faire des choses à court terme, mais au moins, sur les municipales à venir, sur les congrès qui viendront, il faudra leur permettre à ceux-là de faire partie du visage de notre camp et d’envoyer des signaux forts à ceux qui nous ont fait confiance pour démontrer que nous aussi, nous pouvons leur faire confiance. Je conclurai par-là.
Ségolène Royal nous a permis de voter au second tour pour un candidat de gauche. Cela n’était pas arrivé, pour la génération qui a moins de trente ans, depuis qu’elle est en âge de voter puisque, en 1997, elle avait moins de 18 ans, qu’en 2002 vous savez ce qui s’est passé, etc. Cependant, nous n’entendons pas être une génération de la résignation, même si nous n’avons jamais voté pour un candidat qui a accédé au pouvoir, et que cette bataille culturelle, cette bataille idéologique, que chacun appelle de ses voeux, nous voyons bien qu’elle est là le nerf de la reconquête. Il faudra une reconquête par les mots, là où la droite s’est gargarisée de l’autorité, il faudra que nous rappelions à la responsabilité, là où elle s’est gargarisée en nous accusant d’assistanat, il faudra que nous rappelions les vertus de l’autonomie qui permettent de prendre en compte l’individu à travers le lien social, et donc à travers l’émancipation. Mais, comme disait Jaurès : « Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses ils inventent des mots. », ou du moins ils changent les mots.
Alors, il ne faudra pas se limiter aux mots et l’idéologie, c’est très important. C’est très important parce que c’est ce qui empêche, pas simplement au niveau des jeux de chaises musicales qu’on peut voir au niveau de la composition du gouvernement de Sarkozy, mais y compris au niveau européen que des camarades membres de la seconde internationale socialiste, en pleine campagne électorale, félicitent le candidat de la droite, que ce soit notre camarade espagnol ou notre camarade anglais, c’est parce qu’ils ne se sentent plus tenus par quelconque idéologie qu’ils peuvent se permettre cela et que la solidarité de Naboutier* ne vaut pas solidarité de camp au regard des intérêts que nous sommes censés défendre parce que membres de la seconde internationale socialiste, qui est une idée d’avenir, et qui n’est pas à jeter au rang des oubliettes.
Pour finir et conclure, je voudrais vous dire que le Parti socialiste ne vous appartient pas, tout autant que le Mouvement des jeunes socialistes n’appartient pas à sa direction, que le mouvement socialiste, pour chaque génération, appartient à la génération suivante. Et, au regard d’un certain nombre de choses qu’on a pu entendre ces deux ou trois derniers jours ou ces dernières semaines, concernant le centre et plein d’autres choses dont nous devrions justement, et je suis d’accord avec le premier secrétaire, arrêter d’en parler, je ne vais pas comparer avec le rapport droite/gauche des européennes et des régionales, cela pourrait être mal interprété, mais tout simplement je vous renvoie à 69 : imaginez-vous si les pères du parti d’Épinay avaient tiré la même conclusion que certains aujourd’hui en considérant qu’au regard du rapport droite/gauche de l’élection présidentielle de 69 il aurait fallu alors s’allier avec Poher.

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